Pourquoi Bolloré absorbe Gameloft ?

Vidéo : Gameloft, Ubisoft : où s'arrêtera Bolloré ? On fait le point sur la stratégie de cette OPA avec Olivier Robillart, journaliste de Clubic Pro.

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C'était depuis plusieurs semaines le sujet d'un âpre combat entre Vivendi et Gameloft, on connait désormais le vainqueur de cette opération hostile. Le groupe de Vincent Bolloré va détenir la majorité des parts de l'éditeur de jeux vidéo sur mobiles. En dehors de la stratégie agressive de l'industriel, on notera le mouvement de fond à l'œuvre dans le secteur du jeu vidéo qui demeure concentré dans un nombre de mains toujours plus restreint.

Mais il ne faut pas non plus se tromper de débat. Si le caractère vorace de Vincent Bolloré peut gêner voire choquer, il faut comprendre que Vivendi vient avant tout chercher chez Gameloft une entreprise en croissance qui mise sur deux axes porteurs pour évoluer.

Tout d'abord le jeu vidéo sur mobile. On connait la puissance de certains jeux destinés à un très large public, c'est devenu là une habitude ou quelque chose qui est entré dans les mœurs que de prendre son smartphone pour jouer à de tels jeux. Le marché est donc vaste et ne cible pas une partie du public comme c'est le cas du jeu vidéo sur console ou PC. À présent, un nombre important de personnes ont un smartphone ce qui n'est pas forcément le cas du PC ou en tout cas de la console.

Sans entrer dans le détail, le jeu sur mobiles a d'autres points qui parlent en sa faveur comme le fait qu'il est possible de jouer dans les transports ou entre deux activités. Le temps de jeu est moindre que pour les plateformes classiques, et c'est un argument de taille quand on souhaite toucher un large public.

Le second point, le plus important. C'est que Gameloft a de la ressource en matière de publicité. L'objectif de Vivendi sera probablement de proposer aux joueurs davantage de réclame. Le segment est porteur, Gameloft s'attend à générer 20 millions de revenus publicitaires dès cette année (100 millions dans 2 ans). L'éditeur possède sa propre régie pub et monétise même les inventaires mobiles de tiers.

La pub mobile étant le domaine vers lequel tout le monde espère tendre, on se rend compte que Bolloré place ses pions dans un secteur qui sera porteur à l'avenir.

Le point plus étrange, c'est l'attitude de Vivendi face au marché du jeu vidéo au sens large. Il faut se rappeler que Vivendi s'est séparé d'Activision. La finalisation de l'opération n'est pas si ancienne que cela puisqu'elle date de janvier 2016. L'éditeur de Call of Duty ou de WoW ne faisant plus partie du géant, on pouvait penser que Bolloré en aurait fini avec le jeu vidéo, mais ce n'est pas le cas bien au contraire.

Car après Gameloft, il pourrait s'attaquer à Ubisoft ou même à Bigben Interactive, éditeur et fabricant d'accessoire de jeux. Bolloré maitriserait un pan de la chaine et on imagine bien les revenus qu'il pourrait générer en tenant les rênes d'une partie d'un marché en croissance.

Vincent Bolloré réaliserait en tout cas une stratégie pas forcément neuve mais sur laquelle beaucoup se sont cassé les dents, à savoir, réunir tous les domaines du divertissement. A ce jour, Vivendi maitrise le cinéma, la musique, les contenus télévisuels et donc le jeu vidéo, la dernière pierre qui lui manquait.

Modifié le 02/06/2016 à 17h31