IndySci : Le financement participatif et l'open source pour lutter contre le cancer ?

01 octobre 2014 à 17h48
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Concevoir de manière indépendante un médicament qui ne serait pas breveté pour traiter le cancer, tel est l'objectif du docteur Isaac Yonemoto, dont le laboratoire est basé à San Diego. Pour mettre sur pied les premières étapes de son projet, le chercheur fait appel à la générosité des internautes, par le biais d'une plateforme de financement participatif.

IndySci est une nouvelle plateforme de crowdfunding (financement participatif) créée par le docteur Isaac Yonemoto. Ce dernier désire enclencher une nouvelle démarche, afin de permettre aux internautes du monde entier de donner de l'argent à des équipes indépendantes pour financer certaines étapes de projets de recherche. Pour inaugurer le site, le docteur Yonemoto y présente sa propre campagne : le projet Marilyn. Celui-ci vise à développer un médicament contre le cancer, qui ne serait pas breveté et serait même open source, pour permettre à la communauté scientifique de participer ouvertement à son évolution.

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« Lorsque le développement de logiciels n'en était qu'à ses débuts, les gens pensaient que les brevets étaient l'unique manière de protéger les bonnes idées. Mais nous constatons aujourd'hui que les plateformes open source, comme Android, encouragent à la communication et peuvent conduire à des produits de qualité supérieure, rentables » estime le scientifique. Pour lui, la médecine est dans une situation similaire, bloquée : les grands laboratoires déposent des brevets et verrouillent les recherches. Par ailleurs, en s'accaparant les droits sur les médicaments, l'industrie médicale empêche une grande partie de la population, qui n'a pas les moyens, d'y accéder. C'est un autre point contre lequel se place Isaac Yonemoto.

50 000 dollars pour valider une étape



Le chercheur et son équipe travaillent sur un composé anti-cancer nommé 9DS, ou 9-deoxysibiromycin. Il ne s'agit pas d'une nouveauté dans la recherche contre le cancer : développé au sein de l'université du Maryland, ce médicament a déjà prouvé son efficacité dans l'inhibition de la prolifération des cellules cancéreuses, notamment dans des cas de cancers du sein, du rein ou de la peau. Mais malgré des résultats a priori prometteurs, les chercheurs initiaux n'ont pas trouvé les financements nécessaires pour continuer leur travail, car les laboratoires démarchés ont estimé que le coût de la recherche et des essais cliniques était trop élevé au regard des bénéfices potentiels.

La molécule 9DS n'a jamais été brevetée, et c'est pour cette raison qu'elle peut être exploitée par Isaac Yonemoto dans son projet. Mais comme on peut s'y attendre, la limite du projet est financière : pour lancer la prochaine étape de ses travaux, à savoir une xénogreffe sur des souris, le scientifique a besoin de 50 000 dollars. « Cette expérience doit être réalisée avant que nous puissions passer à des essais cliniques » explique le chercheur sur la page du projet.



Le financement participatif est-il la meilleure des solutions ?



A mi-parcours, le projet Marilyn a pour l'heure récolté un peu plus de 19 000 dollars, soit moins de la moitié de la somme désirée. Une situation qui laisse penser que la démarche a du mal à convaincre ou à toucher les internautes. La plus grande partie des dons se limite à moins de 10 dollars, tandis que les paliers au-dessus de 200 dollars n'ont attiré personne.

Malgré l'apparente bonne foi et la transparence dont cherche à faire preuve le chercheur, qui affiche sur la page de la campagne un diagramme budgétaire et même le détail complet des finances, on peut se demander si chercher à financer un tel projet scientifique à la manière d'un produit proposé sur Kickstarter ou IndieGogo est réellement une bonne idée. Les contreparties proposées vont du simple remerciement aux boucles d'oreilles en forme de molécule 9DS, en passant par la cravate ou le badge. Pour 15 000 dollars, il est possible de s'offrir un cours de biologie synthétique dispensé par le docteur Yonemoto lui-même. Un palier qui n'a pas trouvé preneur.

Et quand bien même la somme de 50 000 dollars était atteinte, le projet ne pourrait pas aller au-delà de l'expérience de xénogreffe sans des financements plus conséquents : les essais cliniques pourraient coûter entre 1 et 10 millions de dollars, une somme difficilement atteignable par le biais du financement participatif. Mais Isaac Yonemoto cherche surtout à démontrer la viabilité du médicament pour attirer le regard de plus gros donateurs, tout en démontrant, au passage, qu'il est possible de faire avancer la recherche à l'aide de dons directement fournis par les particuliers. Ce n'est pas une grande nouveauté en soi, puisque le don d'argent à la médecine existe depuis longtemps. Sauf qu'ici, le don va directement au laboratoire, sans passer par une entité administrative ou caritative, et surtout dans un but clairement identifié.

Le risque de l'échec



Néanmoins, à l'inverse d'un produit financé sur Kickstarter par exemple, où l'internaute sait de façon assez sûre à quoi son argent va servir au final, la recherche médicale est incertaine. Les personnes qui donnent de l'argent pour le projet Marilyn n'ont pas l'assurance que l'expérience menée par le docteur Yonemoto va aboutir sur un résultat positif : au bout du compte, l'on apprendra peut-être que le 9DS est inefficace. L'incertitude peut donc être un frein à la donation, dans ce type de cas. Il est évident que donner de l'argent avec la certitude d'aider à trouver un remède contre le cancer serait plus convaincant, mais c'est une perspective évidemment impossible aujourd'hui. Isaac Yonemoto est également transparent sur ce point, et explique bien que le projet continuera uniquement si les résultats de la xénogreffe sont concluants. Mais pour ce faire, il faut de l'argent, le nerf de la guerre.

Qu'il se termine sur un échec ou un succès, le projet Marilyn ne devrait être que le premier à intégrer la plateforme IndySci, puisque son créateur nourrit de belles ambitions concernant la recherche participative. S'il faudra probablement un bon moment avant qu'une telle démarche entre dans les mœurs, elle permet cependant de s'interroger sur l'évolution et les limites du financement participatif, ainsi que de celles de la recherche scientifique indépendante.
Modifié le 01/06/2018 à 15h36
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