iBorderCtrl, le détecteur de mensonges de l'UE, serait en réalité un collecteur de données

Alexandre Boero
Par Alexandre Boero, Journaliste-reporter, chargé de l'actu.
Publié le 08 novembre 2018 à 07h27
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iBorderCtrl

Sous couvert de vouloir soulager son personnel des services frontaliers et de renforcer la sécurité au sein de l'Union européenne, l'IA détectrice de mensonges ne serait qu'un alibi pour la collecte de données.

Lundi, nous vous présentions sur Clubic le projet iBorderCtrl, un système de contrôle qui fonctionne grâce à une IA capable d'identifier les menteurs et qui pourrait bientôt être utilisé par les services frontaliers sur les routes, passerelles et gares de l'Union européenne, qui le finance. Mais alors que l'on pensait que le système serait utile aux gardes-frontières de l'UE dans leur lutte contre le crime et le terrorisme et leur repérage d'immigrants clandestin, le projet ne serait qu'un raccourci pour la collecte de données.

iBorderCtrl, un Cambridge Analytica puissance 10 ?

La détection de mensonges n'est que l'arbre qui cache la forêt. Le module de détection de mensonges, ADDS (Système de détection automatique de la tromperie), semble quelque peu emprunter au profil de personnalité de Cambridge Analytica, utilisé pour convaincre les utilisateurs d'abandonner leurs données.

Le détecteur iBorderCtrl fait bien plus que prendre une photo de vous et vous poser quelques questions pour déceler un mensonge en étudiant votre comportement non verbal. En réalité, iBorderCtrl se sert des photographies et vidéos de votre visage pour en réaliser un profil complet.

Non content de s'arrêter là, il parcourt également l'ensemble de vos comptes sur les réseaux sociaux, analyse des documents et signatures. Et si vous croyez qu'il stoppe son travail ici, vous déchantez totalement. Et en parlant de « chant », iBorderCtrl crée et stocke votre empreinte vocale numérique. Et ce n'est pas parce qu'il a vu en vous The Voice.

Un outil qui soulève de sérieuses inquiétudes

En résumé, iBorderCtrl paraît au moins aussi sophistiqué sinon plus que le système de collecte de données mis en place par Donald Trump à la frontière américano-mexicaine. Tout cela nous pousse à tirer la sonnette d'alarme, nécessaire en raison de la quantité colossale d'informations (avec toutes les dérives que l'on peut redouter) que l'UE pourrait tirer d'un tel outil, qui pourrait dresser le profil le plus complet possible sur les personnes qui en seront les hôtes.

Alexandre Boero
Par Alexandre Boero
Journaliste-reporter, chargé de l'actu

Journaliste, chargé de l'actualité de Clubic. En soutien direct du rédacteur en chef, je suis aussi le reporter et le vidéaste de la bande. Journaliste de formation, j'ai fait mes gammes à l'EJCAM, école reconnue par la profession, où j'ai bouclé mon Master avec une mention « Bien » et un mémoire sur les médias en poche.

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Commentaires (2)
lordypakna

“Tout cela nous pousse à tirer la sonnette d’alarme” Pas pire que les photos de profil des réseaux sociaux.

sharky172

Est-ce que l’auteur de cet article découvre l’informatique moderne?
Une IA qui est capable de détecter des mensonges a nécessairement recours au big data, et donc pour améliorer sa performance elle doit engranger le maximum de données. Cela pose évidemment des problèmes de vie privée et de protection des données, mais son fonctionnement était évident dès que le projet a été annoncé.
Jouer la vierge effarouchée parce qu’on découvre qu’un projet reposant sur du big data, fait du big data ne fait à mon avis pas très sérieux pour un journaliste High-Tech…