La crypto de Facebook, Libra, se fait lâcher par Mastercard, Visa, eBay et Stripe

Mathieu Grumiaux Contributeur
14 octobre 2019 à 10h43
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Libra

Les principales sociétés de paiement ont annoncé ne plus vouloir rejoindre l'association Libra. En cause, le manque d'explications claires de la part de Facebook suite aux demandes et critiques des régulateurs américains.

Le Libra a du plomb dans l'aile. Le projet de cryptomonnaie initié par Facebook est peu à peu lâché par la plupart de ses partenaires, et ce, quelques jours seulement avant la première réunion de l'association Libra, qui va permettre l'élaboration de ses statuts et le début officiel des travaux menant à la mise à disposition de cette nouvelle devise.

Plusieurs défections avant même l'officialisation de l'association Libra

C'est PayPal qui a le premier préféré quitter le navire. Le service de paiement mobile n'a pas donné d'explications précises sur les raisons de son retrait et souhaite continuer ses activités de son côté. Ironie de la situation : David Marcus, responsable pour Facebook du développement de Libra, est l'ancien PDG de PayPal.

À la suite de cette défection, Visa et Mastercard ont également annoncé ne plus vouloir rejoindre l'association Libra. Dans un communiqué, ce dernier indique vouloir poursuivre ses propres efforts, tout en continuant à jeter un œil extérieur à Libra, qui « présente des avantages potentiels ».


Le géant américain du paiement en ligne Stripe a également renoncé à prendre place au sein de l'association. Aujourd'hui, six des sept acteurs du paiement originellement attachés à Libra ont quitté l'aventure avant même son officialisation. eBay a également décidé de se retirer ces derniers jours.

Libra compte encore des soutiens indéfectibles

L'association Libra a perdu des acteurs de premier plan, mais garde le soutien indéfectible de certains membres. Le plus enthousiaste reste le groupe Iliad. Son fondateur Xavier Niel a publié dans le quotidien Les Échos une tribune en faveur de cette nouvelle monnaie virtuelle, qui selon lui « existera comme les 1 600 autres monnaies virtuelles d'ores et déjà disponibles en France », que les autorités la soutiennent ou non. « La priorité est donc d'accompagner le changement, le rendre possible et accessible » ajoute-t-il.

Les sociétés de VTC Uber et Lyft ainsi que Spotify ou d'autres fonds d'investissement sont encore associés au projet. Sur les 28 membres originellement annoncés, 23 continuent de soutenir le projet officiellement.


Les régulateurs mettent la pression sur Facebook et ses partenaires

Les sociétés de paiement ont préféré renoncer à rejoindre Libra par crainte des législateurs. Le projet suscite de nombreuses critiques aux États-Unis et deux sénateurs, Brian Schatz et Sherrod Brown, ont envoyé un courrier il y a quelques jours demandant aux entreprises souhaitant rejoindre l'initiative promue par Mark Zuckerberg de « bien réfléchir à la manière dont Facebook gérera les risques avant de poursuivre ».

Les deux parlementaires expliquent dans leur lettre que Facebook « n'a pas fourni de plan clair sur la manière d'empêcher Libra de faciliter le financement d'activités criminelles et terroristes, de déstabiliser le système financier mondial, d'interférer avec les politiques monétaires ou d'exposer les consommateurs à des risques qui n'affectent aujourd'hui que des investisseurs professionnels ».

Le risque, à peine voilé, pour les sociétés de paiement, est que les autorités de régulation inspectent toutes leurs activités commerciales dans le cadre d'examens visant à valider ou non le déploiement de Libra. Nul doute que Visa ou Mastercard n'ont pas souhaité s'exposer à ce point pour un projet dont la viabilité reste encore à démontrer.

Les craintes portent également sur la capacité de Facebook à gérer les données personnelles de ses utilisateurs. L'affaire Cambridge Analytica est passée par là et Facebook n'inspire plus confiance quant à la confidentialité des informations personnelles, et encore moins des données de paiement.


En France, Bruno Le Maire a été catégorique lors d'une réunion de l'OCDE et a affirmé : « Nous ne pouvons pas autoriser le développement du Libra sur le sol européen ». Le ministre de l'Économie estime que « la souveraineté monétaire des États est en jeu » dans ce dossier et craint également des dérives en matière de blanchiment d'argent et de protection des consommateurs.

Devant les parlementaires français, Bruno Le Maire avait déjà évoqué ses réserves sur le sujet, indiquant qu' « une société privée ne peut pas et ne doit pas créer une monnaie souveraine qui pourrait rentrer en concurrence avec les monnaies des États ».

Mark Zuckerberg est attendu le 23 octobre devant le Congrès pour répondre aux questions des parlementaires et lever les inquiétudes à propos de cette nouvelle cryptomonnaie. La première réunion officielle de l'association Libra doit, elle, se tenir à Genève ce lundi 14 octobre.

Source : BBC
Modifié le 14/10/2019 à 11h06
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