Payez Mobile : la 'dream team' des télécoms teste le paiement mobile sans contact

Par
Le 09 novembre 2007
 0
00c8000000658462-photo-mobiles-sans-contact-nfc.jpg
Après l'oreille (téléphonie) et l'œil (caméra), c'est la main qui sera prochainement l'alliée des constructeurs de téléphones mobiles avec leurs nouveaux usages liés aux puces sans contact (paiement mobile, titre de transport, informations dynamiques). C'est d'ailleurs le point commun qui réunit actuellement six banques (BNP, CA et LCL, Crédit Mutuel-CIC, Caisse d'Epargne, Banque Postale, Société Générale), quatre opérateurs mobiles (les trois historiques plus NRJ Mobile), deux organismes bancaires internationaux (Visa Europe et MasterCard Worldwide) et un fournisseur de composants NFC (Inside Contactless).

Ces acteurs vont effet travailler main dans la main pour effectuer un premier test grand nature des paiements mobiles sans contact à partir du 19 novembre prochain dans deux villes françaises, Caen et Strasbourg. A cette occasion, ce sont 200 commerçants qui seront équipés d'un terminal de paiement sans contact et 1000 mobinautes qui disposeront d'un mobile NFC proposé par trois marques : LG Electronics (L600V / 3G), 140 (L7) et Sagem (My700X). Et les principaux acteurs de ce projet nommé « Payez Mobile » se sont réunis ce matin pour le présenter à la presse. L'occasion d'en savoir plus sur son fonctionnement.

00c8000000658472-photo-mobiles-sans-contact-nfc.jpg
00c8000000658468-photo-mobiles-sans-contact-nfc.jpg
00c8000000658474-photo-mobiles-sans-contact-nfc.jpg

Les paiements sans contact : quels enjeux pour les mobinautes ?

Pour Mung-ki Woo, le directeur du paiement sans contact chez Orange, cette technologie est un grand enjeu industriel visant à apporter un nouveau service qui va créer de la valeur ajoutée à la fois aux opérateurs, aux banques et au consommateur. « Le chèque et les espèces n'apportent pas de revenus aux banques », précise-t-il, contrairement aux paiements sans contact qui peuvent générer davantage de chiffre d'affaire. Pour s'assurer de la viabilité de l'offre, il a fallu que les opérateurs et banques travaillent ensemble. Mais ce n'est pas tout, « il faut également s'assurer de l'universalité de la technologie, quel que soit l'opérateur et quelle que soit la banque choisie ».

Pour Patrice Hertzog, le directeur des moyens de paiement au groupe Crédit Mutuel / CIC, il apparaît premièrement que ce sont les clients qui sont demandeurs d'une possibilité d'utiliser un mobile pour effectuer des paiements. Et si il y avait déjà ces dernières années différentes expérimentations en cours en France, elles n'étaient effectuées que dans un environnement restreint à une banque ou à un opérateur. « Ici, nous sommes dans un mouvement inter banques et inter opérateurs. Le client reste au centre de cette collaboration », précise-t-il. Au sujet de la cannibalisation du marché des paiements mobiles sans contact par rapport aux moyens de paiement traditionnels, « le paiement mobile sera complémentaire des autres moyens de paiement. »

A noter au passage que pour toute transaction mobile, le réseau de l'opérateur (GSM, 3G) ne sera pas utilisé même si la dématérialisation d'une carte de paiement se fait dans la carte SIM du téléphone. L'avantage de la technologie est donc double avec une utilisation « adaptée aux dépenses de la vie quotidienne car nous avons toujours un téléphone avec nous ».

Une technologie déjà convaincante ?

Selon cette fois Philippe Gillet, le directeur de projet de BNP Paribas, les avantages des paiements sans contact sont nombreux avec une fluidification des paiements chez les commerçants, notamment avec une utilisation assez intuitive, proche de ce qu'on retrouve avec un pass Navigo. De plus détail important, il va y avoir « une gradation dans la manière de payer ses achats, sans saisir de code pour de petits montants (< 20 euros) à une saisie d'un code de protection pour les montants plus importants. Le paiement sans contact aura donc la même sécurité qu'un autre moyen bancaire », ajoute-t-il.

Concernant le succès escompté de cette technologie, Jean Luc Therond, le directeur marketing et développement du moyen de paiement au Crédit Agricole, ajoute qu'il ne sera au rendez-vous que si les commerçant y adhèrent. Et « ce sont les premiers qui se sont intéressés au sans contact. Si l'on prend une étude des paiements aux USA en auditant plusieurs milliers de commerçants sans contact, nous nous sommes rendu compte qu'ils ont constaté une hausse de 20% de leur CA et une hausse des transactions de 30%. De même, 80% des transactions remplaçaient purement et simplement les paiements en liquide. »

012c000000658466-photo-mobiles-sans-contact-nfc.jpg
012c000000658470-photo-mobiles-sans-contact-nfc.jpg

« puce NFC située au dos des mobiles »

Pourquoi une expérimentation uniquement à Strasbourg et Caen ?

