Lawrence Lessig : "Le public et les gouvernements ne sont plus du tout sur la même ligne"

09 avril 2012 à 11h03
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Le fondateur des Creative Commons était de passage à Sciences-Po Paris pour partager sa vision du monde numérique. Dans une présentation baptisée « The Character of Cyberlaw Battles », Lawrence Lessig a rappelé deux points majeurs et nécessaires au développement des réseaux : la concurrence entre acteurs et une nouvelle gestion des droits d'auteurs.

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Lawrence Lessig arrive, fait le branchement des microphones, s'assure plusieurs fois que tout le monde l'entendra correctement et que la lumière soit suffisamment tamisée. Ce professeur de Harvard est là pour donner un cours, une présentation de ses positions au sujet de l'évolution des législations sur la régulation des contenus et de l'avenir du numérique.

Fondateur des Creative Commons, Lawrence Lessig est connu pour être un spécialiste de la propriété intellectuelle et fervent pratiquant d'une limitation du droit d'auteur. Dans son dernier ouvrage , « Code and Other Laws of Cyberspace », cet expert reconnu décrit comment le contrôle des réseaux mais également des contenus a été codifié, au fil du temps, principalement pour des impératifs commerciaux « avec le soutien des gouvernements ».

Devant les étudiants de Sciences-Po, Lessig insiste : « les points majeurs qu'il faut surveiller de certains appétits sont la concurrence sur les réseaux physiques et l'évolution des règles régissant le droit d'auteur. Aux Etats-Unis, depuis toujours, des lobbyistes font pression pour stabiliser leur position. Par exemple, la Caroline du Nord était l'Etat américain où les débits de connexions étaient les plus faibles du pays. Cet Etat était le pire parce que deux opérateurs (AT&T et Time Warner) étaient en situation de quasi-monopole. Lorsque d'autres communautés se sont mises à la fourniture d'accès à Internet, les prix ont commencé à baisser et la qualité de service a été meilleure ».

Montrant une vidéo d'une colonie de fourmis qui se nourrit des restes d'un cafard mort, le spécialiste appuie sur le fait que cette logique est également à l'œuvre pour la Culture et la gestion du droit d'auteur. Il ajoute : « C'est un sujet sans fin mais désormais nous sommes en face de projets comme SOPA qui sont en totale inadéquation avec les pratiques des internautes. Le public et les gouvernements ne sont plus du tout sur la même ligne. Nous en sommes presque à considérer des enfants derrière un ordinateur comme des terroristes ».

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Une position qu'il avait déjà soutenu lors de l'e-G8 de l'été dernier. Lawrence Lessig, expliquait que les politiques des gouvernements actuels échouent à cause : « d'une sur-réglementation de la culture. Ces mesures de protection ne font désormais plus sens car elles ne favorisent pas l'innovation et ne permettent pas de bien rémunérer les artistes. On laisse en place un système qui a vécu, il faut donc une manière de mieux inciter les artistes. Depuis 10 ans tout le monde a décrit les architectures pour modifier les droits d'auteurs et quand je viens ici j'ai l'impression que tous ces travaux n'ont jamais été édités. J'ai vraiment l'impression d'être en 1999 ».

Cette fois, il précise : « le copyright est un régulation de l'Etat et celle organisée par le marché ne suffit pas à créer de l'innovation mais la résistance à ce modèle n'est pas le piratage mais au contraire le développement de nouvelles formes de gestion des droits d'auteurs. Dans cette logique, les auteurs sont la clé de ce changement ».

Un changement qui, selon l'expert, devra se mettre en place rapidement. Il estime que la « constante érosion » de la confiance des citoyens envers leurs élus sera un facteur déterminant pour établir les prochains équilibres en matière de droit d'auteurs. Sans une meilleure compréhension des réelles habitudes des internautes, les efforts du législateur et du pouvoir politique risqueront en effet de rester vains. C'est pourquoi Lawrence Lessig conclut en rappelant que : « le géant se réveille, la souveraineté appartient au peuple. Ce principe est la chose primordiale à comprendre ». Un pari patent en somme.
Modifié le 01/06/2018 à 15h36
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