Las Vegas ne dort jamais vraiment. C’est dans ce théâtre permanent que le Consumer Electronics Show s’installe chaque année comme chez lui : la ville et le salon partagent la même philosophie, celle de la promesse, du spectacle et du « toujours plus ».

© Colin Golberg avec Nano Banana Pro
© Colin Golberg avec Nano Banana Pro

Pendant plusieurs jours, nous avons marché sans compter, d’un hall à l’autre, le regard saturé d’écrans et l’esprit bombardé de slogans. Démonstrations millimétrées, discours parfaitement rodés, innovations annoncées comme autant de promesses sans lendemain… Le CES sait vendre le futur comme les casinos savent vendre le rêve. Et, comme à Las Vegas, il y a toujours deux réalités qui cohabitent : d’un côté, des idées réellement excitantes ; de l’autre, une mise en scène frôlant le ridicule.

Cette année, l’IA est partout. Mais derrière le mot magique et après une petite semaine pour digérer, on a surtout vu une industrie en quête de cas d’usage : PC dopés aux NPU, TV plus malines, promesses de santé préventive et domotique qui essaie enfin d’être moins pénible. Un futur, oui, mais un futur qui doit prouver qu’il sert à quelque chose.

Mathieu Grumiaux — Maison connectée

Après la maison, les marques tech veulent s’installer dans votre jardin

Entre la keynote XXL de Lenovo à la Sphere (et son show hallucinant avec Gwen Stefani) et les stands plus terre-à-terre, je ressors de ce CES 2026 avec une impression mitigée : de vraies idées… et pas mal de ralentissements.

Le secteur du nettoyage, justement, a nettement levé le pied. Hors Roborock et son Saros Rover (premier robot « à jambes » pensé pour les escaliers), le reste ressemble surtout à des itérations : Mova et ses 40 000 Pa, Ecovacs et son jet de détergent, et côté aspirateurs laveurs, peu de nouveautés marquantes (à l'exceptions du Roborock F25 ACE Pro et de deux modèles chez Tineco).

Le Spino, premier robot qui entre et sort tout seul de l'eau. ©Mathieu Grumiaux
Le Spino, premier robot qui entre et sort tout seul de l'eau. ©Mathieu Grumiaux

En revanche, les marques veulent clairement déborder de la maison vers le jardin. Les robots tondeuse étaient partout (Roborock annoncera sa première gamme dès ce printemps, mais aussi Ecovacs, Mova, Mammotion). Et les robots de piscine ont apporté les « vrais » moments waouh : IA chez Aiper, station de nettoyage autonome chez Beatbot, et Mammotion qui pousse l’idée plus loin avec Spino, capable d’immerger et de récupérer le robot via un bras mécanique.

Dernier signal fort : Dreame, qui se rêve en géant de l’électroménager et vient marcher sur les plates-bandes de LG/Samsung jusqu’à se positionner à côté des historiques, symbole assumé d’une ambition très offensive en Europe.

Matthieu Legouge — Image & Son

Téléviseurs : le haut de gamme façon puzzle

Côté téléviseurs, le CES 2026 confirme un basculement déjà bien lancé : le haut de gamme ne se résume plus à une techno reine, mais à un empilement d’options. OLED, QD-OLED, MiniLED, SQD-MiniLED, RGB MiniLED, Micro RGB… le premium se fragmente, et le décryptage devient indispensable.

Sur le LCD, la complexité saute aux yeux. TCL pousse son SQD-MiniLED (X11L). Hisense mise sur le RGB MiniLED evo, avec une LED cyan (116UX Evo, puis déclinaisons plus accessibles). Samsung transforme le Micro RGB en vraie gamme premium, de 55 à 130 pouces, pendant que LG densifie encore son catalogue d'un côté avec MiniLED RGB et de l'autre avec Micro RGB…

Le TCL X11L et sa technologie SQD-MiniLED, qui n'est autre que la 8ème génération de MiniLED du fabricant chinois. © Matthieu Legouge

Derrière ces noms proches, le décryptage n'est pas toujours facile. Le RGB MiniLED remplace le rétroéclairage blanc/bleu par des diodes RGB ; le Micro RGB va plus loin avec des LED RGB beaucoup plus petites et plus denses, donc un contrôle plus fin de la lumière, tout en restant sur une architecture LCD.

