Focus sur Palantir, le géant du big data qui vient d'entrer en Bourse

01 octobre 2020 à 11h50
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Si la licorne américaine a été valorisée à 22 milliards de dollars, ses activités interrogent…

17 ans après sa fondation, Palantir a clôturé sa première journée en Bourse avec une action valant 9,50 $. Plongeons au sein cette entreprise qui fascine autant qu'elle effraie.

La CIA et la DGSI comme clients

Si vous avez lu ou vu Le Seigneur des Anneaux, ce nom ne vous est pas étranger. Dans l’imaginaire de Tolkien, le Palantir, cette sorte de boule de cristal, permet notamment à son propriétaire de voir dans le temps et l’espace. Inspirés par l'objet fictif, les fondateurs Alex Karp (CEO) et Stephen Cohen (président) ont lancé Palantir Technologies Inc. au début des années 2000.

17 ans après ses débuts, la société a effectué ses premiers pas en Bourse hier, mercredi 30 septembre. Valorisée à plus de 20 milliards de dollars, elle signe des débuts impressionnant pour une entreprise qui ne gagne pas encore d'argent.

Et pour cause, le principal business de Palantir consiste à fournir des analyses de données aux agences de renseignements. La CIA, mais aussi la DGSI française, font partie de ses clients.

« Nos plateformes de logiciels sont utilisées par les États-Unis et leurs alliés dans le monde entier, » ont affirmé des responsables de Palantir dans une audition à la Securities and Exchange Commission (SEC), l’organisme américain qui réglemente les marchés financiers.

« De nombreuses institutions parmi les plus importantes du monde, des agences de défense et de renseignements, aux entreprises des secteurs de la santé, de l'énergie et de l'industrie manufacturière, dépendent des logiciels que nous avons mis au point », ajoute la société.

À titre d'exemple, l’entreprise avait notamment travaillé avec l’armée américaine dans la traque d'Oussama Ben Laden, leader d’Al-Qaïda décédé en 2011.

Palantir : un Batman pour la police

Décidément Palantir puise dans la fiction pour développer ses produits. Parmi ses outils, on retrouve ainsi le Palantir Gotham. À Los Angeles, la police utilise ce Bat-logiciel pour identifier terroristes et criminels en recoupant d’énormes bases de données fiscales, de santé, issues des réseaux sociaux ou bien des coordonnées GPS.

LAPD, @Chris Yarzab / Wikimedia Commons

Parmi le panel de services proposés, d’autres produits sont davantage tournés vers la finance. Comme pour le renseignement, les algorithmes de Palantir croisent les données issues des activités des entreprises, comme celles de leurs fournisseurs et de leurs clients. Le but : guider les investissements et aider les grandes entreprises à la prise de décision.

Aussi, aujourd’hui, la société de big data collabore avec des grands noms de l’industrie ou de la banque, comme Airbus, BP ou encore le Crédit Suisse.

Des activités qui nourrissent les inquiétudes

Si Palantir intéresse énormément les décideurs économiques et sécuritaires, l'entreprise inquiète davantage certains citoyens, qui y voient un moyen de renforcer la surveillance, notamment policière.

« L’objectif d'un système de surveillance basé sur les données est de mettre beaucoup de personnes innocentes dans le système », analyse Andrew Ferguson, professeur de droit à l’American University. 

Pour ce spécialiste des enjeux du big data et de son usage par la police, Palantir a un effet pervers sur cette institution : si elle permet d’utiliser des données pour identifier des criminels, elle incite également à surveiller davantage la population… Pour obtenir davantage de données… Pour mieux identifier des criminels. Le serpent se mord la queue, et la logique s'inverse.

D'autant qu'à terme, la logique algorithmique a tendance à renforcer les biais et stéréotypes issus des données récoltées. Conséquence : la police renforce son contrôle sur certains quartiers et minorités ethniques. « Cela signifie que de nombreuses personnes, qui se retrouvent dans le système Palantir, sont principalement des personnes pauvres de couleur, et qui ont déjà été identifiées par le regard de la police », explique Andrew Ferguson.

Alex Karp, co-fondateur de Palantir

Big Brother serait-il entré en Bourse ? L’idée en fait frémir certains, tant les activités de Palantir touchent à des secteurs stratégiques, sans apporter de garantie quant à son éthique ou sa gouvernance.

Introduite en cotation directe, Palantir ne lève pas vraiment d’argent en Bourse. Ce système permet à ses dirigeants et investisseurs de vendre la majorité de leurs parts, tout en gardant la main sur la direction de l’entreprise, qui a perdu 580 millions de dollars en 2019, pour un chiffre d'affaires de 743 millions…

Modifié le 01/10/2020 à 11h54
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