Streaming vidéo, bilan de l'année 2022 : est-ce la fin de l'âge d'or pour Netflix et consort ?

Mathieu Grumiaux
Publié le 26 décembre 2022 à 18h18
Streaming SVOD 2022

Si le streaming vidéo a été vu par de nombreux acteurs et studios comme un nouvel eldorado, l'année qui vient de s'écouler a vu toutes les plateformes revenir brutalement à la réalité.

Durant la pandémie, les choses étaient entendues : l'avenir de la télévision et du cinéma était à chercher du côté du streaming. Pas une seule société de production ou géant de la tech ne pouvait ignorer le secteur et lançait sa propre plateforme en espérant faire sa place aux côtés des géants Netflix et Amazon Prime Vidéo.

Pourtant, 2022 a douché l'euphorie générale et les différents services de streaming doivent trouver de nouvelles manières de prospérer, tout en réduisant leurs budgets.

Des abonnés qui coûtent cher et rapportent trop peu

Le premier signal d'alerte donné cette année vient du plus gros acteur de la SVOD. En dévoilant ces résultats financiers en avril 2022 pour le premier trimestre de l'année, Netflix a annoncé la première baisse d'abonnés avec 200 000 utilisateurs perdus dans la nature. Cela ne représente que peu de choses par rapport aux 220 millions d'abonnés à la plateforme, mais ce premier signe de ralentissement a suffi à alerter les investisseurs et les analystes.

Les trois mois suivants n'ont pas été bien meilleurs avec une baisse d'un million d'abonnés. Si la firme de Los Gatos a justifié dans un premier temps ces mauvais chiffres par l'arrêt de ses services en Russie, Netflix est également pénalisée par la technique du partage de comptes, qui permet à de nombreux utilisateurs d'accéder à ses services sans payer le moindre centime.

Si Amazon ne communique aucun chiffre, Disney+ a, lui aussi, souffert durant cette année 2022. Sur le papier, tous les voyants sont au vert pour le studio aux grandes oreilles, qui a recruté 46,1 millions d'abonnés pour sa seule plateforme. En comptant Hulu et ESPN aux États-Unis, ainsi qu'Hotstar en Inde, Disney compte aujourd'hui un tout petit peu plus d'abonnés au total que Netflix, et ce, en seulement trois ans d'existence. Une vraie prouesse.

© JOCA_PH / Shutterstock
© JOCA_PH / Shutterstock

Pourtant, le groupe souffre avec 40% de baisse de son cours en Bourse. Si Mickey et ses amis recrutent à tout va, les couts d'acquisition de droits et de production s'envolent avec près d'1,5 milliard de dettes pour le troisième trimestre de l'année. En bref, la plateforme coute de plus en plus cher au studio, qui ne sait pas renflouer les caisses malgré une récente hausse des abonnements.

Le retour aux vieilles recettes (publicitaires) pour améliorer les choses

En 2022, les plateformes de streaming ont annoncé un brutal retour en arrière pour le consommateur : le retour de la bonne vieille publicité.

© Unsplash

Netflix aura été le premier à dégainer une nouvelle offre, à 5,99€/mois, qui incorpore avant et pendant les programmes jusqu'à quatre minutes d'annonces, soit un peu moins que la télévision linéaire. Las, le service au grand N renie ses principes en quelques mois pour proposer une offre plus accessible et maintenir sa croissance. Netflix a aussi indiqué vouloir mettre fin au partage des comptes et teste discrètement de nouvelles formules pour ménager ses utilisateurs tout en augmentant son revenu par abonné.

Disney va également sauter le pas dans les prochaines semaines et proposer une offre financée par la publicité à un prix plus doux. Attendue initialement pour la fin de l'année en France, il faudra probablement patienter jusqu'en 2023 pour en savoir plus. En attendant, le groupe a brutalement remercié Bob Chapek, son CEO arrivé seulement trois ans auparavant, le 21 novembre dernier. Jugé responsable de cette déroute financière, à cause d'une stratégie axée exclusivement sur le streaming, Disney a rappelé Bob Iger, son ancien dirigeant, attendu comme le messie pour redresser la barre et les comptes du groupe américain.

© JStone / Shutterstock.com

Les deux groupes vont par ailleurs faire des économies, en réduisant la voilure sur de nombreux projets couteux et plus risqués. L'objectif est de produire moins, mais plus fort, en s'axant sur des genres et des licences appréciées du plus grand public.

Quelques jolis succès, et des échecs cuisants

L'année 2022 de la SVOD n'a pas été uniquement traversée de nuages sombres. Les plateformes ont rencontré de très jolis succès, avec à la clé quelques vrais hits qui ont marqué la période.

Netflix pour débuter a pu compter sur la saison 4 de Stranger Things ou Dahmer pour créer l'évènement avec des scores d'audience à faire pâlir de jalousie les chaines de TV traditionnelles. Disney+ a une nouvelle fois pu compter sur Marvel Studios et Star Wars, avec Obi-Wan Kenobi, pour recruter toujours plus de fans de ces univers.

Difficile d'oublier également Le Seigneur des Anneaux : les Anneaux de Pouvoir, et sa qualité visuelle qui n'a rien à envier à celle d'une méga-production cinématographique et qui a fait entrer le SVOD dans la Cour des grands d'un point de vue industriel et de la fabrication, ou le spin-off de Game of Thrones, House of the Dragon, qui a fait les belles heures d'HBO Max à la rentrée.

