Réseau 0G : Sigfox veut "connecter un milliard d’objets connectés" sur son réseau (Interview)

25 novembre 2019 à 18h00
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Christophe Fourtet, l'un des cofondateurs de l'entreprise, a accordé un entretien à Clubic, depuis Singapour, durant lequel il a tenté de démontrer combien la technologie qui relaie les objets connectés grâce à des messages radio est prometteuse.

Après avoir passé une quinzaine d'années à faire du cellulaire, en travaillant sur la 3G et le 4G notamment, Christophe Fourtet, cofondateur de Sigfox avec Ludovic Le Moan, a réfléchi à un moyen de transférer des données de faible taille, sans avoir à passer par des réseaux cellulaires, dans des délais tout à fait courts, parfois à la seconde. En 2009 est ainsi née l'entreprise française Sigfox, premier fournisseur mondial de services IoT et à la base du réseau 0G, qui permet de relier entre eux des appareils simples, via l'émission et la réception de messages radio formatés dans le monde entier, grâce à une toute petite puce. Sigfox, aujourd'hui, c'est 16 millions d'objets connectés au réseau et plus de 22 millions de messages échangés chaque jour.

Pour davantage nous informer sur la technologie 0G, connaître ses appareils, ses coûts, ses avantages, ses inconvénients, sa sécurisation, son potentiel, et le parallèle avec la 5G, nous avons rencontré à Singapour Christophe Fourtet, lors du Sigfox Connect, le 20 novembre.

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Le logo du réseau Sigfox 0G (© Alexandre Boero pour Clubic)

1. Le réseau 0G de Sigfox, la présentation technique

Clubic : Vous êtes l'un des deux cofondateurs de l'entreprise Sigfox. Pouvez-vous nous préciser ce qu'est le réseau 0G et comment, en parallèle, est née la société ?

Christophe Fourtet : Je me suis rendu compte que plus on avançait, plus on amenait des services de connectivité, du haut débit etc, et plus, naturellement et de manière physique, le tout devenait inefficace. Plus vous avancez dans le débit, plus il faut de stations au kilomètre carré, et plus vos transmissions sont de courtes distances. Votre téléphone communique en réalité de moins en moins loin. Je me suis dit qu'il y avait plein d'usages qui n'ont pas besoin de cette débauche d'énergie et de débit. J'ai commencé à m'intéresser à ce que l'on appelait le software-defined radio (Ndlr : radio définie par logiciel). J'ai souhaité opérer des terminaux très simples avec des radios intelligentes qui améliorent la manière dont elles reçoivent ses signaux, de façon à revenir vers des usages extrêmement efficaces, pour transmettre des petites quantités d'informations. Lorsque vous souhaitez recevoir trois fois par jour la température issue de votre climatiseur, nous n'avons pas besoin de transmettre des giga octets de données, mais juste quelques octets trois fois par jour. Optimiser tout cela, c'est de là que l'idée est venue.

« Un retour dans le passé en termes de transmission, mais géré de manière moderne »


Quels sont les avantages de la technologie 0G ?

La particularité du réseau 0G, c'est d'être optimisé pour les petits contenus d'objets qui sont perdus, mais dont je veux qu'ils opèrent pendant des années de manière efficace et sûre. Il y a donc une basse consommation, un coût plus faible et une technologie complémentaire.

Le réseau 0G, c'est pouvoir envoyer et recevoir des données sans avoir besoin de connexions complexes ni de cartes SIM. On peut dire que c'est un retour dans le passé, tout en s'affranchissant des contraintes de réseaux comme la 4G ou la 5G, qui ne sont pas totalement fiables ?

Vous avez tout à fait raison, et ce n'est absolument pas une honte. C'est un retour dans le passé en termes de transmission, mais géré de manière moderne. Nous avons inséré de l'intelligence et des techniques modernes, pour que cette gestion du passé puisse se faire de manière scalable.


Techniquement, comment peut-on imaginer ces petits objets connectés entre eux ?