L’OLED aussi se stratifie (nouvelles gammes LG, offre Samsung réorganisée), tandis que le MicroLED reste une vitrine spectaculaire, encore hors de portée. Au final, l’image premium 2026 est plus riche… et plus difficile à lire que jamais.

Colin — Rédacteur-en-chef adjoint

Robotique humanoïde : démonstrations, usages, et promesses lointaines

Cette année encore, les robots étaient partout sur le salon. Et voir « en vrai » ce qu’on ne connaît souvent qu’à travers des vidéos TikTok/YouTube a un effet immédiat : les humanoïdes sont devenus étonnamment agiles, tiennent l’équilibre, enchaînent des mouvements d’une fluidité presque dérangeante — et, oui, ils dansent mieux que nous.

Mais derrière la débauche de démonstrations, le réel est plus prosaïque. La plupart de ces robots déroulent une chorégraphie programmée : très peu sont réellement autonomes, et encore moins capables d’accomplir des tâches utiles sans consignes précises ni supervision humaine.

Rien d’anormal, au fond. Tesla a mis près d’une décennie à faire mûrir le FSD, le temps d’accumuler des données en conditions réelles. Les humanoïdes devront suivre la même trajectoire : quitter les stands et entrer dans nos maisons, pour apprendre au contact du quotidien, même si la promesse reste encore lointaine. 

NVIDIA : DLSS 4.5 et Dynamic Multi Frame Generation

Ici, NVIDIA n’a pas sorti un nouveau GPU de son chapeau, mais un nouveau tour de passe-passe. Le DLSS passe en 4.5, avec une idée simple : rendre l’illusion plus propre… et plus rapide. Pas besoin d'attendre des mois, c'est déjà dispo via l'app NVIDIA.

La nouveauté principale, c’est la Super Resolution de seconde génération : moins de ghosting et une image plus stable en mouvement. Et côté performances, NVIDIA pousse la multi-frame generation à 6x (objectif 240 i/s) et introduit la Dynamic MFG capable de s'adapter en temps réel pour correspondre aux performances de votre écran. Cette nouveauté est attendue au printemps 2026 et restera réservée aux GeForce RTX série 50.

Nathan Le Gohlisse — PC portables

Panther Lake : la génération qui doit mettre tout le monde d’accord

Chez Clubic, nous avons eu le privilège de suivre étroitement le développement de la nouvelle génération de processeurs mobiles Intel « Panther Lake ». Du stade de la simple rumeur colportée de média en média à celui de l’officialisation, en passant par les présentations techniques les plus poussées (auxquelles nous avions assisté début octobre lors d’un passage en Arizona). C’est donc avec un intérêt tout particulier que nous suivions à Las Vegas l’étape finale du parcours de ces nouveaux SoC : leur lancement lors du CES 2026.

La carte mère d'un MSI Prestige, équipé d'un SoC Panther Lake. © Nathan Le Gohlisse pour Clubic

Si ces puces méritent, peut-être plus encore que les nouvelles solutions concurrentes de Qualcomm et d’AMD, l’attention de nous autres journalistes Tech, c’est parce qu’elles sont cruciales pour l’avenir d’Intel. Après des mois de turbulences, le géant californien joue sur ce lancement une partie de sa réputation, et doit également prouver que son procédé 18A (avec lequel sont gravées les compute tiles de Panther Lake) est suffisamment performant pour attirer chez Intel Foundry l’attention et les commandes de gros acteurs externes.

Pour le consommateur lambda et les ordinateurs portables de 2026, cette nouvelle génération de puces Intel Core Ultra devrait être synonyme de performances graphiques sérieusement boostées, équivalentes à celles de certaines petites cartes graphiques dédiées, mais aussi d’une efficacité énergétique accrue. À la clé, la promesse d’une parité définitive des machines Windows et des MacBook « M » d’Apple sur le terrain de l’autonomie. Malgré tout, les premiers essais que nous avons pu mener sur ces puces Panther Lake nous laissent (un chouia) dubitatifs sur les gains en termes de performances CPU. Réponses d’ici quelques semaines à la faveur de tests plus poussés, mais il est certain que Panther Lake était l’un des sujets les plus chauds du CES cette année.

