Rétrospective espace 2019 : des programmes, des missions et beaucoup d'ambitions !

Eric Bottlaender
Spécialiste espace
23 décembre 2019 à 15h10
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Parmitano EVA
Luca Parmitano en sortie spatiale au mois de novembre 2019

Chaque jour, le monde du spatial évolue. De nouvelles découvertes, de nouvelles missions en préparation, en orbite ou sur les sols inattendus de notre Système solaire. De nouveaux moyens de se rendre dans l'espace aussi... Un vrai festival !

Les visiteurs du Système Solaire

Ce sont les stars de notre rubrique Espace : les sondes d'exploration et autres véhicules interplanétaires. Et en 2019, elles ont été très actives !

Le Soleil

La sonde solaire Parker de la NASA a fêté 1 an de mission, et a réussi deux passages supplémentaires en « frôlant le Soleil » à moins de 25 millions de kilomètres. Première sonde à s'en approcher aussi près, elle a permis à ses instruments une récolte de mesures scientifiques inédites... Qui va se prolonger dans les années à venir. Le 26 décembre, elle passera près de Venus et profitera d'un effet de fronde pour rapprocher encore sa trajectoire de la couronne solaire.

La sonde de l'ESA Solar Orbiter est prête pour son lancement ! La cousine européenne de la sonde Parker, véritable laboratoire solaire bien caché derrière son imposant bouclier, devrait décoller de Floride en Février prochain.

Parker Solar Probe - Jet coronal
La sonde Parker a capturé cette image de jet coronal du Soleil

Mercure

La sonde européenne BepiColombo se porte à merveille, et a continué en 2019 son long trajet vers Mercure. Elle ne l'atteindra qu'en 2025, grâce à ses moteurs ioniques... Allumés depuis le printemps.

Vénus

La discrète sonde japonaise Akatsuki continue d'étudier les nuages de notre « sœur infernale ». Une mission indienne, et une chinoise sont en préparation, mais elles ne prendront le relais que d'ici plusieurs années.

Astéroïdes

La sonde japonaise Hayabusa2 est la véritable star de l'année ! Avant de quitter l'astéroïde Ryugu en novembre et de rallumer ses moteurs, elle aura réussi deux fois à s'approcher et frôler la surface pour capturer des échantillons, malgré la surface constellée de sombres rochers. En avril, Hayabusa2 est devenue la première sonde à bombarder un astéroïde : une charge explosive a projeté un disque de métal y créer un cratère de 20 m de diamètre ! Le tout avant de larguer un petit robot, et de prendre le chemin de la Terre. Elle devrait y déposer une capsule avec quelques microgrammes de matière en décembre 2020.

La sonde de la NASA OSIRIS-REx a passé une année à étudier de près l'astéroïde Bennu. Tout en explosant le record de l'orbite d'une sonde autour d'un petit objet (moins de 500 m de diamètre), OSIRIS-REx a cartographié et étudié avec précision toute la surface de cet astéroïde carboné. En décembre, les scientifiques ont révélé que le site « Nightingale » servirait pour la prise d'échantillons qui aura lieu à la fin du printemps prochain.

Mars

La sonde InSight, posée en novembre 2018, a déployé ses deux instruments principaux, SEIS et HP3. Le premier a détecté de très nombreux « tremblements de Mars » depuis le printemps, et même officiellement identifié la première faille active de la planète rouge : ses résultats font date. Pour la thermosonde HP3, qui devait s'enfoncer dans le sable jusqu'à 5 m de profondeur, la mission est pour l'instant un véritable défi : la tête de forage refuse obstinément de rentrer dans le sol, et les équipes allemandes et américaines rivalisent d'ingéniosité pour tenter de sauver l'instrument. Sans succès pour l'instant, la « taupe » n'étant enfoncée que d'une vingtaine de centimètres dans le sol de Mars.

Curiosity continue son voyage scientifique à la recherche des conditions de vie passée sur Mars, sur les flancs du Mont Sharp, au centre du cratère de Gale (90 km de diamètre). Il a pris six mois environ pour traverser une vallée argileuse, et réussi plusieurs campagnes de forage, avant de prendre de la hauteur et d'aller étudier de petites collines (des buttes), véritables livres géologiques du passé de cette région.

