Les satellites Starlink pourraient bientôt être impliqués dans 90 % des alertes de collisions spatiales

19 août 2021 à 18h00
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Avec 1 700 satellites en orbite, la constellation Starlink représente déjà un risque majeur de collision en orbite basse. C’est ce que démontre une enquête publiée sur le site Space.com, citant plusieurs sources scientifiques. Et les choses ne devraient pas aller en s’arrangeant, puisque les satellites de SpaceX pourraient bientôt être impliqués dans plus de 90 % des alertes !

Des chiffres effrayants qui s’expliquent en réalité par l’ampleur de la constellation Starlink, qui représente déjà près de la moitié des satellites actifs en orbite.

Près de 1 600 passages rapprochés chaque semaine

Dans un récent dossier, nos confrères de Space.com nous révèlent que les satellites de la constellation Starlink sont impliqués, chaque semaine, dans près de 1 600 « rencontres rapprochées » avec d’autres satellites ; un terme qui désigne un croisement à moins d’un kilomètre. Une distance qui peut sembler importante, mais qu'il convient de relativiser dès lors que la localisation de certains satellites et débris n'est précise qu'à quelques centaines de mètres.

D’après le chercheur britannique Hugh Lewis, ces passages très rapprochés représentent déjà un risque majeur de collision spatiale, particulièrement entre les satellites de SpaceX eux-mêmes, puisque les deux tiers des alertes concernent des passages rapprochés entre deux satellites Starlink.

Pour l’instant, aucune collision n’a été relevée sur la constellation, même si plusieurs Starlink ont déjà dû effectuer des manœuvres d’évitement. Mais pour le chercheur, le risque ne fera que s’accroître. Si SpaceX arrive effectivement à déployer les 12 000 satellites de première génération, alors la compagnie d’Elon Musk devrait être impliquée dans près de 90 % des risques de collision. En conséquence de quoi, la société privée SpaceX aura quasiment le « monopole » sur la sécurité de l’orbite basse.

Quand SpaceX domine l’orbite basse

Les chiffres parlent en effet d’eux-mêmes. Selon les estimations, il y aurait actuellement entre 6 500 et 7 300 satellites en orbite, sans compter les étages supérieurs de lanceurs et autres débris. Sur ce nombre, un peu plus de 3 500 seraient actifs, dont 1 700 pour le seul réseau Starlink ! Et depuis quelques années, le nombre de satellites intégrés à chaque lanceur augmente significativement. En attendant que d’autres opérateurs déploient également des méga-constellations, c’est bel et bien SpaceX qui dominera l’orbite basse par le nombre de ses satellites.

Pour les autorités qui gèrent les risques de collision spatiale, ce « monopole » représente un véritable danger. En effet, SpaceX n’opère des satellites que depuis deux ans, et se retrouve déjà responsable de la sécurité collective en orbite basse malgré un certain manque d’expérience. De plus, la compagnie d’Elon Musk compte sur l’automatisation des protocoles d’évitement, ce qui modifie régulièrement les orbites des satellites et complexifie en permanence les calculs de trajectoires de collision.

Enfin, SpaceX reste un acteur privé, et chaque procédure d’évitement consomme du carburant, et réduit la durée de vie des satellites. Face à un débris dont la position exacte n’est pas connue précisément, un opérateur privé pourrait être tenté de conserver sa trajectoire en espérant éviter la collision. C’est d’ailleurs ce qui s’était passé en 2009 quand, malgré l’alerte, Iridium avait choisi de ne pas intervenir, entrainant la collision entre Iridium 33 et Kosmos-2251. Et l'attitude de SpaceX lors d'évènements passés semble en effet démontrer que la firme américaine ne place pas du tout son curseur de risque au même niveau que les entités étatiques.

Un problème international

En tant que premier gros opérateur de méga-constellation, SpaceX est naturellement soumis au feu des critiques. Toutefois, les risques évoqués par Hugh Lewis ne concerneront pas la seule entreprise d’Elon Musk. Kuiper, la constellation concurrente d’Amazon, pourrait compter plus de 3 000 satellites. Telesat et OneWeb comprendront plusieurs centaines de satellites, et le futur réseau militaire américain pourrait se reposer sur plusieurs milliers de satellites « consommables ».

Même en automatisant les détections et les procédures d’évitement, il sera statistiquement très compliqué d’éviter des collisions, qui créent un nombre gigantesque de débris qui, contrairement aux satellites actifs, ne peuvent être déviés d’une trajectoire de collision. Or, la majorité des débris actuellement en orbite basse résultent de deux évènements uniquement, la destruction volontaire d’un satellite chinois en 2007, et la collision accidentelle (mais évitable) de 2009, récemment complétés par les conséquences d'un essai indien de 2019 .

Les initiatives de désorbitation volontaire, de remorquage ou de ravitaillement spatial pourraient permettre d’éviter que les dizaines de milliers de nouveaux satellites ne deviennent autant de débris incontrôlables d’ici quelques années. D’ici là, il faudra impérativement renforcer les efforts de coordination à l’échelle internationale, entre opérateurs privés, militaires et publics, afin d’éviter un effet domino dévastateur sur l’ensemble de l’orbite basse.

Débris spatiaux : une menace bien réelle © NASA Orbital Debris Program Office
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