Imaginons que j'ai une information à rapatrier, ou un ordre à donner à un objet. Qu'elle soit montante ou descendante, cette information est très simple. Je vais chercher d'abord à concevoir mon petit device, qui est sous le réseau, de la façon la plus simple possible. Et je fais en sorte que ce petit objet n'ait pas à se soucier de l'existence d'un réseau. C'est le réseau qui, par conception système, simplifie le device.

« Le délai de circulation de l'information sur le réseau 0G est en secondes »


Le device, c'est le moyen de fabriquer ou non une radio, au minimum ; d'y coller une information, ce que l'on appelle la modulation, pour que cette énergie que je vais envoyer soit reçue à des kilomètres par une infrastructure qui puisse agréger ces signaux, les démoduler et envoyer cela sur un cloud pour que le client récupère l'information relative à cet objet particulier. S'il a d'autres objets, il viendra chercher ces informations dans chacune des cases correspondant aux objets dans le cloud. À l'inverse, s'il veut envoyer un ordre ou une information vers cet objet, il va mettre dans des cases les informations qu'il veut envoyer aux différents objets, et le réseau prend en charge pour envoyer de la manière la plus simple possible et avec le minimum d'énergie vers le device en question.

Quelle intervalle il y a-t-il entre l'émission et la réception de cette information sous le réseau 0G ?

Pour des questions d'énergie, nous ne renvoyons une information vers l'objet que si lui-même s'est manifesté auprès du réseau, c'est-à-dire que c'est lui qui est à l'initiative. C'est lui qui manage sa batterie. À nous de nous adapter. La quasi-totalité des usages que nous voyons dans notre segment sont des usages où l'objet prend la décision. Le délai est en secondes. Dès lors que nous recevons l'information de l'objet, nous la stockons et la mettons à disposition du client dans un délai d'une seconde. Il est aussi capable de lui renvoyer une information dans les quelques secondes qui suivent, s'il a pris des dispositions pour le faire. Ce sont des ordres de grandeur.

« Des millions de fois moins consommateurs que les systèmes cellulaires classiques »


L'avantage d'un impact énergétique plus faible que celui de la 5G est un argument sur lequel vous pouvez communiquer ?

Je ne vais évidemment pas dire que nous avons zéro impact, ce serait ridicule de ma part. Mais il est certain que pour servir des objets simples, qui seront en milliards, Sigfox visant le milliard d'ici 2023, il ne faut pas que notre débauche énergétique soit monumentale. Notre réseau consomme peu, c'est clair. Si j'utilisais de la 3G ou de la 4G pour gérer des capteurs de température disséminés sur le territoire, la débauche d'énergie serait inconsidérée par rapport au service rendu. Les usages sont différents, nous ne traitons pas de la voix ni de la vidéo. Nous sommes des milliers, voire des dizaines de milliers de fois moins consommateurs que des systèmes cellulaires classiques.

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© Alexandre Boero pour Clubic

Quels objets, quels cas d'usage peut-on associer au réseau 0G ?

Imaginons que nous bossons dans l'agriculture et que l'on veut mapper notre sol en humidité, pour savoir où nous devons arroser. On plante alors des petits capteurs, les moins chers et les plus durables possibles. Avec les données, on peut prendre une décision sur la façon d'arroser ou non, où les lieux à arroser.


Au niveau de la logistique, imaginons également que nous envoyons des conteneurs sur divers points du globe, par les eaux. Cela tombe bien : le réseau Sigfox est global, il n'y a pas de roaming. À chaque fois que les conteneurs passent dans des ports tangents des stations, ils s'identifient, ce qui permet de les suivre et de savoir à quel moment ils arrivent au port. Jusqu'à maintenant, on savait qu'ils arriveraient, mais pas avec ce niveau de détail.

On peut aussi penser à la mesure de la température d'un local, pour être certain que la climatisation soit optimisée, etc.



2. Un business pas encore lucratif, mais un indéniable potentiel de faibles coûts de fabrication

D'ici la fin de l'année, Sigfox devrait atteindre la barre des 16 millions d'objets connectés sous le réseau 0G. L'IoT étant croissant, faites-vous des projections pour l'année 2020 ?

