Jacques Pantin, PDG de CertPlus

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Le 26 juillet 2001
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Jacques Pantin, nous présente Certplus, premier opérateur français de services de confiance.

Jacques Pantin, nous présente Certplus, premier opérateur français de services de confiance.

PU : M. Jacques Pantin, bonjour. Pouvez-vous me parler de votre parcours et me présenter la société CertPlus ?

JP : J'ai consacré ma carrière à l'informatique en y exerçant plusieurs métiers différents (ingénieur commercial, consultant, directeur informatique, patron de SSII, en charge de la stratégie et du marketing de 98...). J'ai eu aussi l'opportunité de créer plusieurs activités comme Dictis et, plus récemment, Dictao. Nous avons commencé à travailler sur le dossier Certplus, il y a pratiquement 5 ans. De grands acteurs comme Gemplus, 1 ou la banque française ont très vite compris que le développement d'un 'monde ouvert' autour des technologies Internet supposait de mettre en place des infrastructures de confiance, à la fois extrêmement solides et faciles à utiliser. A l'initiative de Gemplus, nous avons réuni quelques uns de ces grands acteurs pour créer Certplus à l'automne 98.

Dans ce domaine de la confiance, il ne s'agit pas seulement d'offrir des outils très performants, il faut aussi pouvoir garantir l'efficacité du système dans son ensemble. Nous le savons tous, la sécurité d'une chaîne ne dépend que de la solidité du maillon le plus faible... Et pour cela, dans le domaine de la sécurité, il faut attacher énormément d'importance à la qualité de l'infrastructure dans son ensemble et à la qualité de la gestion de cette infrastructure.

Si une entreprise peut prendre en charge la gestion technique de son infrastructure de confiance, ces activités seront la plupart du temps externalisées, pour permettre de partager les coûts, l'expérience et les compétences...

Nous avons positionné Certplus sur ce marché de l'opération de services de confiance, pour adresser les besoins Intranet (contrôle d'accès...), Extranet (signature électronique...) et Internet (authentification, paiement...) des entreprises. Notre offre est aujourd'hui complètement opérationnelle et nous avons su nous positionner avec succès sur la plupart des grands projets : déclaration de la TVA (TéléTVA), déclaration d'impôts (TéléIR), systèmes de paiement, systèmes de signature électronique dans le monde de l'assurance ou des services, extranets sécurisés par exemple avec Airbus dans le secteur aéronautique...

PU : Quelle est la solution que vous proposez pour la certification ? comment cela fonctionne ?

JP : Les technologies d'infrastructures à clés publiques (PKI- Public Key Infrastructures) permettent de répondre simplement aux 4 grands besoins de la confiance : identification/authentification, signature et non répudiation, horodatage et notarisation, chiffrement et confidentialité. Ce qui très schématiquement, nous amène à délivrer des passeports électroniques et à signer des messages ou documents.

Pour délivrer un passeport, il nous faut d'abord avoir validé l'identité du porteur que celui-ci soit une personne, une entreprise (certificat serveur), un GSM (avec ce que nous appelons la Wireless PKI), un élément logiciel (par exemple, AuthentiCode dans le monde Microsoft) ou n'importe quel objet du monde Internet qu'il s'agit d'identifier sans risque d'erreur. Au niveau de la signature, nous intervenons en position de tiers pour horodater et signer de manière irrévocable.

Ces opérations de certification et de signature supposent de mettre en place des processus extrêmement fiables (pour nous permettre de garantir un très haut niveau de confiance) et des plates-formes cryptographiques inviolables. Dans notre centre de production situé en Ile-de-France, nous mettons en oeuvre des systèmes extrêmement sophistiqués autour d'équipements de dernière génération (Sun/iPlanet, Oracle, 114, Bull...).

PU : Quel est votre modèle économique ? Quel est le montant de la commission prélevée sur les transactions ?

JP : Autour de notre métier de base d'opérateur de systèmes de confiance, nous avons plusieurs activités.

