Découverte de phosphine dans l'atmosphère de Vénus : de potentielles traces de vie ?

Eric Bottlaender
Spécialiste espace
14 septembre 2020 à 18h15
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Venus, observée par la sonde Venus Express de l'ESA. Et si c'était un peu plus qu'un maëlstrom de conditions infernales ?

Pour la première fois, grâce à des observations terrestres, de la phosphine aurait été découverte dans l'atmosphère de Vénus. La nouvelle fait sensation, ce composé étant mis en avant dans de récentes publications comme l'un des biomarqueurs les plus fiables.

Prudence, toutefois, avant d'ouvrir le champagne.

Phosphine, vrai poison

Les conditions sur et autour de la planète Vénus étant celles d'un enfer permanent, cette découverte de phosphine dans l'atmosphère n'apparaît pas comme une indiscutable surprise : il s'agit d'un gaz mortellement toxique à faible concentration, inflammable, plus lourd que l'air et dont la seule utilisation comme pesticide est à présent interdite. À priori, rien qui puisse relier cette molécule de phosphore associée à de l'hydrogène (PH3), à la découverte du vivant, donc…

À ceci près que la phosphine n'existe à l'état naturel et dans des proportions significatives que dans deux cas très particuliers. Le premier, on l'a découvert dans les années 1970, au sein des géantes gazeuses Jupiter et Saturne, sous des pressions et des températures incroyablement élevées. Le second, sur Terre, le gaz étant alors produit par des organismes (bactéries et microbes) dits anaérobies, c'est-à-dire n'ayant pas besoin d'oxygène pour vivre, depuis les intestins de certains mammifères, comme le blaireau ou le pingouin, des marais toxiques, des lacs de saumure, etc.

C'est l'histoire de la vie

Or, sur une planète tellurique comme la Terre (ou Vénus), il est jusqu'ici considéré que la production de phosphine à l'état naturel est forcément liée à la présence d'organismes vivants. En 2019, un article de la revue Astrobiology expliquait en détail l'utilisation de la phosphine en tant que marqueur déterminant, « biosignature » quasi-certaine, à rechercher lors des détections d'exoplanètes.

En plus du coup, elle sent mauvais. Crédits NASA

La vie trouve toujours un chemin

C'est donc dans ce contexte qu'une équipe d'astronomes de Manchester, de Cardiff et du MIT, utilisant le James Clerk Maxwell Telescope à Hawaï et l'ALMA au Chili, a découvert la présence de phosphine dans l'atmosphère de Vénus.

Cette dernière a fait l'objet de plusieurs publications, au cours des décennies précédentes, montrant que les conditions de pression, de température et de composition de la haute atmosphère ne sont pas aussi infernales que celles relevées sous les 50 kilomètres de nuages de la planète. Intéressant, non ? Mieux, la phosphine n'est pas une molécule particulièrement persistante, elle finit par réagir avec d'autres (c'est d'ailleurs ce qui la rend toxique pour nous) et se dilue. Les données récemment analysées montrent ainsi que quelque chose produit, ou a produit récemment, une quantité détectable et significative de phosphine sur Vénus.

La guerre des Mondes n'est pas pour demain

Attention toutefois à ne pas sauter immédiatement sur la conclusion la plus séduisante, et à traduire cette découverte par la détection de vie dans l'atmosphère de Vénus.

Oui, il s'agit bien d'une observation fascinante, mais en l'état actuel elle génère beaucoup de questions, et dessine trois pistes majeures pour les recherches à venir. La première étant qu'il s'agit peut-être d'une mauvaise détection. Mesure faussée, fréquence décalée… Même si un telle erreur est peu probable venant d'une équipe sérieuse, la science n'est pas affaire de réputation : d'autres équipes dans le monde vont donc tenter de répliquer cette détection, à court et à moyen terme.

La deuxième piste renvoie à un éventuel et encore inconnu processus naturel, capable de produire de la phosphine en quantité remarquables. Et même si à priori les conditions à la surface de Venus ne s'y prêtent pas, ce sera un véritable casse-tête que d'exclure cette possibilité définitivement. Enfin, la troisième et dernière hypothèse (celle que tout le monde a déjà imaginé) est effectivement qu'il y a de la vie quelque part autour ou sur Venus.

Pour valider cette piste il ne suffira pas d'exclure les autres scénarios ; il faudra aussi montrer, via d'autres mesures, que cette théorie a de quoi tenir. Cela passera au possible par d'autres études, mais aussi certainement par des missions autour de Venus, voire au sein même de son atmosphère. Et ça tombe bien, puisque la NASA a un projet en gestation sur le sujet, nommé DAVINCI+…

Quoi qu'il en soit, une chose est sûre, c'est une découverte qui va beaucoup faire parler d'elle !

Source : Nature

Modifié le 14/09/2020 à 18h23
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