C'est allé plus lentement que ce qui était envisagé. Les analystes évoquaient, il y a plus de dix ans, un total de 50 milliards d'objets en 2020. Nous en sommes loin, même en considérant les quelques milliards de smartphones. Avec nos 16 millions d'objets connectés, et la croissance que l'on voit dans la courbe, nous pourrions être à quelques dizaines de millions dès l'année prochaine.

« Si notre réseau, nous l'avions fait en cellulaire, il aurait été question de milliers de milliards d'euros. Or, nous, nous parlons finalement en centaines de millions »


La 0G, c'est principalement du B2B. Peut-on imaginer une incursion dans le B2C ?

Si, aujourd'hui, notre segment est celui des objets simples, en masse, qui rendent des services par la statistique, nous y viendrons, j'en suis certain, même si ce n'est pas pour tout de suite.

Et il y a déjà des exemples de B2C. Un proche qui ne veut pas trop être inquisiteur en surveillant un parent âgé sans installer de webcam, par exemple, et pour lequel on veut être rassuré sur le fait qu'il ne soit pas immobilisé pour une raison ou pour une autre, aura juste besoin de quelques capteurs. Cela se rapproche du grand public.

Quels sont les principaux partenaires de Sigfox aujourd'hui ?

Les premiers partenaires dont il faut parler, ce sont nos SO, nos Sigfox Operators, qui ont mis de l'argent sur la table, qui ont cru en nous, surtout à l'heure où il est impossible de lever des milliards d'euros en Europe. Si notre réseau, nous l'avions fait en cellulaire, il aurait été question de milliers de milliards. Or, nous, nous parlons finalement en centaines de millions. Michelin, DHL, Total, Engie font partie de nos partenaires. La logistique, la livraison, l'agriculture aussi qui démarre, sont des secteurs qui nous permettent de nouer des partenariats.


Où en est-on au niveau de la tarification des services et offres Sigfox ?

Le prix, c'est une matrice qui est quantité d'objets que l'on a à gérer versus la quantité de data que l'on va faire par jour, en sachant que nous restons sur de basses quantités. Si j'ai un million d'objets qui communiquent une fois par mois, il est fort probable que mon abonnement ne soit pas cher, que ce soit un bundle (Ndlr : un package) pour les cinq ans à venir, et après avoir payé un euro pour les cinq à venir, on n'en parle plus. Si je suis une petite compagnie, que j'ai 50 objets à gérer mais qu'ils communiquent 100 fois par jour, on sera peut-être à plus d'un euro par mois.

« Une batterie de smartphone d'1 Ah ne tiendra qu'un jour ou deux. Celle des objets Sigfox peut durer jusqu'à 10 ans »


Que peut-on dire sur le coût des objets également ?

Quelle que soit la technologie, il y a la partie du coût communication, la manière dont je connecte mon device au réseau, ça, c'est nous, et nous avons fait en sorte que cette partie soit la moins chère possible, et d'un point de vue électronique, et d'un point de vue de la batterie nécessaire pour faire fonctionner le tout.

Pour vous donner une idée, il y a plusieurs milliards de transistors dans votre smartphone, et vous avez besoin d'une batterie de l'ordre d'un 1 Ah (ampère-heure) pour fonctionner pendant une journée ou deux.

Chez Sigfox, nous parlons de dizaines de milliers de transistors, sur une chip (puce), et nous en aurions besoin de moins d'ailleurs, mais nous achetons les chips du marché. Il faut une batterie, peut-être d'un 1 Ah, mais qui tiendra, elle, sans doute 10 ans.

Par ailleurs, la coque, l'enveloppe du produit pourrait être le coût le plus élevé de la solution, dans le cas où vous souhaitez que ce dernier résiste au feu à la chaleur par exemple. Le bouton que nous avons présenté ici à Singapour, qui utilise un modem low cost, ne coûte qu'un dollar à fabriquer.


« Nous pensons être à l'équilibre d'ici 2021 »


Quel est le chiffre d'affaires de Sigfox ? Êtes-vous dans le vert ?

Pour l'instant, nous n'enregistrons pas la croissance souhaitée, mais nous devrions finir autour de la soixantaine de millions d'euros de chiffre d'affaires pour Sigfox Corp. Nous perdons encore de l'argent cette année, mais nous pensons être à l'équilibre d'ici 2021.