Il y a toujours 6 missions actives en orbite de Mars (Mars Express, Mars Odyssey, MRO, ExoMars TGO, Mangalayaan et Maven), qui produisent des données scientifiques pour certaines malgré leurs âges avancés... Mais il n'y a pas moins de quatre missions en préparation sur Terre qui sont programmées pour l'été prochain ! La sonde des Emirats Arabes Unis, « Hope », la mission chinoise Huonxing-1, l'alliance européano-russe ExoMars et le gros robot Mars2020 américain tenteront tous vers la planète rouge après une intense année 2019 de préparation.

Curiosity selfie 2019
Un selfie de Curiosity en mai 2019

Jupiter

La géante gazeuse et ses tourbillons de nuages sont scrutés de près par la mission Juno, qui la survole et la frôle une fois tous les deux mois... Et nous laisse systématiquement bras ballants devant ses photos des incroyables tempêtes larges comme une planète.

Saturne

La belle aux anneaux a eu de la chance cette année ! Sa grande lune Titan a été sélectionnée pour une prochaine mission de la NASA, Dragonfly. Rien de moins qu'un grand robot volant multicoptère qui aura pour mission d'étudier la surface et la composition du seul satellite de notre système solaire avec une véritable atmosphère !

Pas de missions pour Uranus ou Neptune, ni même pour les planètes naines comme Pluton... Mais cette année nous avons découvert de fascinantes images du premier objet de la ceinture de Kuiper jamais survolé ! Surnommé Ultima Thule, puis officiellement nommé Arrokoth cette année, cet étonnant objet est constitué de deux lobes collés l'un contre l'autre. Il évolue à plus de 6 milliards de kilomètres de la Terre.

Les deux missions Voyager continuent de nous envoyer leurs données, alors même qu'elles sont en voyage depuis 42 ans et bien au-delà de la Ceinture de Kuiper. Voyager 2 est sortie en fin d'année dernière de l'héliosphère, ce qui a été confirmé par les mesures de ses capteurs.

Proches de la Terre, de véritables petits observatoires sont aussi placés au points de Lagrange Terre-Soleil, ces zones que l'influence des deux corps rend particulièrement stables, idéales pour des télescopes. La sonde Gaia continue d'y cartographier notre univers proche (plus d'un milliard d'étoiles détectées en 2018), le télescope russo-allemand Spektr-RG vient d'y arriver pour scanner le ciel à la recherche des événements les plus extrêmes comme les trous noirs, les pulsars, etc. Le télescope James Webb viendra lui aussi y observer l'univers, mais pas avant 2021 : il est toujours en préparation, entièrement assemblé et très prudemment testé avant d'être envoyé en Guyane l'année prochaine.

D'autres véhicules scientifiques sont tombés en panne cette année, comme l'observatoire DSCOVR qui observe le Soleil (et fournissait jusqu'à cet été des images totalement illuminées du disque terrestre), ou le télescope radio russe Spektr-R.

Magellan eROSITA
Le grand nuage de Magellan vu par l'instrument eROSITA de SpektrRG

Quelques missions marquantes autour de la Terre

En 2019, plusieurs observatoires sont en orbite terrestre, comme Hubble. Le vétéran continue sa mission, ses performances toujours d'actualité alors qu'il fêtera ses 30 ans l'année prochaine ! On y détecte aussi des exoplanètes avec TESS, lancé l'année dernière, et pour la première fois, on va tenter de les caractériser avec CHEOPS ! Le petit satellite de l'ESA est arrivé en orbite ce 18 décembre.

Autour de notre petit monde, plusieurs dizaines de satellites tentent sans cesse de documenter le changement climatique, d'observer l'urbanisation, les feux de forêts, les conflits, mais aussi de comprendre la physique complexe des océans, des vents et de l'atmosphère. Cette année, l'Italie a lancé l'observatoire hyperspectral Prisma, qui observe la Terre en décomposant la lumière en 250 bandes de fréquence différentes. La NASA a lancé le petit véhicule ICON qui va étudier l'ionosphère, et d'autres sont en préparation.