Nicolas Guyot — Rédacteur en chef

Tenir le desk : le CES vu depuis l’autre côté de l’écran

Depuis la rédaction de Clubic, on a suivi ce CES 2026 comme on regarde un orage au loin. Ça gronde à Las Vegas, on entend les premiers roulements des annonces, et on sait très bien que ça finira par s’abattre sur nos écrans et claviers. Le salon a comme chaque année empilé les annonces, les gadgets, les promesses… mais une tendance m’a semblé plus nette que les autres.

L'enregistreur IA du quotidien selon Motorola (projet Maxwell). ©Colin Golberg pour Clubic

En effet, le vrai signal de ce CES, ce ne sont pas les démos spectaculaires ni les assistants qui parlent trop. Ce sont les machines qui arrivent pour faire tourner l’intelligence artificielle sans demander la permission à un serveur distant. Des PC portables bardés de NPU bodybuildés, notamment chez Qualcomm. Des stations de travail façon Razer, remplies de GPU NVIDIA RTX pour développer, entraîner et inférer directement sur site. Et même le stockage qui change de logique : chez Lexar, par exemple, on ne vend plus seulement des débits, mais de la stabilité pour des flux continus d’IA, de vision (pour enregistrer ce que vous voyez au quotidien comme les projets Motoko et Maxwell), de robotique.

Une clé de stockage pour IA locale chez Lexar. ©Matthieu Legouge pour Clubic

Pendant ce temps, toujours à distance, on regarde défiler les vidéos toujours plus spectaculaires de robots qui envahissent littéralement les allées du CES. Personnellement, je préférais l’époque des babes, mais cette ère est désormais révolue, et il faut se contenter aujourd’hui de silicium, de capteurs et de mécaniques dignes des films de science-fiction des années 80 et 90.

Majordomes domestiques chez LG, robots industriels comme Atlas qui enfilent enfin un bleu de travail, machines ménagères capables de grimper les escaliers, de nettoyer la piscine ou le jardin pendant que vous faites autre chose... Ils semblaient partout. Et plutôt doués. Même si mes antennes me soufflaient que beaucoup étaient encore très téléguidés, très chorégraphiés, très protégés pour éviter le moindre raté en public.

Côté santé, en revanche, ce CES était presque sage. Garmin qui compte ce que vous mangez depuis votre montre. Amazfit qui filme votre assiette. Holoswim qui projette vos stats de natation dans vos lunettes. Eh bien sûr notre champion national Withings, qui médicalise un peu plus la balance et rend intelligent le miroir de la salle de bain.

Tiens, et la French Tech, dans tout ça ? Moins de waouh, plus de malin cette année : des allergènes détectés en poche (Allergen Alert), de la dépollution in situ (MP Geotex), une IA des émotions (Emoticonnect), une autre (Airudit) pour piloter des machines à la voix même sans connexion Internet… Ce n’est pas spectaculaire, ça semble par contre un peu plus utile qu'un grille-pain avec écran ou une paire de santiags connectées.

Au fond, ce CES vu depuis mon bureau m’a surtout rappelé qu'on a un métier privilégié. On passe nos journées à observer ce que l’humanité fabrique de plus ingénieux, de plus absurde, de plus prometteur... parfois tout à la fois. On est aux premières loges du génie humain, dans le pire comme dans le meilleur. Et ça, franchement, c'est sympa.

Pendant que les robots dansent, le vrai changement s'installe

Au-delà des démos spectaculaires, ce CES 2026 raconte une histoire plus subtile : celle d'une transformation silencieuse. L'IA ne demande plus la permission, elle s'exécute en local. Les robots ne font plus le show, ils font le ménage. C’est une transformation silencieuse, mais radicale. On passe du « toujours plus » au « toujours mieux ».

Avec le retour en force d'Intel avec Panther Lake et des constructeurs qui peaufinent l'expérience utilisateur plutôt que la fiche technique, la tech se range. Elle devient moins spectaculaire, certes, mais infiniment plus indispensable. Et c'est peut-être ça, le vrai futur.