Tout d'abord, nous participons à la mise en place d'infrastructures adaptées aux besoins de nos clients. Ainsi, un industriel recherche une solution naturellement très différente de celle attendue par une banque ou une compagnie d'assurance. Nous travaillons en étroite collaboration avec nos clients et leurs partenaires (SSII, sociétés de conseil...) pour adapter notre offre de base et l'intégrer aux systèmes d'information de l'entreprise cliente.

Puis, nous opérons le service, en nous appuyant sur différents modèles de facturation : redevance annuelle, coût au 'passeport', coût à la transaction dans le cas d'opérations d'horodatage et de notarisation. Là encore, nous travaillons en étroite coopération avec nos clients pour bâtir un modèle économique cohérent. Il ne s'agit pas pour nous de travailler par analogie et de dire, par exemple, que le passeport papier coûtant 350 FF, nous fixerons le prix du passeport électronique à 80% de ces 350FF. Nous nous appuyons sur nos coûts réels de production et non pas sur une évaluation d'un 'prix acceptable' pour le client.

PU : Que pouvez vous me dire à propos de la rentabilité de votre projet ?

JP : Certplus est, en France, très largement leader sur ce nouveau marché de l'opération des services de confiance. Pour répondre aux besoins de clients tels que le Ministère des Finances, des banques, d'Airbus..., nous avons été amenés à investir des sommes considérables au niveau des installations physiques, des matériels et logiciels et des ressources humaines. Nos actionnaires n'attendent bien évidemment pas un 'pay back' dans l'année, mais souhaitent se positionner sur un domaine qui est incontournable dans le développement du 'monde ouvert' et dont la rentabilité sera analogue à celle des autres activités d'opérations ou d'outsourcing.

Bien sûr, le monde de la confiance est impacté par le ralentissement économique général constaté dans les secteurs télécoms et 'dotcoms'. Mais nous sommes tous d'accord pour dire que le secteur de la confiance connaîtra une croissance exponentielle dans les 3 ans qui viennent.

PU : Quelle est la taille actuelle du marché de la sécurité informatique et de la signature électronique, et quelles sont les perspectives d'avenir ?

JP : Le domaine de la sécurité informatique s'organise traditionnellement autour du contrôle d'accès. Nous utilisons des mots de passe depuis 30 ans. Avec l'arrivée d'Internet, nous avons largement investi dans les firewalls. Avec la multiplication des itinérants et le développement des approches d'entreprises éclatées, il nous faut aujourd'hui à la fois durcir nos systèmes d'authentification, avec la mise en place de PKI et l'utilisation de cartes à puce, et en simplifier l'utilisation avec des produits de 'Single Sign On' (SSO). Dans ces domaines, l'offre de Certplus vient en quelque sorte en continuité des solutions actuelles et répond aux besoins des directions informatiques qui cherchent à améliorer l'efficacité de leurs systèmes. Nous travaillons aujourd'hui sur la sécurisation à la fois d'Intranets et d'Extranets pour permettre tant aux collaborateurs de l'entreprise qu'a ceux de ses partenaires d'intervenir directement sur les processus de l'entreprise.

Par contre, la signature électronique est un domaine en émergence. L'administration française a su jusqu'à présent joué un rôle moteur extrêmement important pour le développement de ce segment de marché. Si l'on souhaite dématérialiser les flux et les échanges, la signature électronique et les infrastructures de confiance sous jacentes sont indispensables. Nous travaillons aujourd'hui sur plusieurs projets très prometteurs qui, pour certains, sont déjà en production. 2002 sera sans conteste l'année de la signature électronique et nous sommes déjà prêt.

PU : Quel type de sociétés est visé ? Pourra-t-on étendre ce système aux TPE, voire aux particuliers ?