Au sujet du choix des deux villes françaises sélectionnées pour participer à l'opération « Payez Mobile », Christan Sere Annichini, le directeur de la stratégie de SFR, précise que Caen a été choisie pour son pôle de compétitivité nommé TES (Transactions Electroniques Sécurisées). Pour Strasbourg, il y avait déjà une première expérimentation concluante dans cette ville dirigée par NRJ Mobile, SFR et le Crédit Mutuel. Et concernant le développement technologique des paiements sans contact, « la carte SIM est l'élément de sécurité dans lequel on aura les données bancaires du client. Le réseau de l'opérateur mobile sera utilisé de plus pour permettre d'activer l'application de carte bancaire du téléphone, voire de désactiver ou couper l'application en cas de vol ou de perte du mobile ».

Comment sera-t-il possible concrètement d'effectuer des paiements sans contact depuis son mobile ?

Pour savoir finalement comment fonctionnera réellement l'expérimentation « Payez Mobile », Alain Nicaud, le directeur marketing et commercial "Argent au quotidien" de La Banque Postale précise que « le client doit signer deux contrats : avec son opérateur mobile et avec sa banque. Il reçoit ensuite un téléphone mobile. Quelques jours après, c'est l'application bancaire pour le mobile qui est reçue à distance avec une confirmation de son installation par SMS. Le client reçoit enfin par la poste son code confidentiel (différent de celui de sa carte bancaire). Ensuite, le client final aura deux choix pour effectuer des paiements sans contact : choisir la fonction "Payer" dans le menu du téléphone, insérer son code et rapprocher son mobile du terminal de paiement ou simplement rapprocher son téléphone du même terminal de paiement dans le cas d'une transaction inférieure à 20 euros. »

012c000000658464-photo-mobiles-sans-contact-nfc.jpg
012c000000658476-photo-mobiles-sans-contact-nfc.jpg

« Seul le ticket de caisse reste bel et bien "réel" »

Quand pourrais-je effectuer des transactions sans contact avec mon mobile ?

C'est effectivement la grande question restée en partie sans réponse, les expérimentations actuelles allant durer plus de six mois mais aucun des acteurs présents n'a été en mesure de donner une date définitive d'un lancement commercial d'une telle offre au sein de ses réseaux. Yves Blavet, le directeur de la monétique et du e-commerce à la Société Générale, a néanmoins apporté quelques éléments de réponse. « Après la phase d'expérimentation, il faudra réfléchir à sa propre stratégie commerciale, que ce soit au niveau des banques ou des opérateurs qui travailleront dans tous les cas en binôme. Si nous sommes unis pour le test, ce sera ensuite au tour des banques/opérateurs de retrouver sa liberté. On peux attendre aux alentours de la fin 2008 / début 2009 les premières offres commerciales à base de paiement mobile sans contact par NFC. »

Et au niveau de la relation client, un mobinaute lambda aura toujours deux interlocuteurs : l'opérateur pour se procurer le téléphone et la banque pour demander un accès au service au signant un contrat avec lui mentionnant les conditions de sécurisation et confidentialité.

Sur le même sujet, Jean-Jacques Antelme, le président de GCE Newtec auprès du Groupe Caisse d'Epargne, a tenu à ajouter qu'avant que les premières offres ne soient lancées, il faudra premièrement équiper les clients en mobile NFC, puis équiper les commerçants en TPE et enfin élargir l'utilisation de cette technologie de la France à l'international. « On estime qu'entre 30 et 50% des téléphones mobiles commercialisés d'ici 2012 auront le NFC. Mais il faudra d'ici là ajouter d'autres services que le paiement sur mobile pour démocratiser les usages de cette technologie .»

Mobiles sans contact : d'autres services prévus pour imposer la technologie

Interrogé sur ce sujet, Laurent Herbillon, le directeur du développement des services et innovations de Bouygues Telecom, il apparaît qu'il y aura « de nombreux services supplémentaires avec le NFC : la dématérialisation (paiement mobile), l'interactivité (connexion Internet du mobile prévue pour consulter son solde ou transférer de l'argent d'un compte à l'autre) et le marketing relationnel ». Il sera en effet possible de tirer profit du fait que la banque va être présente dans le mobile de son client.

La banque pourra alors intervenir au bon moment pour faire une nouvelle proposition au client comme par exemple offrir une possibilité de crédit au moment d'un achat important. De même, c'est une application sécurisée qui est présente dans la carte SIM de l'abonné et qui pourrait permettre aux banques de faire du paiement en ligne sécurisé en identifiant le facilement. Enfin, les mobiles sans contact vont également permettre de s'attaquer au transport, voire de dialoguer avec des mobiliers urbains.

Quelques interrogations qui peuvent ralentir le développement des paiements mobiles sans contact

Le projet « Payez Mobile » qui était connu en interne via le nom de code « Pegasus » rassemble certes de nombreux acteurs des télécoms en France mais certaines marques n'ont visiblement pas souhaité s'y associer directement. C'est entre autre le cas de la Banque Populaire, étrangement absente de cette alliance.

Ensuite vient le problème du coût de la technologie. Pour éviter qu'elle subisse un échec aussi cuisant que les paiements via la carte « Moneo », il faudra que la politique tarifaire liée à leur utilisation soit clarifiée. Et pour le moment, aucun des acteurs à l'origine du projet ne sait réellement comment sera facturé le client final qui effectue des paiements mobiles. Le coût sera-t-il supérieur ou inférieur aux coûts générés par une carte bancaire ? Même cette question est restée sans réponse.
Modifié le 18/09/2018 à 14h33

Les dernières actualités

scroll top