Venus, notre proche cousine à la météo brûlante

Venus par Venus Express
Venus, vu par la sonde Venus Express. © ESA

Une voisine de la Terre, de la même taille, accessible en quelques mois de trajet ? Vous pouvez la retrouver facilement dans le ciel nocturne, c'est Venus bien sûr !

Mais ne vous y trompez pas : sur place, c'est l'enfer.

Proche cousine

Etant donné qu'il s'agit de l'objet du ciel nocturne le plus visible après la Lune, on peut affirmer que des humains observent Venus depuis des dizaines de milliers d'années. On lui donne même encore parfois son ancien nom « Etoile du Berger », même s'il est techniquement incorrect... Venus est la deuxième planète la plus proche du Soleil, qu'elle orbite à environ 108 millions de kilomètres de distance. Comme sa petite cousine Mercure, elle n'a pas de lune, et partage en fait plusieurs caractéristiques avec la Terre. Un diamètre très proche de celui de cette dernière (12 103 km), une masse qui s'en rapproche aussi, la présence d'une atmosphère, de volcanisme, et même des conditions qui furent peut-être propices à la vie, il y a quelques milliards d'années. Alors pourquoi si peu de réservations pour des voyages vers Venus ?

Venus par Pioneer Venus Explorer
Venus et ses nuages, vus par la sonde Pioneer Venus Explorer. © NASA

Highway to Hell

Un adage populaire voudrait que « les femmes viennent de Venus »... Si c'est le cas, il est facile de comprendre pourquoi elles en sont parties. Pour commencer, il y a l'atmosphère. Celle-ci est particulièrement dense et constituée à plus de 96 % par du CO2. Il y a aussi les vents, qui soufflent à plus de 300 km/h (jusqu'à 700 km/h à 55 km d'altitude environ), les nuages aux gouttelettes d'acide sulfurique, et une pression au niveau du sol qui atteint... 92 bars (soit l'équivalent de la pression qui s'exercerait à 910 mètres de profondeur, sur Terre) !

Si vous hésitez encore, sachez que Venus offre aussi les températures moyennes les plus élevées du Système Solaire (hors Soleil) avec 467°C à l'ombre, en moyenne. Clairement les conditions les plus horribles possibles. Les paysages sont des monochromes dégradés entre le jaune et l'orange, et la planète connaît des tremblements de Venus, des éruptions, voire les deux, ce bien qu'il n'y ai pas de tectonique des plaques et même si aucune coulée de lave n'a encore été observée - ce qui compléterait bien la carte postale par ailleurs.

On vise Venus, mais...

Figurez-vous tout de même que malgré ces caractéristiques extrêmes, l'exploration de Venus, du fait de sa proximité avec la Terre, a connu de belles avancées en 60 ans d'aventures spatiales. La première mission à destination de Venus a décollé de l'URSS avant Youri Gagarine ! Bon, malheureusement, elle fait partie des nombreux échecs de l'époque.

Il faudra en effet attendre le 14 décembre 1962 pour que la sonde américaine Mariner-2 survole Venus, à quelques dizaines de milliers de kilomètres de sa surface, parvenant ainsi à mesurer la température de son atmosphère. Toutefois il faut admettre que les soviétiques ne manquaient pas de détermination. Après 12 échecs d'affilée (dont des missions qui ont failli réussir), la sonde Venera 4 fut la première à transmettre des données à travers l'atmosphère de Venus.

Venus surface par Magellan
L'un des relevés radar les plus précis de la surface de Venus, par l'orbiteur Magellan. © NASA

Planète communiste

Durant plus de 20 ans ensuite, et jusqu'à la chute de l'URSS, Venus fut un formidable terrain de jeu pour la technologie spatiale soviétique, qui y écrivit ses lettres de noblesse (à défaut de réussir sur Mars). En 1973, la sonde Venera 8 devient le tout premier atterrisseur à se poser et à transmettre des données depuis le sol d'une autre planète, Vénus donc. En octobre 1975, nouvelle première pour l'URSS, qui devient la première à photographier la surface de Venus avec Venera 9 et 10 (les américains n'arriveront que six mois plus tard à se poser avec succès à la surface de Mars).

Le succès des missions Venera se prolongera jusqu'au début des années 80, avec les exceptionnels panoramas de l'aride surface de Venus, et une véritable collection d'autres données moins prisées par le grand public. Mais se poser en enfer est un exercice qui ne pardonne rien : malgré leur taille et leur conception à toute épreuve, les sondes Venera ne résisteront pas plus d'une heure et demie à la surface.

Venus Surface
La surface de Venus vue par la sonde Venera 13

Missions cosmopolites

Entre 1990 et 1994, la NASA pilote la sonde Magellan, qui réussit une cartographie complète de la planète grâce à son radar à haute résolution, livrant des clichés inégalés aujourd'hui. Plus récemment, d'autres missions se sont intéressées à l'atmosphère de Venus (Venus Express, ESA) et même spécifiquement à ses nuages et courants de vents (Akatsuki, JAXA, la seule sonde encore active en orbite aujourd'hui).

Si elle n'est pas boudée par les scientifiques qui demandent régulièrement de nouvelles missions pour étudier Venus, les décideurs n'ont pas le même attrait pour Venus que pour sa cousine Mars. Il faut toutefois s'attendre à de nouvelles découvertes dans la décennie à venir : plusieurs missions sont en préparation pour aller cartographier sa surface avec une nouvelle précision, traverser son atmosphère, faire survivre de petits robots plusieurs heures sur son sol ou même, luxe futuriste, envoyer des ballons dirigeables pour des missions au long cours dans la haute atmosphère.

NASA Rover Venus concept
Vue d'artiste d'un concept de robot à la surface Venus. © NASA/JPL-Caltech


Fun fact :
Une année sur Venus dure 224,7 jours terrestres, et c'est moins qu'une journée sidérale (le temps pour la planète de faire un tour sur elle-même) à la surface de Venus, qui dure, elle, 243 jours terrestres ! Sa rotation est en effet très lente (et à l'envers par rapport à toutes les planètes du Système Solaire, sauf Uranus), en tout cas à la surface. Car les vents en haute altitude, eux, forment un jet-stream continu. Et pour les touristes ? La durée d'une journée solaire est tout de même de 116 jours...


Notes touristiques :
- Voyage 8/10 : À condition de partir lorsque Venus est proche de la Terre, le trajet ne dure que quatre mois, ce qui est loin d'être désagréable. Figurez-vous que cela a même sérieusement été envisagé dans les années 70 (survol, puis retour dans la foulée).
- Paysages 3/10 : Malgré quelques canyons et montagnes (quelques sommets à plus de 5 000 m dans Beta Regio), il y a beaucoup de plaines et de toutes façons, on n'y voit pas grand-chose. C'était peut-être joli, mais ça c'était avant.
- Habitabilité 1/10 : Le sol est solide. C'est à peu près la seule caractéristique positive. Tout le reste essaie de vous tuer en permanence.



Modifié le 13/04/2021 à 17h03
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