JP : Vouloir adresser le marché du BtoC avant de répondre aux besoins du BtoB a été une formidable erreur que de nombreuses 'dotcoms' paient très cher. L'offre de Certplus permet d'abord de durcir le niveau de sécurité et d'ouvrir le système d'information aux partenaires de l'entreprise. Si, sur le moyen terme, l'ensemble du tissu économique saura tirer parti de ces nouvelles technologies, il est clair que les grands acteurs ont aujourd'hui été les plus actifs. Ils ont accepté d'investir et nous ont aidé à stabiliser et à simplifier notre offre, au travers de quelques grands projets très innovants. Simultanément, ces chantiers nous ont permis de mieux déterminer les avantages financiers qu'apportent ces nouveaux systèmes.
Nous adressons maintenant un deuxième segment de marché, avec des 'offres packagées' dans les domaines de la messagerie sécurisée, des réseaux privés virtuels, des formulaires signés..., mais toujours dans le monde de l'entreprise.

Après les récents échecs dans le monde du BtoC, il faudra attendre probablement 2003, voire 2004, pour que le particulier soit un utilisateur systématique de services de confiance. Mais 'in fine', tous les systèmes, qu'ils soient BtoB ou BtoC, mettront en jeu une composante confiance forte.

PU : Quel est l'état de la concurrence dans votre domaine, notamment celle de ChamberSign ?

JP : Il y a 3 catégories d'acteurs très différenciées. Tous d'abord, les fournisseurs de technologies comme Baltimore, Entrust, ou Sun, puis les opérateurs de services et enfin les Autorités de Confiance. ChamberSign est aujourd'hui l'autorité qui pilote l'espace de confiance des Chambres de Commerce Européennes (avec un engagement très fort des Chambres de Commerce et d'Industrie françaises). En tant qu'opérateur de services, Certplus est aujourd'hui le fournisseur de ChamberSign, avec qui nous travaillons en étroite collaboration. ChamberSign est aujourd'hui 'en concurrence' avec les espaces de confiance que mettent en place les banques ou avec Certinomis, l'espace de confiance que propose La Poste.

Sur son domaine d'opérateur de services de confiance, Certplus n'a pas encore de concurrence et se retrouve, en France, en position de réel leader. Mais, si les jeux sont quasiment faits sur le strict domaine de la certification (délivrance de passeports) sur lequel Certplus a bâti son image, l'arrivée d'une nouvelle génération d'applications (avec par exemple les services Identrus dans le secteur bancaire) favorisera l'apparition de nouveaux acteurs, en face desquels Certplus devra se positionner....

PU : D'après vous, le succès mitigé du e-commerce n'est-il du qu'à une problématique de confiance et de sécurité ?

JP : Malheureusement, je ne crois pas que cela soit la seule raison, sinon, nous serions devenus très riches...

Plus sérieusement, il y a deux grandes familles d'applications dans ce monde de l'e-commerce : celles qui viennent en continuité des applications transactionnelles ou de systèmes EDI, tels que nous les connaissons aujourd'hui dans les entreprises et celles qui, pompeusement, répondent à un 'nouveau paradigme'. Si la première catégorie est aujourd'hui bien maîtrisée par les DSI et leurs fournisseurs, le deuxième domaine est beaucoup plus difficile à cerner. Il ne suffit pas de 3 brillants consultants et d'un tableur Excel pour réinventer un business model efficace et pérenne... Il faut comprendre très en détail les besoins des utilisateurs potentiels et bâtir des systèmes simples d'emploi apportant de réels avantages compétitifs...

PU : Quelles sont vos perspectives au niveau européen ?

JP : Le marché de la confiance est nécessairement international, même si les différentes lois sur la signature électronique introduisent une nécessaire dimension nationale. Avec des actionnaires comme Gemplus, France Telecom, EADS, Verisign, Certplus est en excellente position pour jouer un rôle majeur au niveau européen. Mais il nous faut encore durcir notre position sur le marché français, renforcer notre offre produit avant d'engager une stratégie de croissance internationale forte.

Nous disposons pour cela d'atouts de premier ordre par exemple dans le domaine de la carte à puce ou une coopération étroite avec nos actionnaires nous a permis de bâtir des solutions très innovantes et aujourd'hui sans directe compétition.

PU : M. Jacques Pantin, je vous remercie.

Propos recueillis par Pascale ULMO
Modifié le 01/06/2018 à 15h36

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