"Faire émerger des solutions IoT qui n’existent pas", le moteur de la division Adoption de Sigfox (Interview)

09 décembre 2019 à 18h00
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Raouti Chehih, connu pour être le fondateur et PDG de l'incubateur lillois EuraTechnologies, est le Chief Adoption Officer de Sigfox. Pour Clubic, il explique le but de son équipe , qui tend à faciliter l'accès à la technologie au plus grand nombre, au service des objets connectés et du réseau 0G.

Sigfox a monté une équipe « Adoption » il y a deux ans et demi, motivée par l'ambition d'aider des entreprises à devenir des acteurs et des moteurs de l'écosystème du réseau 0G et d'aider des gens sensibles à l'Internet des objets pour les aider à accéder à la technologie. La division donne déjà des résultats, avec le très prometteur partenariat conclu avec Amadeus, qui pourrait révolutionner le traçage des bagages dans les aéroports.


Mais ce n'est pas tout. Pour parler plus largement du rôle de l'équipe Adoption, nous avons rencontré, lors du Sigfox Connect à Singapour, Raouti Chehih, qui est en charge de la division et l'une des figures des incubateurs technologiques français, en tant que fondateur et P.-D.G. d'EuraTechnologies, que nous évoquons en seconde partie d'interview.

Sigfox fait émerger des solutions qui n'existent pas, pour les amener rapidement à l'industrialisation

Clubic : Raouti, comment est née l'Adoption chez Sigfox, dont vous avez la charge, et quel est son rôle ?

Raouti Chehih : Nous avons monté une équipe adoption il y a deux ans et demi. Son objectif était de faciliter l'accès à la technologie au plus grand nombre, avec des gens intéressés par l'IoT. Nous sommes une petite équipe qui tente de faire tomber la barrière à l'entrée, véritablement. On ne s'occupe pas du marché, puisque ce sont les commerciaux qui en ont la gestion. Nous sommes là pour identifier, sourcer, qualifier les personnes qui ont envie de faire du Sigfox, les engager au travers du développement d'un device, d'un software ou d'une plateforme, ou du lancement d'un projet. Puis nous sommes là pour les aider à devenir des acteurs de l'écosystème Sigfox, ou là pour que de grandes entreprises utilisent Sigfox pour développer des solutions en interne, pour ensuite les mettre sur le marché.

« Un accompagnement à la compréhension, à la formation sur les outils Sigfox pour le plus grand nombre d'étudiants dans le monde »


Au sein de votre division, vous proposez des programmes de formation IoT destinés aux étudiants du monde entier. En quoi consistent-elles ces formations ?

Nous avons des programmes pour à peu près tout mais essayons de structurer sur trois ou quatre cibles. La première est constituée d'étudiants, avec les universités et les écoles. Le but est de structurer une offre d'accompagnement à la compréhension, à la formation sur les outils Sigfox pour le plus grand nombre d'étudiants dans le monde, et pour cela, nous avons un partenariat avec 300 universités partout dans le monde.

Ensuite, il y a des entrepreneurs, avec lesquels nous travaillons au travers des incubateurs pour lesquels nous poussons Sigfox comme étant une solution pour faire de l'IoT.

Puis enfin, il y a les développeurs, puisque nous essayons de monter une communauté d'intérêt autour de Sigfox. Mais Sigfox, c'est délicat pour les développeurs, car il n'y a pas grand chose à développer, sincèrement. En revanche, il y a des choses à faire autour du device et des plateformes. Enfin, il y a les PME et grands groupes, avec lesquels nous travaillons.

Parlons un instant du partenariat signé avec Amadeus, qui permettra de bénéficier d'un traçage scrupuleux des bagages et biens au sein des aéroports, qu'avez-vous à nous dire ?

C'est un partenariat très important pour Sigfox. Ce n'est pas simplement une alliance mais un travail qui a pris 18 mois Nous sommes partis d'un constat très simple, le projet ayant été initié dans l'équipe Adoption de Sigfox d'ailleurs. La société est venue exprimer une douleur marché, avec ses questions. Ce prestataire de services en informatique pour de grandes compagnies aériennes et aéroports voulait proposer à ses clients de connecter leurs bagages, en sachant que ce marché est gigantesque, puisqu'il représente 4,5 milliards de bagages, qui transitent partout dans le monde chaque année, et 21 millions de bagages perdus. Amadeus se demandait ce qu'il était possible de créer pour permettre de justement régler ces problématiques. Sigfox a répondu avec un asset tracking (gestion des équipements) des bagages et un asset tracking d'ULD, ces gros conteneurs en aluminium qu'il est dur de tracer. Nous avons voulu aller plus loin que la vente d'une seule solution et avons mis sur la table une association pour s'adresser à l'ensemble du marché, en les aidant sur la technologie.

