Soyouz : tout ce qu'il faut savoir sur le vaisseau spatial russe

04 juillet 2019 à 09h23
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Soyouz TM - Mir
Un vaisseau Soyouz TM ammaré à la station Mir

Né dans les années 60 de la volonté de l'URSS à conquérir l'espace et rivaliser avec les États-Unis dans un contexte délicat de guerre froide, le programme Soyouz (« Union » en russe) avait d'abord pour objectif d'envoyer un cosmonaute soviétique sur la Lune.

Si cette mission lunaire a finalement été abandonnée quelques années plus tard et qu'à ce jour seuls les astronautes de la NASA ont foulé la surface de notre satellite naturel, le programme Soyouz a néanmoins eu de multiples débouchés via des projets civils et militaires et est encore aujourd'hui l'un des seuls à être en mesure d'envoyer des hommes et des femmes dans l'espace.

En attendant les solutions américaines privées de SpaceX et Boeing, la capsule Soyouz et son lanceur sont actuellement les seuls engins à transporter des équipages entre la Terre et la Station spatiale internationale (ISS) depuis l'arrêt de la navette spatiale américaine en 2011.

Soyouz : une fusée et un vaisseau spatial


Dans l'astronautique soviétique, puis russe, Soyouz désigne deux catégories d'engins : la fusée (lanceur) et le vaisseau spatial habité (capsule). Nous nous intéresserons ici à ces deux engins puisque le vaisseau Soyouz est exclusivement lancé par la fusée Soyouz, depuis la base de Baïkonour, au Kazakhstan. Le lanceur a néanmoins été utilisé à maintes reprises pour d'autres missions, comme nous le verrons au cours de cet article.

Soyuz TMA-13 - 2008
Le lanceur Soyouz TMA-13 sur son pas de tir à Baïkonour le 10 octobre 2008

Soyouz : synonyme de fiabilité


Un programme phare dans la course à la conquête spatiale


Pour savoir pourquoi Soyouz est synonyme de fiabilité, nous allons nous replonger rapidement dans son histoire et dans celle de la conquête spatiale dès le début des années 60 et même un peu avant.

Ces faits historiques, tout le monde en a déjà entendu parler un jour ou l'autre. C'est à partir de 1957 que les Soviétiques vont lancer le programme Spoutnik, qui a été vécu comme un véritable affront par les États-Unis. En effet, le premier lancement réussi d'un satellite artificiel, Spoutnik 1, laissait penser que l'URSS disposait d'une technologie spatiale suffisante pour menacer les États-Unis avec un missile nucléaire. Ce lancement du 4 octobre 1957 signe le véritable début de la conquête de l'espace, dans un contexte de rivalité très tendu entre les deux nations.

Youri Gagarine
Youri Gagarine, le premier homme à avoir séjourné dans l'espace

Un mois plus tard, la mission Spoutnik 2 sera la première à envoyer un être vivant dans l'espace : la célèbre chienne Laïka, qui malheureusement succombera au voyage au bout de quelques heures. Après plusieurs lancements réussis de satellite Spoutnik, les soviétiques mettent au point le programme Vostok qui vise à réaliser les premiers vols spatiaux habités et qui verra, le 12 avril 1961, Youri Gagarine devenir le premier homme à séjourner dans l'espace. Les soviétiques ont ensuite rapidement enchaîné avec le programme Voskhod qui, contrairement au premier vol habité, a permis d'effectuer un vol avec un équipage de trois cosmonautes, le 6 octobre 1964. La deuxième mission de Voskhod verra la toute première sortie extra-véhiculaire être réalisée.

Les premiers pas de Soyouz


Le vaisseau spatial Soyouz sera développé dès 1963 et effectuera sa première mission le 21 avril 1967. Il fait suite à la fusée et au vaisseau Voskhod dont le programme fut arrêté après trois missions en raison des bien meilleurs résultats obtenus à la même époque par les Américains avec le programme Gemini. Soyouz est ainsi censé dépasser les performances de son prédécesseur et permettre à l'URSS de rattraper le retard pris dans le domaine depuis les efficaces missions qui ont lancé la course à la conquête spatiale.