La technologie aussi évolue. Airbus a envoyé son second système de communication par laser au service de l'agence spatiale européenne (EDRS-C), capable de communiquer avec les satellites en orbite basse de l'agence autour de la Terre, il retransmet jusqu'à 50 To de données chaque jour aux stations au sol ! D'autres satellites ont été équipés de propulsion électrique, de moteur à l'iodine solide, et même d'une voile solaire : le vol de démonstration LightSail-2, de l'association Planetary Society, a réussi à démontrer un changement d'orbite par l'orientation d'une voile de pratiquement 30 m2 en mai. Malgré des résultats contestés, un nouvel essai est déjà en préparation.

En 2019, on aura également vu le décollage d'un premier véhicule de service. Réalisé par Northrop Grumman (et lancé depuis Baïkonour), le MEV-1 est un outil innovant avec une mission particulière ; prolonger la durée de vie d'un satellite durant 5 ans en orbite géostationnaire. La manœuvre et la capture sont prévus dans les mois à venir, et le MEV-1 qui aura le rôle d'une « sangsue » a déjà un jumeau un peu plus capable en préparation.

Cette année aura vu le test de nombreuses nouvelles technologies en orbite, qu'il s'agisse de nouvelles antennes, de carburants propres, de nouveaux capteurs, d'instruments optiques... La plupart ont reçu une grande couverture médiatique, et d'autres ont été plus discrets. C'est le cas de ceux à l'intérieur de la soute de la petite navette de l'US Air Force X-37b, qui est revenue se poser au Kennedy Space Center le 27 octobre, plus de 2 ans après son décollage...

D'autres satellites ont eu plus d'échos dans leurs nations que dans les colonnes de presse. C'est par exemple le cas de Raavana-1, le premier satellite du Sri-Lanka, RWASAT le premier satellite du Rwanda, et ETRSS-1 le premier satellite éthiopien. Tous ont décollé en 2019 (dont ETRSS-1 ce 20 décembre).

X-37B AirForce
La navette X-37B devrait repartir en 2020

Ca travaille dur dans l'astronautique, mais...

Ce devait être une année astronautique exceptionnelle. Or, s'il n'y a pas eu de nouvel accident comme en 2018, les promesses n'ont pas été tenues.

L'avion-fusée de Virgin Galactic, le VSS Unity, n'a fait qu'un seul vol au mois de février. Un énorme succès, avec la première passagère (employée de Virgin Galactic) d'un vol parabolique à presque 90 km d'altitude... Mais qui n'a pas été répété depuis. Le VSS Unity est en préparation avant le début des vols commerciaux, et les opérations de l'entreprise n'ont pas encore toutes été transférées au somptueux (mais désert) « Spaceport America », au Nouveau Mexique. Virgin Galactic est d'ailleurs entré en bourse depuis le 28 octobre, et l'opération n'est pas non plus un franc succès pour le moment.

Blue Origin s'est également trompé dans ses annonces, puisque la capsule New Shepard, malgré trois vols réussis depuis Van Horn (Texas) n'a pas commencé ses vols avec des passagers à bord. Seules des expériences ont profité des paraboles au-delà des 100 km d'altitude. Au-moins ont-elles battu un record lors du dernier vol le 11 décembre, puisque la capsule et le lanceur ont été réutilisées pour un sixième vol consécutif.

La déception est surtout issue des retards des deux géants SpaceX et Boeing, qui n'ont pas réussi progresser suffisamment vite pour rendre à la NASA la capacité d'envoyer elle-même ses astronautes en orbite, et sur la station spatiale internationale en particulier. L'entreprise d'Elon Musk a mené à bien une campagne d'essais non habitée avec

Crew Dragon, qui est venue s'amarrer seule à l'ISS le 3 mars pour une mission de moins d'une semaine avant de retourner sur Terre, ou plus précisément de se poser sous parachutes dans l'Océan Atlantique. Le vol habité se profilait lorsque malheureusement la même capsule a été détruite quelques semaines plus tard, lors d'un test d'allumage de ses moteurs d'urgence. SpaceX, de concert avec la NASA, prendra plusieurs mois pour trouver et valider une solution, alors même que d'autres problèmes de parachutes sont venus ajouter leurs propres retards. Il ne reste plus au début 2020 qu'un dernier test (une évacuation d'urgence de Crew Dragon en vol) avant une mission habitée vers l'ISS.

