La NASA admet envisager les vols commerciaux pour retourner sur la Lune

Matthieu Legouge Contributeur
18 mars 2019 à 18h51
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Les trois versions du lanceur SLS
Les trois versions du lanceur SLS © NASA

Développé depuis 2011 par la NASA suite à l'arrêt du programme Constellation, le lanceur lourd Space Launch System, censé permettre à l'agence spatiale de réaliser des vols interplanétaires habités, souffre de retards constants notamment dus à ses nombreux dépassements de budget.

La solution pour Jim Bridenstine, Administrateur de la NASA, serait encore une fois de faire appel à des sociétés privées telles que SpaceX ou ULA afin de faire décoller le vaisseau spatial Orion. Ce dernier est en effet pratiquement prêt à prendre son envol, tandis que le lanceur SLS est encore à plusieurs longues années de son achèvement.

SLS : un projet coûteux et maintes fois retardé


L'Agence spatiale américaine, qui vient de voir son budget augmenter de 6 % pour l'exercice 2020, fait preuve de larges ambitions par le biais de ses différents programmes qui consistent à retourner sur la Lune, y construire une station orbitale, ou encore conquérir Mars d'ici 25 ans.

Néanmoins, s'il est un sujet épineux auquel le budget de la NASA ne pourra pas répondre favorablement, c'est bien celui du lanceur SLS : ce lanceur spatial lourd devait initialement permettre de placer la capsule Orion en orbite, afin de réaliser dans un premier temps des missions à destination de la Lune, puis d'envisager des missions habitées d'exploration spatiales lointaines. Le calendrier d'une première mission lunaire faisait mention d'un survol inhabité à partir de 2020, mais, bien que le vaisseau Orion soit pratiquement paré à cette aventure, c'est encore loin d'être le cas pour le système qui est censé le propulser.

La NASA envisage les fusées commerciales pour retourner sur la Lune


Mercredi dernier, seulement quelques jours après l'annonce du nouveau budget de la NASA pour 2020, Jim Bridenstine a déclaré devant le Comité du commerce, des sciences et des transports du Sénat américain que l'agence spatiale envisageait sérieusement de faire appel à des lanceurs commerciaux pour faire décoller sa capsule Orion.

« Nous comprenons maintenant mieux la difficulté de ce projet » a-t-il expliqué devant le Comité du Sénat. En effet, le projet SLS est en cours de développement depuis 2011 et fait suite à la fin du programme de navettes spatiales de la NASA, ainsi qu'à l'abandon du programme Constellation et des lanceurs Ares I et Ares V, pressentis pour relancer les missions d'explorations habitées du système solaire. Cependant, les retards et dépassements de budget n'ont fait qu'impacter le développement du SLS, d'abord prévu pour 2018. La date de son lancement inaugural n'a fait que reculer, à 2019, puis à 2020, et aujourd'hui les responsables de la NASA sont loin d'être assurés de pouvoir respecter ce calendrier.

Malgré tout, Jim Bridenstine souhaite respecter ces délais : « Je veux être vraiment clair », a-t-il déclaré, « Je pense qu'en tant qu'agence, nous devons respecter notre engagement. Si nous vous disons, à vous et à d'autres, que nous allons lancer une mission autour de la Lune en juin 2020, je pense que nous devrions nous tenir à cette date ».

SpaceX sera-t-elle la première entreprise privée à aller sur la Lune ?


Pour ce faire, la NASA entend étudier toutes les options à sa disposition, à commencer par les fusées commerciales. Alors que l'Agence spatiale américaine est focalisée sur le SLS depuis plus de 10 ans pour envoyer des astronautes dans l'espace lointain, les déclarations de Jim Bridenstine ont eu un réel effet de surprise, bien que, comme nous l'évoquions récemment, il apparaît évident que les ambitieux plans d'Elon Musk font de l'ombre à la NASA, notamment avec son BFR - récemment renommé Super Heavy Starship - qui permettra sans doute de pouvoir voyager jusqu'à Mars.


Bien que la NASA ne compte pas abandonner le très critiqué SLS (déjà 14 milliards de dollars absorbés par ce programme), les futures missions qui devaient être propulsées par ce lanceur devraient finalement toutes être confiées au secteur privé.

On parle ici d'abord de la mission EM-1, censée être le lancement inaugural de SLS et qui consiste en un vol d'exploration cislunaire de six jours. Le seul problème qui se pose avec EM-1, c'est qu'Orion (et son module de service conçu par l'ESA) est trop lourd pour être déposé en orbite lunaire par les fusées qui peuvent actuellement prétendre à une mission de ce type : la Falcon Heavy de SpaceX ou le Delta IV Heavy de ULA (United Launch Alliance). La mission pourrait donc être réalisée par étape, avec le lancement d'un second étage qui permettra à Orion d'être propulsé jusqu'à l'orbite lunaire. Une aventure complexe et difficile à mettre en œuvre, mais dont Bridenstine estime que « d'ici juin 2020, nous devons en faire une réalité ».

Orion Spacecraft
Vue d'artiste sur le vaisseau spatial Orion © NASA

Les autres missions qui devront se passer du SLS sont le transport de fret pour la construction de la station spatiale lunaire Lunar Orbital Platform Gateway, mais aussi d'Europa Clipper, l'incontournable mission d'exploration d'Europe, la lune de Jupiter, prévue pour 2023. Le recours a une fusée commerciale pour cette mission permettrait d'ailleurs à la NASA d'économiser la bagatelle de 700 millions de dollars.

La question qui viendra indéniablement se poser en cas de succès des lanceurs commerciaux à propulser Orion ou d'autres missions d'exploration spatiales lointaines portera sans aucun doute sur l'utilité réelle du SLS, surtout à l'heure où le vote du budget 2020 de la NASA est revenu sur le développement d'une deuxième version plus puissante de ce lanceur.

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