Qui seront les gagnants de la voiture autonome ?

Céline Deluzarche
08 février 2016 à 09h22
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Le virage de la voiture autonome est entrepris par une multitude d'acteurs du secteur de l'automobile. Des constructeurs traditionnels aux "nouveaux entrants" jusqu'à présent spécialisés dans le numérique en passant par les équipementiers, chaque groupe a sa carte à jouer.

La révolution de la voiture sans chauffeur n'est pas simplement technique : elle entraîne un bouleversement total de la conduite, de l'infrastructure du véhicule ou bien encore des modes de déplacement. De quoi inciter tous les acteurs plus ou moins proches du secteur à s'engouffrer dans la brèche. Les principaux acteurs du marché ont chacun des priorités qui leur sont propres, des stratégies différentes mais également des travaux plus ou moins avancés.

Forts de leur légitimité et de leur notoriété dans la fabrication de voitures, les constructeurs doivent pourtant intégrer des technologies totalement nouvelles pour eux.

Les allemands : Audi, Mercedes et BMW


Les constructeurs haut de gamme allemands sont plus réservés que leurs concurrents sur la voiture 100% autonome. Même si les trois principales marques du pays ont obtenu des autorisations de tests en circulation réelle aux Etats-Unis, ils préfèrent pour l'instant mettre l'accent sur l'assistance à la conduite et les services. « On pourrait parfaitement commercialiser dès aujourd'hui une voiture roulant toute seule à 120 km/h sur autoroute », déclarait récemment le patron de BMW Harald Krüger. « Mais si une application mobile qui fonctionne 80% du temps est acceptable, il est inimaginable de faire rouler seule une voiture qui n'est pas 100% au point ». En attendant, sa nouvelle génération de la Série 7 intègre déjà bon nombre d'innovations comme le parking automatique, le pilotage par la voix ou les gestes, et le mode de conduite semi-automatique sur autoroute.

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Mercedes, de son côté, lancera aux printemps 2016 une Classe E équipée du changement de file automatique. La marque veut aussi concurrencer Uber avec son application Car2go. Dans le futur, une limousine sans chauffeur viendra récupérer le client à la sortie d'un rendez-vous en se synchronisant avec son agenda.

Chez Audi, un prototype de RS7 est déjà capable de prendre les commandes pour se garer ou rouler dans les embouteillages. En 2013, il a été le premier constructeur mondial a obtenir une autorisation de circulation dans le Nevada aux Etats-Unis. D'autres tests sont menés aujourd'hui en Floride et en Californie afin de développer sa base de données essentielle à l'apprentissage « intelligent » de son pilote automatique.

Les trois grands de l'automobile ne comptent en tous cas pas se laisser dicter la loi par les Américains. Pour se défaire de la dépendance Google, Audi, BMW et Mercedes ont racheté en décembre 2015 le service de cartographie Here, un atout majeur dans les systèmes de conduite automatisée.

Volvo


« En 2020, dans une Volvo neuve, il n'y aura plus de mort », affirme avec aplomb Yves Pasquier-Desvignes, le PDG de Volvo France. « Toute la technologie nécessaire est déjà dans nos voitures », assure-t-il. « Chaque système est doublé ou triplé en cas de défaillance », renchérit Erik Coelingh, en charge des voitures autonomes chez Volvo. La marque suédoise compte faire circuler une centaine de voitures équipées de son système de pilotage autonome IntelliSafe en 2017.

Un prototype de XC90 a été le premier autorisé à rouler en Australie en novembre 2015. Au-delà de la technologie de conduite, le constructeur tient à se différencier des autres fabricants en se focalisant sur l'intégration. « Chacun utilise peu ou prou les mêmes composants. [...] Mais nous mettons l'homme et non la technologie au centre du transport », avance Erik Coelingh. Volvo travaille également sur l'habitacle de la voiture à travers son Concept 26 qui préfigure l'intérieur de demain.

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Ford


En 2016, Ford va tripler le nombre de ses prototypes en test, et deviendra ainsi le premier constructeur mondial en termes de flotte de voitures autonomes, assure le constructeur américain (30 véhicules en test en conditions réelles en Californie, Arizona et Michigan). Objectif : améliorer les algorithmes qui gèrent le système de conduite.