Soyouz 2 et 3
Voici à quoi ressemblaient les premiers vaisseaux Soyouz

Malheureusement, la course à l'espace va précipiter les développements des programmes spatiaux soviétique et américain et les deux nations rivales en porteront le deuil en 1967. Si trois astronautes du programme Apollo périrent d'asphyxie le 27 janvier 1967 lors d'une répétition en vue de la mission Apollo 1 sur le pas de tir, la première perte humaine dans l'espace sera subie par les Soviétiques, après le vol tragique de Soyouz 1, le 21 avril 1967.

Après plusieurs essais non concluants, les Soviétiques ont tout de même voulu lancer la double mission Soyouz 1. Celle-ci consistait à lancer deux vaisseaux afin d'opérer un rendez-vous orbital. Les défaillances durant le vol du premier vaisseau ont été catastrophiques puisque Vladimir Komarov, son seul occupant, y laissera la vie alors que la capsule s'écrase à une vitesse folle sur la terre ferme. Le lancement du second vaisseau sera finalement annulé.

Soyouz devancé par le programme Apollo


Quelques mois après cette première catastrophique, les Soviétiques parviendront à démontrer les capacités du vaisseau en réalisant plusieurs rendez-vous orbitaux et en effectuant, en 1970, un séjour prolongé de 18 jours dans en orbite terrestre basse. Par la suite, ils mettront au point le programme inhabité nommé Zond qui était censé préparer un éventuel vol lunaire habité.

Si ce programme leur a permis de faire le tour de la Lune avec la mission Zond 5 en septembre 1968, il perdra cependant vite de son intérêt avec les prouesses réalisées par les Américains qui parviendront à fouler le sol de la Lune le 20 juillet 1969. Les différents projets lunaires des Soviétiques seront abandonnés en 1974 avec l'arrivée de Valentin Glouchko à la tête du programme spatial habité soviétique.

Saliout 7 - Soyouz
Un vaisseau Soyouz amarré à la station Saliout 7

À partir de ce moment, les Soviétiques vont se concentrer sur d'autres objectifs, notamment avec le lancement des stations spatiales Saliout en 1971 (la première station à être placée en orbite à l'aide d'une fusée Proton) ainsi que Mir à partir de 1986. Les fusées et vaisseaux Soyouz seront ainsi utilisés pour assurer la relève des équipages de Saliout et Mir. Le vaisseau Soyouz T-6 sera le premier à voir un français, Jean-Loup Chrétien, aller dans l'espace en 1982.

Apollo vue depuis Soyouz
Le vaisseau Apollo et son module d'amarrage vus depuis Soyouz

Cette époque voit aussi la première collaboration entre les États-Unis et l'Union soviétique avec une mission spatiale conjointe Apollo-Soyouz en 1975. Par la suite et avec la dissolution de l'URSS en 1991, la Russie débutera une large collaboration avec les Américains, toujours en cours aujourd'hui puisque la NASA continue encore de profiter des services du Roscosmos pour transporter ces astronautes jusqu'à l'ISS.

Un programme qui affiche 98 % de réussite


Malgré des accidents à déplorer, notamment avec le décès de l'équipage lors des missions Soyouz 1 et Soyouz 11, ainsi que des lancements ratés (sans perte humaine) comme ce fut le cas en octobre dernier avec la capsule Soyouz MS-10, le programme Soyouz est à l'heure actuelle celui qui affiche le meilleur taux de réussite avec près de 98% de succès. De 1967 à nos jours, les différentes versions de Soyouz ont été lancées au total 138 fois et continuent d'être plébiscitées par la NASA depuis le retrait de la navette spatiale américaine, malgré la concurrence directe imminente de SpaceX et Boeing.

Soyuz TMA-7
Le vaisseau Soyouz TMA-7 en approche de l'ISS en 2006

En ce qui concerne le lanceur Soyouz, ce dernier comptabilise le plus grand nombre de lancements au monde puisqu'en 2018, plus de 1800 fusées Soyouz ont déjà été tirées. Seuls trois lancements habités de Soyouz ont été impactés par des incidents, sans perte humaine : Soyouz 18a en 1975, Soyouz T-10-1 en 1983, et Soyouz MS-10 le 11 octobre 2018.
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