Les conseils du cofondateur de Wikipedia pour reprendre le contrôle sur sa "vie numérique"

Nathan Le Gohlisse Contributeur
26 mars 2019 à 18h25
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Larry Sanger
Larry Sanger

C'est un véritable manifeste que Larry Sanger s'est attaché à rédiger en début d'année. Publié sur son blog personnel, ce document liste les 17 mesures mise en oeuvre par le cofondateur de Wikipedia pour tenter de reprendre le contrôle de sa vie numérique. Un peu passé sous les radars, ce billet méritait bien que Clubic l'épluche pour en extraire la substantifique moelle. Sans grande surprise, les GAFAM en prennent pour leur grade.

Si vous souhaitez marcher dans les pas de Larry Sanger, préparez-vous à devoir changer une bonne part de vos habitudes 2.0. En guise de préambule, le cofondateur de l'encyclopédie libre, également docteur en philosophie, s'attaque à un tour d'horizon du web en 2019. Rapide, mais aiguisé, cet état des lieux n'est pas sans se montrer alarmant. L'intéressé revient sur la quantité industrielle de données que nous consentons, parfois contraints et forcés, à céder aux géants de la tech, tout en attirant notre attention sur la politique de plus en plus intrusive menée de concert par Google, Facebook, Apple, Amazon, Twitter ou encore Microsoft (liste malheureusement non exhaustive).

Internet : un « phénomène de la société civile (...) respectueux de la vie privée » corrompu par les GAFAM


Cette mise en perspective aboutit à un constat acide, condensé en quelques lignes. « La menace qui pèse sur notre vie privée mine certains des principes de base de l'internet décentralisé qui a fleuri au cours des années 90 et s'est généralisé durant les années 2000 », pointe Larry Sanger, avant de conclure :«  Ce qui était autrefois la technologie de l'autonomie personnelle a permis, comme jamais auparavant, la cybercriminalité, la collectivisation, le contrôle des masses et la censure ».

Pour donner le change à cette ingérence des géants du web dans son quotidien, Sanger se mue en chantre de la vie privée et détaille, avec une certaine minutie, les mesures qu'il a mises en place (ou qu'il prévoit d'appliquer) pour reprendre le contrôle sur ses activités numériques et limiter la cession de ses données. En filigrane, l'utilisateur averti est invité à s'inscrire, lui aussi, dans cette initiative. Nous l'avons résumée en cinq commandements.

Règle numéro 1 : fuyez les services de Google


Sans surprise, Google est la cible numéro une de Larry Sanger. Les trois premières consignes du cofondateur de Wikipedia concernent par conséquent la firme de Mountain View. Laisser tomber Google Chrome, abandonner la recherche Google Search et arrêter d'utiliser Gmail sont présentés comme des priorités.


A la place, Sanger préfère recourir à Brave, navigateur connu pour son absence de tracking, et à DuckDuckGo pour la recherche. Remplacer sa boîte mail Gmail a toutefois été, de son propre aveux, plus difficile. Il utilise désormais Inmotion Hosting et une adresse pourvue d'un domaine privé accessible seulement par lui-même et sa famille. Cette solution est toutefois payante et s'avère relativement compliquée à paramétrer pour les utilisateurs les moins renseignés.

Gcal, le calendrier de Google est aussi dans le collimateur de Larry Sanger (au même titre que celui d'Apple). Difficile pourtant de s'en passer, notamment dans le domaine professionnel. Pour le moment, Sanger se tourne donc vers un calendrier tiers installé sur son iPhone et cherche encore un moyen efficace de le synchroniser sans recourir au cloud. Pour l'heure seules des entrées manuelles et régulières sont au programme pour tenir l'utilitaire à jour... et ne pas rater de rendez-vous. Une méthode assez contraignante.


Règle numéro 2 : ne stockez plus vos données dans le cloud


Autre conseil de Larry Sanger : arrêter d'utiliser le cloud pour stocker ses données et y avoir accès sur différents appareils. L'intéressé met ici plus ou moins tous les pourvoyeurs de nuages dans le même sac et préconise également de ne plus passer par iCloud pour synchroniser ses documents d'un appareil Apple à l'autre.

Pour s'affranchir le plus possible des GAFAM, Larry Sanger préconise donc de recourir à un NAS (serveur domestique) ou à Resilio Sync, qui se base sur une version modifiée du protocole BitTorrent pour permettre de déplacer des fichiers entre plusieurs terminaux en passant par des réseaux cryptés. Une autre solution consiste à utiliser son ordinateur de bureau en tant que serveur (à condition que ce dernier soit allumé en permanence). L'idée étant, comme avec un NAS, de se constituer un cloud personnel, animé par NextCloud, par exemple.

Règle numéro 3 : méfiez-vous des réseaux sociaux


Les réseaux sociaux sont également au cœur des préoccupations de Larry Sanger. Puisqu'il est impossible - ou presque - de s'en dispenser en 2019, tout particulièrement dans le cadre professionnel, le mieux resterait donc d'opter pour des outils permettant d'avoir un contrôle plus subtil de ses différents comptes, de poster plus facilement et de garder un minimum la main sur ses archives et ses données. Un vaste sujet que Sanger a longuement abordé dans un billet (très détaillé), disponible à cette adresse.

En la matière, L'intéressé semble par ailleurs faire appel au bon sens des utilisateurs et les enjoint à se fixer des règles strictes quant à leur utilisation de Facebook, Twitter ou même LinkedIn.

Règle numéro 4 : Linux + VPN, un combo à considérer


Pour limiter le suivi, le recours à un VPN peut s'avérer pertinent, note Larry Sanger. Cette solution, de plus en plus connue du grand public, permet de limiter très franchement le tracking des sites que l'on consulte en rendant anonyme notre accès au web. Le cofondateur de Wikipédia indique toutefois que cette solution a tendance à ralentir de manière significative la connexion. Elle peut par ailleurs compromettre l'accès à certains services, comme Netflix. Le mieux reste donc peut-être de se rabattre sur la navigation privée de Brave (évoqué plus haut). Cette dernière fonctionne grâce au réseau Tor, qui reprend certains principes de base du système VPN.


Linux permet quant à lui d'éviter de dépendre d'une grande multinationale sur son ordinateur (Microsoft ou Apple). Passer sur Linux (Ubuntu dans le cas du cofondateur) permet également d'utiliser une machine globalement plus sécurisée, assure Sanger, plus rapide et dont l'OS ne recueillera pas vos données. Encore une fois, Larry Sanger cherche à adopter une démarche absolutiste quant à la protection de ses données... et cette dernière passe également par le système d'exploitation qu'il utilise. Même macOS, souvent réputé plus fiable que Windows, n'a pas eu grâce à ses yeux.

Règle numéro 5 : Utilisez un gestionnaire de mot de passe


Dernière recommandation principale du cofondateur de Wikipedia : l'utilisateur averti devrait veiller à utiliser un gestionnaire de mot de passe, et en choisir un efficace. « Si vous faites partie de ces personnes qui utilisent le même mot de passe pour tous leurs comptes, tout particulièrement si ce dernier est simple, vous êtes dingue et vous devez arrêter », déclare-t-il. Voilà qui est dit.


Sanger utilise pour sa part EnPass et paramètre les navigateurs pour qu'ils ne mémorisent pas ses mots de passe. Changer régulièrement de mot de passe, à l'aide d'un gestionnaire, serait également une bonne habitude à prendre.
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