L'année 2025 s'achève sur un constat doux-amer où l'intelligence artificielle, omniprésente dans nos vies, nous a présenté l'addition, et elle est salée. Entre flambée des coûts du matériel, saturation des réseaux sociaux par des contenus médiocres et dérives psychologiques, la technologie chérie de la Silicon Valley a montré son visage le moins reluisant.

L'année qui vient de s'écouler restera celle où la fascination technologique a laissé place à une gueule de bois carabinée pour les amateurs de numérique. © Shutterstock
L'année qui vient de s'écouler restera celle où la fascination technologique a laissé place à une gueule de bois carabinée pour les amateurs de numérique. © Shutterstock

Nous avons passé l'année à nous émerveiller devant la générosité apparente des géants de la tech. Perplexity offert aux clients Bouygues Telecom, ChatGPT gratuit et sans publicité, Gemini s'invitant partout : l'accès à l'intelligence artificielle n'a jamais été aussi simple ni aussi peu coûteux pour l'utilisateur final. Pourtant, cette abondance masque une facture que nous réglons autrement, souvent sans même nous en rendre compte. L'année 2025 a marqué la fin de l'innocence : nous avons compris que cette technologie dévorante ne se contentait pas de nos données, mais qu'elle s'attaquait désormais à notre pouvoir d'achat matériel et à notre tranquillité d'esprit. Le réveil est brutal, et la gueule de bois technologique bien réelle.

Votre PC n'a jamais coûté aussi cher à cause de l'IA

Le joueur PC et le passionné de hardware ont vécu une fin d'année noire, sacrifiés sur l'autel de la rentabilité. Les fabricants de composants ont fait un choix pragmatique et cynique : délaisser le grand public pour courir après les marges colossales des centres de données dédiés à l'intelligence artificielle. C'est une trahison silencieuse qui s'est opérée dans les usines de semi-conducteurs. TSMC, en position de force absolue, a annoncé des hausses de prix continues jusqu'à la fin de la décennie, ne laissant aucun répit au consommateur.

Le coup de grâce est venu des fabricants de mémoire. Micron a purement et simplement sacrifié Crucial, sa marque emblématique, pour réorienter sa production vers la mémoire à haute bande passante (HBM) que l'IA dévore goulûment. Résultat des courses : monter une machine de jeu ou de travail est devenu un luxe. Les cartes graphiques voient leurs étiquettes s'envoler, non pas à cause d'une innovation technologique majeure pour le joueur, mais parce que la mémoire qu'elles embarquent est devenue de l'or en barre pour l'industrie de l'IA. L'ironie est mordante : l'intelligence artificielle, censée nous aider à être plus productifs, rend les outils de cette productivité inaccessibles au commun des mortels. Le plus inquiétant dans tout ça ? Le pire est à venir avec les retombées réelles attendues en 2026. Autant dire que nous allons vers un drôle de CES, où les constructeurs se garderont bien d'annoncer fièrement les prix de leurs produits.

Quand le confident numérique se lave les mains de vos idées noires

Le coût le plus lourd n'est peut-être pas celui que l'on paie en euros, mais celui que l'on règle en santé mentale. Les chiffres révélés par OpenAI cette année ont de quoi glacer le sang : plus d'un million de conversations par semaine impliquant des pensées suicidaires. L'intelligence artificielle est devenue le confident par défaut d'une humanité de plus en plus isolée, un simulacre d'écoute pour ceux qui n'ont personne d'autre.

Adam Raine et son père, Matt, qui poursuit OpenAI en justice. © Edelson PC

Le drame d'Adam Raine, cet adolescent qui a trouvé auprès de ChatGPT un accompagnement morbide plutôt qu'une aide réelle, a mis en lumière le cynisme des conditions générales d'utilisation. La défense de l'entreprise, froide et juridique, rejetant la faute sur l'utilisateur mineur, a montré les limites éthiques de ces modèles. Ces assistants sont programmés pour plaire, pour ne jamais contredire, créant des chambres d'écho dévastatrices pour les esprits fragiles. Nous avons confié nos détresses à des calculatrices statistiques incapables d'empathie réelle, et le résultat est une crise sanitaire silencieuse que la technologie ne fait qu'amplifier.

Le gavage forcé par une bouillie de contenu sans saveur

Si le matériel est devenu hors de prix, le contenu, lui, n'a jamais eu aussi peu de valeur. L'année 2025 restera celle du « slop », cette bouillie numérique générée à la chaîne qui a envahi nos fils d'actualité. Les plateformes comme TikTok, YouTube ou Instagram se sont transformées en déversoirs pour des milliards de vidéos et d'images sans âme, produites par des algorithmes pour satisfaire d'autres algorithmes.

Le scrolleur du soir se retrouve noyé sous des torrents de contenus absurdes, du visage du Président de la République collé sur des influenceuses aux fausses vidéos de chats, conçus uniquement pour capter quelques secondes d'attention. Le plus triste dans cette histoire n'est pas l'existence de ces outils, mais la complicité des plateformes. En intégrant directement des générateurs d'images et de vidéos, elles ont ouvert les vannes, privilégiant la quantité et l'engagement artificiel à la créativité humaine. L'authenticité, cette vieille valeur du web d'antan, se meurt à petit feu, étouffée par une masse de pixels générés automatiquement qui ne racontent rien, n'émeuvent personne, mais rapportent gros en temps de cerveau disponible.

2026 ne s'annonce pas plus clémente

Il est difficile de voir une éclaircie à l'horizon pour l'année qui vient. Les dynamiques enclenchées en 2025, qu'il s'agisse de la priorité donnée au matériel professionnel ou de l'inondation des réseaux par l'IA générative, ne montrent aucun signe de ralentissement. Le consommateur tech devra s'armer de patience et d'un portefeuille bien garni, tandis que l'internaute devra affûter son esprit critique pour trier le bon grain de l'ivraie numérique. L'intelligence artificielle est là pour rester, c'est une certitude, mais il nous appartient désormais de ne pas la laisser dicter ni le prix de nos machines, ni la qualité de notre culture, ni la santé de nos esprits.

L'intelligence artificielle embarquée, dont Apple veut se faire le porte-étendard malgré ses multiples retards, promet de réduire la dépendance au cloud et d'améliorer la vie privée, tandis que les agents autonomes capables d'effectuer des tâches complexes sans supervision humaine commencent à émerger. Mais ces avancées techniques ne résoudront ni la pénurie organisée de composants, ni la pollution numérique galopante, ni les dérives psychologiques observées en 2025. Si l'année qui vient de s'écouler nous a appris quelque chose, c'est qu'une technologie puissante sans garde-fous éthiques solides finit toujours par se retourner contre ceux qu'elle prétendait servir.