© Amazon Prime Video

En décembre 2022, les spectateurs français ont pu aussi découvrir Paramount+, l'offre du studio éponyme, apportant toujours plus de séries et de films issus de ses catalogues.

2023 ne s'annonce pourtant pas sous les meilleurs auspices. Lionsgate+ fermera ses portes dans les premiers mois de l'année. Salto pourrait aussi mettre la clé sous la porte, sauf à trouver un repreneur. OCS perdra les droits du catalogue HBO avant la fin de cette année et pourrait se faire racheter par Canal+. Aux États-Unis enfin, HBO Max pourrait disparaitre au profit d'une nouvelle plateforme, Max, et plusieurs séries ont déjà quitté le service avec parmi elles la très célèbre Westworld.

La période dorée du streaming est désormais derrière nous. Avec une concurrence féroce, et un pouvoir d'achat des ménages en baisse, les plateformes sont revenues brutalement sur Terre et doivent faire face à l'âge de raison. Et il n'y aura pas de place pour tout le monde.

Par Mathieu Grumiaux

Grand maître des aspirateurs robots et de la domotique qui vit dans une "maison du futur". J'aime aussi parler films et séries sur les internets. Éternel padawan, curieux de tout ce qui concerne les nouvelles technologies.

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Commentaires (0)
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Commentaires (10)
yam103

La recette est classique: dumping économique pour asphyxier les concurrents. Maintenant qu’il reste 2 ou 3 acteurs majeurs américains pour ne pas tomber sous le coup des lois anti trusts, ils vont pouvoir remonter tranquillement leur prix pour devenir rentable.

Than

Il n’y aura pas de place pour tout le monde pour une raison simple : les spectateurs n’ont ni un budget illimité, ni un temps disponible pour de la vidéo illimité.

A quand la licence globale ? :o))))))))

weedhopper

Supprimer la partage de mot de passe reviendra à multiplier le prix de l’abonnement par 4 pour netflix.
Donc…

luck61

La quantité ne fait pas la qualité, après pour ceux qui n’ont que ça à faire de leurs soirées et week end c’est sur

Inconnu

Pas grave, volontairement sectaires et obstinés à vouloir tirer la couverture pour eux seuls, incapables de coopérer ensemble pour proposer une réelle interpolation entre tous, ils iront taper sur le streaming illégal pour cacher leur incompétence à proposer une offre digne de ce nom qui respecte l’utilisateur et continuerons à obliger le client à souscrire à plusieurs offres simultanément pour qu’il puisse avoir accès à un vrai catalogue : Pouvoir regarder sur un seul compte toutes les productions, offre mondiale sans restriction de pays, etc … Eux ont tout compris depuis longtemps. Que touts ces majors commencent déjà par proposer une offre comparable à un prix raisonnable !

gregelhombre

On parle des succès mais quels sont les échecs ?

dredd

On fait le bilan calmement
En s’remémorant chaque instant
En pensant au temp d’avant
Où fallait pas dix abonnements

JohnnyG

C’est pas avec la nouvelle politique de Netflix qu’on se dirige vers une diversification du cinema et des series.
Finalement c’est presque comme pour la musique ou ce qu’on entend a la radio n’est qu’une version a peine remaniée de ce qu’il y avait avant… Les nouveaux artistes ont du mal a proposer un univers qui tranche, et bien souvent pour ne pas prendre de risque le label impose une reprise comme premier titre…

rsebas3620

j’aime bien l’expression « abonné trop cher » comme si en plus de payer l’abonnement, on avait en reel impact sur
-le cout de netflix (alors que c’est eux meme qu’ils ne sont pas foutu de se reguler tout seul)
-la qualité proposé (encore une fois l’abonné n’a tres peu son mot dire a part un pouce j’aime j’aime pas ou j’adore)
-le nombre de chose proposé (la aussi par le meme biais)

au final on veut faire culpabiliser l’abonné en disant « wouah tu coute trop cher avec tes exigences, on va monter le prix » alorq qu’au final c’est netflix qui se trompe de cible et fait payer a l’abonné son manque de relfection sur ce que veux l’abonné

et il font tous pareils, il y a tellement de series sur le wokisme, les non binaire et non genré qu’a la fin tu as l’impression de regarder une seule et unique chose, un non divertissement militantiste qui ne sert a rien a part dire "nous chez netflix (ou disney ou les autres) on a les balls pour denoncer " alors qu’au final on veut juste etre diverti ,par quelque chose d’interressant et de frais

jedig73

hausse de prix, multiplication des plateformes, qualité des programmes peu au RV ( wokisme, feminisme, lgbt, sont au finale plus negatif que positifi pour le secteur, les majors s’en appercevront peut etre trop tard…) , baisse du pouvoir d’achat (- a cause de l’energie entres autres) des menages mondiale… Il en faut pas plus pour voir le debut de la descente de la courbe de progression( comme celle du covid en cloche) . Il y a seulement 4 ans 2 ou 3 plateformes et un prix acceptable etait suffisant, mais comme ca marchait, tout le monde veut sa part ( cf Disney+) et le prix s’envole ( et donc de moins en moins adapté aux menages, meme moyen).