La capsule Starliner de Boeing a elle aussi connu des retards importants, liés à la préparation des véhicules autant qu'à ses propres problèmes de parachutes. Longtemps programmée pour un décollage en juin 2019, Starliner ne décolle que le 20 décembre sur un lanceur Atlas V, et alors qu'elle aurait dû rejoindre l'ISS, un problème d'orbite oblige l'entreprise à faire re-rentrer la capsule dans l'atmosphère terrestre. L'entreprise aura cependant réussi un premier test d'évacuation depuis le sol, simulant un problème majeur sur le pas de tir le 4 novembre.

Crew Dragon - ISS
La capsule Crew Dragon arrive pour s'amarrer à l'ISS

La Russie est donc la seule nation à avoir opéré avec succès un véhicule transportant des astronautes en orbite cette année avec sa capsule Soyouz. Trois vols ont pu décoller en mars, juillet et septembre, incluant des astronautes russes et américains, l'italien (ESA) Luca Parmitano, et pour la première fois un membre d'équipage des Emirats Arabes Unis, Hazzaa Al-Mansouri, qui n'est resté sur la station que pour une mission d'une semaine. En plus de leurs missions scientifiques et des centaines d'expériences opérées à l'intérieur et à l'extérieur de la station, les astronautes ont réalisé quelques premières en 2019, comme la première sortie EVA entièrement féminine le 18 octobre.

L'agence russe Roscosmos a envoyé la capsule Soyouz MS-14 dont le seul passager était... Le robot humanoïde Fedor (qui n'a toutefois pas touché les commandes) ! L'année était faste pour les amateurs de scaphandres puisque les astronautes et cosmonautes sont sortis à douze reprises, pour maintenir la station en état, changer des pack de batteries hors d'âge par des lithium-ion, et réparer le télescope AMS-02 au mois de novembre... Alors même que ce dernier n'était pas prévu pour ça.

En août, un cargo russe Progress bat le record de vitesse pour s'amarrer à l'ISS : 3 heures et 19 minutes plus tôt, il était sur son pas de tir à Baïkonour !

Un dernier véhicule habité a fait un test remarquable cette année, c'est la capsule Orion ! Elle a fait un vol de moins d'une minute qui simulait un décollage puis un problème au cours du vol, à vitesse supersonique, pour vérifier que sa tour d'éjection fonctionnait correctement pour l'emmener en sécurité. Curieusement, même si ce fut un succès, la NASA avait fait le choix de ne pas récupérer la capsule, qui s'est donc écrasée sur la surface de l'océan.

La capsule Orion en preparation pour Artemis 1
La capsule Orion qui effectuera son premier vol... en 2021

Tous vers la Lune !

Elle sera l'une des destinations les plus prisées par les sondes, atterrisseurs et robots dans la prochaine décennie. Mais se poser sur la Lune n'est pas un exercice facile, comme on l'a vu en 2019. Il y a eu trois tentatives, et la plus réussie fut la plus difficile, puisque la Chine après un premier succès en 2013 a réussi à poser Chang'E 4 dans le large cratère Von Karman, toute première mission sur la face cachée de la Lune. Une incroyable mission avec le petit robot à 6 roues Yutu-2 qui se poursuit aujourd'hui encore, malgré les basses températures des nuits lunaires de deux semaines.

Le petit atterrisseur israélien Beresheet n'a pas eu cette chance. Plus petit véhicule à réussir à s'insérer en orbite lunaire, il s'écrase à plus de 500 km/h lors de sa tentative de poser le 11 avril après une coupure des communications et un redémarrage de son ordinateur principal au cours de la descente. Quelques mois plus tard le 6 septembre, c'est au tour de l'atterrisseur Vikram de la mission indienne Chandrayaan-2 de rater sa tentative. Après un freinage réussi, le véhicule perd le contact à moins de 3 km du sol lunaire (le site du crash a été découvert cet automne).

Chang'E 4
L'atterrisseur chinois Chang'E 4, sur la face cachée de la Lune

La NASA aussi vise la Lune. Puisqu'il s'agit d'une agence gouvernementale, elle applique les directives de la Maison Blanche. Et déploie donc depuis le printemps toute la puissance de sa communication pour affirmer qu'elle sera en mesure d'envoyer deux astronautes (un homme et une femme) fouler le sol de notre satellite naturel dès 2024. Un projet structurant qui prend corps en 2019, avec un nom, Artemis, et une architecture de mission. L'objectif est donc de construire en 5 ans une petite station orbitale autour de la Lune (la Gateway), puis d'y accrocher un atterrisseur lunaire, et d'y amener des astronautes dans la capsule Orion, qui n'auront alors « plus qu'à » faire un aller-retour vers la surface.

