La Chine tente de contrôler la chute de ses fusées

Eric Bottlaender
Spécialiste espace
05 novembre 2019 à 14h54
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CZ-4B avec grilles
La CZ-4B au décollage le 2 novembre

Pour la seconde fois cette année, un lanceur chinois « classique » a été équipé de grilles de stabilisation afin d'être dirigé, après sa mission, et d'éviter de retomber sur des zones habitées. Un sujet brûlant alors que les décollages se multiplient.

En opérant des sites de lancement à l'intérieur des terres pour envoyer ses satellites en orbite, la Chine se heurte à un problème grandissant : les différents éléments de la fusée, éjectés au fur et à mesure de la mise en orbite d'un satellite, retombent parfois dans des zones habitées. Cette situation se manifeste surtout sur deux des quatre bases chinoises, à Xichang et Taiyuan. Aussi, face à l'augmentation du nombre de lancements de satellites, et des acteurs locaux du « NewSpace », la Chine doit trouver de nouvelles solutions pour éviter un drame : malgré les avertissements, évacuations et messages d'alertes, les étages de fusées et leurs carburants très toxiques sont souvent filmés par des habitants de ces zones rurales, s'écrasant dans des jardins, des granges et même des ensembles d'habitations.

Rediriger les étages pour éviter les foules

Difficile, en outre, de changer toutes les pratiques pour déménager les lanceurs sur le site de Wenchang, au bord de la mer... Alors, pourquoi ne pas utiliser une partie des techniques de récupération de fusée ?

Les grilles ou ailerons de stabilisation, popularisés avec Falcon 9 (SpaceX) mais utilisés sur de nombreux missiles et lanceurs depuis 60 ans (il y en a, par exemple, sur chaque lanceur de capsule Soyouz) peuvent fournir une solution pour les lanceurs chinois, et faire d'une pierre deux coups : en apprendre davantage sur la récupération des étages de lanceur, mais aussi, et surtout, diriger les étages lors de leur traversée de l'atmosphère, pour les amener avec précision dans des zones sans danger pour les populations.

Un premier essai avait été mené cette année avec une fusée CZ-2D le 26 juillet. Cette fois, ce 2 novembre, c'est sur une CZ-4B (Longue Marche 4B), qui décollait depuis Taiyuan, que ce test a eu lieu, ce qui laisse penser que la Chine pourrait généraliser ce processus... Attention cependant, les deux générations de lanceurs testés utilisent le même premier étage, il s'agit donc d'un projet commun. L'atterrissage, ou plutôt le crash contrôlé de l'étage a par ailleurs été surveillé par les autorités du pays.

Un long chemin vers la sécurité...

Il reste encore beaucoup à faire pour que cette méthode soit généralisée et que les habitants des zones concernées ne vivent plus avec cette épée de Damoclès au-dessus de leur tête (d'autant plus que d'autres éléments de lanceurs retombent aussi, comme les coiffes, les inter-étages, etc.). La Chine, pays qui a fait décoller le plus de fusées vers l'orbite en 2019 avec 24 tirs au 5 novembre, poursuit sa croissance avec ou sans protection des populations.

Les industriels chinois poursuivent en parallèle des projets de lanceurs aux étages réutilisables sur plusieurs types de fusées légères (CZ-6A) ou plus imposantes (CZ-8).

Source : Space News
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