3. La 0G face au risque cyber et à la 5G

Nous savons que les objets connectés sont très exposés au risque cyber. Qu'en est-il du réseau 0G et de ses objets ?

L'objet connecté a beaucoup de choses à dire, il est donc très exposé, ce qui nous pousse à avoir des mécanismes assez sophistiqués qui sont souvent la backdoor. Si votre objet est simple, d'un usage limité et que son rôle est d'envoyer une information relativement limitée qui, prise toute seule n'a pas une importance fondamentale, seul l'objet en lui-même sera compromis...

Si vous utilisez des algorithmes de type AES-128, c'est quasiment imbattable en termes de sécurité. Pour compromettre un objet, il faut quasiment le prendre et l'ouvrir. Si vous n'avez pas accès à l'objet, on ne peut rien. Si vous avez accès à l'objet et qu'il n'est pas très bien protégé en hardware, vous compromettez le couplage, mais au final, ce ne sera qu'un objet.

En revanche, si l'on s'introduit dans une caméra Wi-Fi qui permet de pénétrer dans un Wi-Fi d'entreprise où on peut piquer des informations, l'enjeu sera différent, et les backdoors sont multipliées. Donc c'est finalement assez facile à protéger, ce genre d'objets.

En marge de son lancement commercial un peu partout, et bientôt en France, la 5G constitue-t-elle davantage un obstacle ou une opportunité pour vous ?

Pour nous, ce sera, à la rigueur, une opportunité car elle nous permettra, déjà, de connecter nos stations. Il nous faut des moyens télécoms. La 5G peut être un média pour nous, comme nous utilisons aujourd'hui des modems 4G pour connecter nos stations.

« Un appareil, un objet qui échange peu de données et qui nécessite une batterie pouvant tenir plusieurs années, ne trouvera pas sa raison d'être dans la 5G »


Je ne pense pas que la 5G soit un concurrent. Si elle brouille les pistes dans certaines têtes, parce que la puissance des acteurs derrière la techno consiste à dire que la 5G va tout faire et tout régler, en réalité, la 5G n'est utile que pour des masses de données importantes. Un appareil, un objet qui échange peu de données et qui nécessite une batterie pouvant tenir plusieurs années, ne trouvera pas sa raison d'être dans la 5G.

J'étais encore dans l'industrie du cellulaire, il y a une dizaine d'années, et nous commencions déjà à travailler sur la 5G. Les premières réflexions ont eu lieu il y a 15 ans. À cette époque, il y avait une volonté d'avoir un segment très bas débit, qui serait le segment de rattrapage, celui par lequel tous les autres services passeraient, parce qu'il serait plus efficace. Mais cela fut abandonné, parce que les industries s'intéressaient davantage au très haut débit. Il y avait bien une composante bas débit dans la 5G. Aujourd'hui, nous voici.

Il est aujourd'hui très difficile, pour une société française, de lever de l'argent. Est-ce que cela a été un frein au départ ?

Clairement, oui. Je ne sais pas si nous aurions crû plus vite aux États-Unis, peut-être parce que les Américains sont finalement moins en pointe dans l'Internet des objets, donc ils auraient peut-être mal compris notre proposition. Mais il est certain que s'ils l'avaient comprise, ça aurait pris moins de temps au niveau capitalistique. Il faut être honnête, l'Europe n'est pas le meilleur endroit pour croître de ce point de vue capitalistique.

Comment avez-vous donc accueilli votre sélection pour l'indice Next 40, que nous avions présenté sur Clubic ?

C'est une bonne chose sur le principe. Il faudra ensuite voir à l'usage, car c'est dans la pratique que nous pourrons juger de l'efficacité d'un tel indice. On ne compte en tout cas pas là-dessus pour manager la société. Si cela nous apporte du plus, tant mieux, mais il faut que l'on sache avancer par nous-mêmes.

Cette interview touche à sa fin. Merci pour votre temps et vos réponses, et bon courage pour la suite.

Tout le plaisir est pour moi, merci à vous. Et you are welcome, comme on dit.

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