Plus facile à dire qu'à faire ? L'agence américaine a en tout cas commandé les deux premiers modules de sa station, et invité les industriels américains à lui pour amener ses astronautes jusqu'à la surface.

Sur Terre, le premier vol de la capsule Orion autour de la Lune est toujours très en retard (il ne décollera pas en 2020), la faute à son lanceur lourd SLS (Space Launch System) qui se fait attendre. Le premier étage de la fusée est tout juste terminé et part pour une campagne d'essais de six mois au Mississipi fin décembre.

Aldrin Apollo 11
La NASA n'a pas manqué de célébrer les 50 ans des premiers pas sur la Lune

De belles découvertes de la communauté scientifique

En plus d'extraordinaires photos, 2019 a réservé son lot de découvertes scientifiques et d'avancées techniques. En août, un astronome russe amateur découvre 2i/Borisov, la première comète interstellaire détectée qui passe dans notre Système Solaire, et elle est étudiée par des dizaines de groupes scientifiques aujourd'hui alors qu'elle vient de passer au plus près de notre Soleil. Le groupe de l'EHT (Event Horizon Telescope) a présenté cette année la toute première image d'un trou noir supermassif au centre de la galaxie Messier-87, reconstruite à partir de centaines d'observations concertées de télescopes autour du monde.

Le petit télescope orbital TESS a déjà découvert des centaines d'exoplanètes « candidates » et près d'une trentaine confirmées, tandis que les prix Nobel de Physique et de Chimie ont tous deux récompensés des avancées liées au spatial (oui, les batteries lithium-ion, c'est bien pratique aussi dans l'espace) !

On étudie les vortex sombres de Neptune, les émissions fantômes de méthane sur Mars, l'influence des vents solaires à la surface lunaire, les cratères des astéroïdes, les cyclones de Jupiter, mais aussi l'univers profond avec des publications sur le cœur de notre voie Lactée, en tentant d'écouter les échos du Big Bang, ou d'en détecter les toutes premières lumières. Saturne est devenue la planète avec le voisinage le plus peuplé cette année : 82 lunes ! Et bien sûr au sein de l'ISS des générations entières d'expériences se succèdent. Des souris bodybuildées, des salades, des métaux en fusion, des liquides en suspension et des robots qui vous écoutent... Tout ça est au menu dans une semaine normale de ce grand laboratoire orbital !

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La reconstruction des images du trou noir produites par l'EHT

Au dessus des flammes, les fusées

Avec 97 décollages vers l'orbite en 2019 (on devrait atteindre la centaine d'ici la fin de l'année), l'année fut chargée en lancements. Pas autant qu'en 2018, mais plus que les 28 autres dernières années ! La Chine réalise un véritable festival avec 32 décollages d'une multitude de familles de fusées. En 2019, iSpace est devenue la première entreprise privée chinoise à atteindre l'orbite avec son lanceur Hyperbola-1. La Chine a fait décoller une CZ-11 depuis une plateforme en mer, a réussi un lancement en « salve » de deux fusées Kuaizhou-1A à moins de 6h d'écart, et a même fait des premiers pas vers la récupération et la réutilisation de ses lanceurs en réussissant à deux reprises à contrôler le retour d'étages vers des sites prédéfinis.

Le champion de la réutilisation reste l'entreprise SpaceX, qui n'a fait voler que trois étages neufs de Falcon 9 cette année (pour 11 vols), et prouvé à deux reprises que son lanceur lourd Falcon Heavy était capable d'envoyer autre chose qu'une Tesla décapotable dans l'espace. Record, un même étage a été utilisé quatre fois pour le lancement de la seconde mission dédiée à la constellation Starlink, dont 120 satellites sont aujourd'hui en orbite. L'entreprise basée à Hawthorne (Californie) prévoirait d'en faire fonctionner dans les années à venir ! Son concurrent le plus proche, OneWeb, n'aura réussi qu'à envoyer 6 unités en orbite lors d'un vol de test en 2019, mais prépare son offensive pour 2020.