« L'alliance avec Amadeus pourrait devenir la plus grosse joint-venture de Sigfox »


Ce partenariat, qui est devenu une alliance, pourrait devenir la plus grosse joint-venture que Sigfox n'aura jamais monté. Et demain, on peut imaginer aller au-delà des aéroports et des compagnies, pour s'adresser à tout le secteur du voyage, avec un axe qui sera de créer un opérateur de data qui permettra à tout le secteur de récupérer des data pour fabriquer des services pour adresser leurs clients finaux.


À quelle échéance espérez-vous équiper les aéroports ?

L'alliance étant lancée, nous espérons commencer dans les aéroports à partir de 2020, et pensons être à pleine capacité autour de 2021. Nous ne savons pas exactement où nous démarrerons mais allons essayer de cibler 70 aéroports et compagnies aériennes dès 2020.

Le service, très simple, s'appuie sur la Bubble de Sigfox (Ndlr : une solution radio miniaturisée et sur un tracker que nous sommes en train de développer, d'où le fait d'avoir développé ce partenariat avec la division Adoption, qui est vraiment là pour faire émerger des solutions qui n'existent pas, pour pouvoir les amener à l'industrialisation.

bubble-sigfox.png
Une Bubble de © Sigfox

Les aéroports disposent déjà de solutions, comme la RFID. Le but n'est pas de la remplacer, mais de la compléter avec du Sigfox, qui est un apport à la RFID, qui est assez statique, alors que nous, nous amenons du mouvement et la possibilité de générer des data dessus, ce que la RFID ne fait pas, en restant figée.

EuraTechnologies, fleuron des incubateurs français



Vous êtes le fondateur et PDG d'EuraTechnologies, l'un des incubateurs majeurs français. C'est une belle aventure...

Nous avons commencé en 2009 dans une ancienne usine de textile désaffectée de près de 25 000 m², qui employait 4 000 personnes jusqu'en 1989. EuraTechnologies, aujourd'hui, c'est 300 entreprises. L'idée était de recréer les emplois disparus dans le textile dans le numérique et Internet. 10 ans après, 6 000 emplois ont été créés sur place. Le premier incubateur initial que nous avions fondé a été complété par 90 000 m² en constructions, ce qui lui permet de devenir une vraie digital city. Nous avons 125 projets d'incubation chaque année, un taux de transformation de 47 %, et un taux de survie de 90 % à 5 ans. Nous voulons fabriquer des champions, mais nous ne sommes pas obsédés par les licornes pour autant, même si Sigfox représente une potentielle licorne.

« Un taux de survie de 90 % à 5 ans pour les start-up d'EuraTechnologies »


Nous avons aujourd'hui une trentaine d'entreprises à Euratechnologies qui vont être, selon moi, des hits dans les deux ou trois prochaines années. Je suis aussi attaché à faire en sorte que tout un chacun puisse créer sa société dans le secteur du numérique.

Nous sommes aussi en train de verticaliser notre offre, puisque nous sommes partis d'un incubateur très généraliste. On a monté un incubateur sur le retail à Roubaix, un autre plutôt orienté robotique à Saint-Quentin, un autre axé sur l'agriculture connecté dans une petite commune rurale à côté. Nous avons monté un incubateur FinTech - AssurTech - LegalTech à Lille et nous développons sur d'autres secteurs, comme les médias. Dans le même temps, nous nous spécialisons dans les technologies puisque nous commençons à annoncer d'autres accompagnements en IoT, sur la blockchain et sur la Deep Tech en général.

EuraTechnologies fonctionne très bien. Il est rentable, ce qui est très rare dans le monde des incubateurs je tiens à le préciser, et va finir à 10 ou 12 000 emplois et à 500 ou 600 entreprises à l'horizon des 5-6 prochaines années.

« Essayer de placer entre 20 et 40 start-up d'EuraTechnologies dans le programme French Tech 120 »


Que pensez-vous du programme French Tech 120 et de l'indice Next40, ces initiatives de l'État destinées à créer des géants français des technologies ?

J'ai été moi-même très investi dans la création de la French Tech, avec quelques régions. French Tech, c'est très intéressant du point de vue marketing à l'international, car ça permet de mettre un focus sur la France en disant qu'elle a une expertise dans le secteur des nouvelles technologies et fait émerger des entreprises dans ce secteur.

Ce n'est pas ce qui réglera tous les problèmes, car le fait d'être dans le Next 40 pour Sigfox n'est pas ce qui va lui permettre de devenir un hit mondial, mais ça offre un réel éclairage et ça peut faciliter la vie pour celles et ceux qui veulent investir dans ces entreprises. Globalement, je supporte tout ce qui va dans le sens de la promotion des entreprises françaises à l'international.

Sur le French Tech 120, nous allons essayer de placer entre 20 et 40 d'EuraTechnologies, car ça reste important d'y figurer.

Modifié le 10/12/2019 à 09h04
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