La Chine réussit l'exploit de se poser sur la face cachée de la Lune et y prélève des échantillons

Eric Bottlaender
Par Eric Bottlaender, Spécialiste espace.
Publié le 04 juin 2024 à 19h01
Le moment précis de l'arrivée de Chang'E 6 sur la surface lunaire. © CNSA/CLEP
Le moment précis de l'arrivée de Chang'E 6 sur la surface lunaire. © CNSA/CLEP

La mission Chang'E 6 s'est posée dimanche 2 juin au matin au sud du cratère Apollo, sur la face cachée de la Lune. Un véritable exploit technique, et le début d'un compte à rebours de 48 heures d'opérations à la surface. Car l'objectif est bien de repartir, et de ramener sur Terre des échantillons de cette zone inexplorée.

00 h 23, dimanche 2 juin 2024. C'est l'instant précis où l'atterrisseur de la mission chinoise Chang'E 6 a touché le sol lunaire. Quelques heures plus tôt, il s'était séparé de l'orbiteur, qui restera quelques jours en attente à environ 100 km d'altitude. La descente, utilisant un guidage qui repose à la fois sur des données radar, des imageurs capables de reconnaître le terrain et un capteur laser Lidar, s'est bien terminée, grâce notamment à l'action du moteur principal de freinage. Ce dernier n'a pas failli, pour la quatrième mission consécutive après Chang'E 3, 4 et 5 ! Spectatrices (le véhicule est entièrement autonome), les équipes du centre de contrôle de la CNSA ont pu recevoir les données quasiment en temps réel, grâce au relai assuré par le véhicule spécialisé Queqiao-2, sur une orbite particulière. Car Chang'E 6 est sur la face cachée de la Lune... Un challenge que seule la Chine a réussi à relever pour l'instant !

Ça se passe de l'autre côté

Contrairement au dernier prélèvement d'échantillons lunaires (2020), la Chine a pour l'instant décidé d'un ennuyeux embargo sur les images de sa mission, à l'exception de la descente jusqu'à la surface. Ce qui ne signifie pas, bien entendu, qu'il y a eu un problème, plutôt que la communication n'est pas la priorité. Car Chang'E 6, sur la Lune, a fort à faire en 48 heures environ... À commencer par sa mission principale, récolter des échantillons de sol avec différents instruments et l'aide d'un bras robotisé.

Poussière à la surface, régolithe lunaire à quelques centimètres dessous, carottage à plus d'un mètre de profondeur, Chang'E 6 est bien équipée pour embarquer jusqu'à environ 2 kg de sol lunaire et les ramener vers les laboratoires terrestres. À noter que sur son flanc, le détecteur DORN, instrument du CNES fruit d'un partenariat franco-chinois, est aussi théoriquement en pleine campagne de mesure... Tandis qu'on peut espérer (peut-être d'ici quelques jours ?) voir des images inédites, s'ils décident à les communiquer, grâce au petit rover « secret » que transportait l'atterrisseur.

C'est donc la partie haute de cet ensemble qui s'est posée sur la Lune ce dimanche. Seul le bloc tout en haut redécollera demain. © CNSA
C'est donc la partie haute de cet ensemble qui s'est posée sur la Lune ce dimanche. Seul le bloc tout en haut redécollera demain. © CNSA

Retour à haut risque

Le voyage vers la Terre, lui, sera encore semé d'embûches. Après avoir renvoyé vers l'orbite ses échantillons (une partie de l'atterrisseur reste sur le sol lunaire, inactif), c'est le véhicule resté autour de la Lune qui devra les récupérer puis les transférer dans sa capsule de retour. Cette dernière quittera ensuite précieusement l'orbite lunaire pour revenir vers la Terre, avec un largage et un atterrissage pour l'instant programmés au 25 juin prochain. Cela conclura ce qui reste la mission lunaire la plus ambitieuse post-Apollo, concentrant le maximum de techniques développées par la Chine au cours des 15 dernières années.

Quant aux scientifiques et géologues, ils attendent avec impatience d'avoir accès, même à quelques grains d'échantillons. Ces derniers pourraient éclairer le passé du côté inexploré de la Lune, en particulier son activité volcanique... Et avec un peu de chance, les échantillons pourraient contenir d'anciens fragments du manteau rocheux de la Lune, éjecté par des impacts successifs d'un grand nombre d'astéroïdes. Ramener des échantillons de cette zone est classé comme une priorité scientifique par... le comité scientifique qui gère les missions américaines. Pas de chance pour eux, c'est un autre drapeau qui orne la mission Chang'E 6 !

Source : 

Space News

Par Eric Bottlaender
Spécialiste espace

Je suis un "space writer" ! Ingénieur et spécialisé espace, j'écris et je partage ma passion de l'exploration spatiale depuis 2014 (articles, presse papier, CNES, bouquins). N'hésitez pas à me poser vos questions !

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Commentaires (10)
Jasmin

Voilà le résultat d’un pays souverain qui se donne les moyens .

MattS32

Un pays souverain de 1.4 milliards d’habitants de 10 millions de km². Et y en a quand même pour s’imaginer qu’avec 20 fois moins de population et de superficie la France aurait les mêmes moyens si elle restait toute seule dans son coin plutôt que de s’allier à ses voisins :rofl:

Jasmin

Personne a dit ça , travailler avec des partenaires européens , imposer avec contrats a ces derniers d’utiliser le programme spatial francaise pour leurs projets, satellite etc…
Se soumettre à la NASA avec un très gros ralentissement du programme spatial française ,non

MattS32

Ça tombe bien, ce n’est pas le cas.

Martin_Penwald

Carrotage à 1 mètre de profondeur ? C’est assez impressionnant.
Je trouve le profil complet de la mission très ambitieux, et par certains aspects, plus intéressant que d’y poser un être humain.

paulposition

@Jasmin et @MattS32 : Merci de rester dans le sujet ; Le cote « politique » de l’exploit n’est pas la chose « intéressante/importante » ce cet article . :wink:

Chirokee

Ce qui est aujourd’hui la plus grande puissance spatiale donne une sacrée leçon de maitrise à tous les autres. Et si Artemis II l’arlésienne continue à roupiller voir connait des problèmes, ce seront les chinois qui seront les premiers à revenir sur la Lune.
Avec un autre petit avantage : les complot-négationnistes seront dans l’impossibilité de nier la réussite chinoise

MHC

:rofl: :joy: :rofl: :joy: :rofl: :joy: :rofl:

Tu veux que la France soit souveraine et que par contre, les autres pays ne le soient pas en se voyant imposer des contrats avec des sociétés françaises ?

Tu as vraiment cru que la France faisait la loi en Europe ? Les pays européens travaillent avec qui bon leur semble et avec qui ils défendront également leurs intérêts. Quant aux programmes 100% européens, ils font volontairement participer beaucoup de pays avec des contrats avec des entreprises d’un peu partout en Europe pour tenter de jouer au maximum collectif.

MHC

Sinon, très bel exploit de la Chine qui est clairement rentrée dans la cour des grands dans le domaine spatial.

xryl

Je ne pense pas qu’ils vont remonter une carotte de 1m comme on le ferait sur Terre. Je pense qu’ils creusent sur 1m (comment, je ne sais pas, soit mécaniquement, soit un laser), puis qu’ils prélèvent quelques g de roche à cette profondeur. Ce qui est impressionnant, et ça reste à prouver que ça fonctionne, c’est de renvoyer le ballon à un satellite qui va le renvoyer à la Terre, sans contrôle humain au passage.