Delta IV Heavy NROL-71
Le 19 janvier Delta IV Heavy décolle avec le satellite NROL-71

Côté lanceurs toujours, le Japon n'a lancé que deux missions en orbite, tandis que l'Inde a réussi ses six lancements. C'est autant que la belle année de l'entreprise RocketLab (6 tirs, autant de succès), et moins que les 9 décollages d'Arianespace avec Ariane, Soyouz et Vega. Les européens fêtaient d'ailleurs le 250e lancement de la famille Ariane, et ses 40 ans ce mois de décembre. Dans le monde, plusieurs lanceurs ont pris leur retraite : Delta IV Medium, Soyouz FG et le lanceur russo-ukrainien Rokot, prévu fin décembre.

La Russie pour sa part terminera une année d'exception, puisque non seulement son lanceur Soyouz est le plus utilisé au monde avec 16 tirs (différentes versions) mais aucun de ses lancements n'a souffert d'un échec en 2019... Ce qui n'était plus arrivé depuis une décennie. Ce n'est pas passé loin lors du décollage d'Egyptsat-A, sauvé par son étage supérieur Fregat-M.

D'autres décollages ont eu moins de chance, notamment les deux tentatives iraniennes de l'année qui se sont toutes soldées par un échec. Le petit lanceur Vega européen, dont Avio est le maître d'œuvre, a souffert d'une désintégration de son 3e étage en vol, et n'a donc pas pu rejoindre l'orbite en juillet, tout comme un lanceur CZ-4C chinois, ou le premier exemplaire OS-M de l'entreprise chinoise OneSpace. Et d'autres enfin, on fait faillite, comme l'un des « fleurons » du NewSpace américain de ces dernières années, Vector.

NASA Stargazer et Pegasus XL
Le petit lanceur aéroporté Pegasus XL a peut-être fait son dernier vol en 2019

Les inclassables de 2019

Le Roc, l'avion géant de Stratolaunch, a fait son premier vol. Toutefois, suite à la mort du milliardaire fondateur de l'entreprise Paul Allen en 2018, les activités de développement de lanceur aéroporté sont stoppées, et aucun autre décollage n'a eu lieu dans l'année. Stratolaunch cherchait un repreneur, et a été rachetée par Cerberus Capital Management, tenue par un autre milliardaire, Steve Feinberg. Plusieurs dizaines d'employés travaillent toujours autour et sur le plus large avion du monde... Qui n'a plus beaucoup de liens avec le monde spatial.

Le 30 août, le président des USA Donald Trump tweete une image du pas de tir du site iranien de Semnan, visiblement prise avec son portable sur un écran tiers lors d'une conférence. Nette et bien résolue, la photographie fait rapidement le tour du monde, car elle dévoile les capacités d'espionnage du satellite USA 224... Jusque là hautement classifiées (et amplement débattues). Une unité qui a coûté plusieurs milliards de dollars à la défense américaine.

iran semnan Trump
Le pas de tir iranien tel que diffusé par D. Trump

Enfin le projet le plus inclassable est sans doute le « vaisseau interplanétaire » Starship de SpaceX. L'entreprise a passé la majeure partie de l'année à développer son site de production à Boca Chica (Texas) ainsi qu'à des tests de construction grandeur nature, qui ont abouti à plusieurs essais de moteurs avec le prototype « StarHopper », culminant le 28 août avec un vol à 150 m d'altitude.

Folie pour les uns, espoir démesuré pour d'autres, le projet Starship, assemblé en extérieur et soudé à quelques encablures de la plage, n'a pas manqué de rebondissements. Après une conférence le 29 septembre devant un vaisseau Starship assemblé et un discours assuré et ambitieux sur de nouvelles promesses d'Elon Musk, le premier exemplaire « Mk1 » était détruit le 22 novembre lors d'un test de pressurisation des réservoirs. Les prototypes de 9 m de diamètre et presque 50 m de haut se succèdent, mais le moment de vérité d'un premier vol vers l'espace n'est pas encore d'actualité.

Et vous, qu'est-ce qui vous a marqué dans le spatial en 2019 ?
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