Le numérique, nouvelle machine à broyer les emplois

Xavier Biseul
08 octobre 2015 à 09h31
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Plusieurs ouvrages récents tirent la sonnette d'alarme. L'uberisation de notre économie, associée à la robotique et à l'intelligence artificielle, pourrait menacer près d'un emploi sur deux. Les professions intermédiaires sont particulièrement visées.

On aurait aimé les croire. A grands renforts d'études commanditées auprès des cabinets de conseil les plus prestigieux, Google, Facebook ou Apple (GAFA) avancent qu'ils créent ou vont créer des centaines de milliers d'emplois directs et surtout indirects en France. A les entendre, l'e-commerce boosterait, les métiers du transport et de la logistique. Une manière pour les GAFA de redorer à bon compte leur image passablement écornée par l'exploitation sans vergogne de nos données personnelles et le recours aux circuits « d'optimisation » fiscale.

Une série d'essais parus ces derniers mois mettent à mal ces plans de communication. Croissance en berne, chômage de masse, crises financières à répétition, stagnation du pouvoir d'achat... Dans son dernier ouvrage (1), l'économiste Daniel Cohen, s'étonne que l'âge numérique ne produise pas le même effet détonateur dans l'économie que l'âge électrique un siècle plus tôt. « Nous vivons une révolution industrielle sans croissance ! ».

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Daniel Cohen, auteur de Le monde est clos et le désir infini, publié chez Albin Michel, août 2015

L'économie traditionnelle vampirisée par les barbares du web



Pour la première fois de notre Histoire contemporaine, la théorie de la « destruction créatrice » chère à Joseph Schumpeter, qui veut que chaque cycle d'innovations commence par détruire des emplois puis contribue à en créer plus qu'elle n'en supprime, n'est pas respectée. Non seulement le numérique génère en lui-même peu d'emplois - «  Google, Facebook et Twitter embauchent, à elles trois, moins que n'importe quelle firme automobile », calcule Daniel Cohen - mais il ébranle des pans entiers de notre économie. De la musique aux transports en passant par la presse, l'immobilier, l'hôtellerie, la banque et l'assurance.

« Par leur capacité à innover dans la désintermédiation et l'expérience client, des startups essentiellement américaines (Uber, Airbnb...) siphonnent, vampirisent des leaders historiques, symboles d'une économie traditionnelle, rentière et dépassée », note Bruno Teboul, coauteur d'un ouvrage décryptant le phénomène de l'uberisation de notre économie (2). Sans posséder aucun hôtel, le site de location entre particuliers Airbnb est valorisé plus de 24 milliards de dollars, soit deux fois plus que le groupe Accor à la tête des chaînes Sofitel, Pullman, Novotel, Mercure ou Ibis.

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Bruno Teboul et Thierry Picard, auteurs de L'Uberisation = Économie déchirée ?, Editions Kawa, mai 2015
Modifié le 01/06/2018 à 15h36
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