Ford a été l'un des pionniers de la technologie Lidar, qui cartographie l'environnement en 3D. Il dispose en la matière d'une des meilleures expertises au monde, ce qui permet de ne mettre que deux radars au lieu de quatre. Ford discuterait en outre avec Alphabet pour la création d'un programme indépendant consacré à l'auto-partage et aux flottes d'entreprises, dans lequel il apportait son savoir-faire en termes de pilotage automatisé tandis qu'Alphabet amènerait ses logiciels d'intelligence artificielle.

Toyota


Longtemps réticent, Toyota s'est finalement lancé dans la bataille de la voiture sans chauffeur. Il a débloqué une enveloppe d'1 milliard de dollars et ouvrira un centre de développement dans la Silicon Valley qui emploiera 200 ingénieurs. Le Japonais a déposé plus de 1 400 brevets concernant la voiture autonome, deux fois plus que toute autre société de ce secteur, relate un rapport de Thomson Reuters. L'un d'entre eux porte par exemple sur un système évitant à la conduite autonome de repasser « automatiquement » en mode manuel.

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Sa première préoccupation : la fiabilité. « Nous visons le zéro erreur », affirme un porte-parole du groupe. Il dispose pour cela d'une solide expérience dans la robotique. Le 6 octobre 2015, Toyota a présenté sa première voiture autonome, la Highway Teammate. Une voiture spécialement taillée pour circuler sur autoroute, et qui pourrait être vendue à l'occasion des JO de 2020.

PSA


PSA est le constructeur français le plus avancé sur la voiture autonome. Il a déployé une véritable feuille de route. A partir de 2018, des véhicules équipés de fonctions de conduite autonome, mais sous surveillance du conducteur, arriveront sur le marché. Et d'ici 2020, ses voitures pourront évoluer seules, avec une délégation de conduite plus étendue. Son approche est résolument nouvelle et multimodale. Le système intelligent cherche d'abord à améliorer l'interface homme-machine pour « apprendre » à la voiture à agir de façon adaptée.

Il intègre aussi les données d'infrastructure et de sécurité routière (marquage au sol, limitations de vitesse...). Lors du Congrès mondial sur les transports intelligents en octobre 2015, une C4 Picasso a parcouru 600 km entre Paris et Bordeaux en toute autonomie. PSA est l'un des seuls constructeurs ayant reçu une autorisation pour des tests en conditions réelles en France. Une vingtaine de prototypes sillonneront les routes en 2016.

Renault-Nissan


Dès 2013, une version robotisée de Nissan Leaf électrique avait reçu l'autorisation de circuler sur les routes japonaises en conditions réelles. Cette année, le quatrième constructeur mondial a annoncé pour 2020 une gamme de véhicules équipés de capacités autonomes aux Etats-Unis, en Europe, au Japon et en Chine. Des voitures « grand public, pour tous et à des prix abordables », promet la marque. Après le « zéro émissions », le PDG Carlos Ghosn vise le « zero fatalities » (zéro accident). Dès 2016, Renault compte proposer des véhicules pouvant gérer eux-mêmes la conduite dans les embouteillages. Et les technologies seront de plus en plus avancées dans les cinq prochaines années, promet son PDG Carlos Ghosn, avec un objectif de voiture totalement autonome d'ici 2020.

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General Motors


Pour le président de General Motors, la voiture connectée commencera par l'autopartage avant de cibler les clients individuels. La marque a noué en janvier 2016 un partenariat avec Lyft, le concurrent d'Uber, s'engageant à investir 500 millions de dollars pour développer ensemble un véhicule capable d'évoluer seul en ville. Une révolution complète de modèle économique qui était jusqu'ici la vente de voiture neuves. Toutes ces nouvelles activités auront même une marque dédiée, Maven.

Comme ses concurrents, GM a déjà intégré des systèmes de conduite automatisée sur certains de ses modèles. La Chevrolet Bolt présentée au CES de Las Vegas dispose par exemple d'une application « Bolt Connect » permettant de confier à la voiture la charge de se stationner elle-même, pendant que le conducteur part faire ses courses.

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Modifié le 01/06/2018 à 15h36
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