En Russie, poster un mème peut vous mener en prison pour... extrémisme

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Le 08 septembre 2018
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putin mème

Accusés d'extrémisme, plusieurs internautes russes risquent la prison pour avoir posté quelques mèmes en ligne.

Dans un article daté du 1er septembre, le Guardian relate le récit de plusieurs utilisateurs russes dont la vie risque de basculer suite à plusieurs publications en ligne. Pour avoir publié des mèmes en ligne, ils risquent désormais la prison.

Mème combat

Pour rappel, les mèmes consistent en des éléments, souvent humoristiques, repris de façon virale sur le web. L'un des mèmes particulièrement connus est le rickroll, dont la blague résidait dans le fait d'envoyer la chanson Never donna give you up via un lien apparemment sans rapport pour que le destinataire clique dessus.

Dans le cas des utilisateurs russes concernés, ceux-ci ont par exemple posté des images montrant une image de nonnes allumant des cigarettes, accompagnée de la mention « Quick, while there's no God », que l'on peut grossièrement traduire par « Vite, pendant que Dieu n'existe pas ».

Un autre utilisateur a partagé une image sur VKontakte, l'équivalent russe de Facebook, montrant le visage de Jon Snow à la place de celui de Jésus, avec une légende disant « Jon Snow est ressuscité ! ». Parce qu'ils ont partagé ces images sur le web, Maria Motuznaya et Daniil Markin risquent respectivement six et cinq ans de prison. Tous deux âgés de moins de 25 ans et vivant dans la région de Barnaul, sont désormais été fichés comme extrémistes russes à cause du contenu des mèmes.

Incitation à la haine et infractions aux croyances religieuses

Comme l'explique le Guardian, l'on ne sait pas pourquoi les autorités ont un tel intérêt pour l'extrémisme présumé en ligne. Néanmoins, il semblerait que l'extrémisme soit assez facile à prouver dans ce type de cas, ce qui ferait logiquement augmenter le nombre d'arrestations fructueuses de la police. Pour arriver à ses fins, il semblerait qu'elle collabore avec le réseau social VKontakte, qui serait obligé de remettre les données personnelles des utilisateurs aux autorités.

« État réexaminait la manière d'appliquer ses lois controversées »


Pour sa part, le directeur du Centre Sova de Moscou, Alexander Verkhovsky a indiqué que ces polémiques avaient lieu alors que l'État réexaminait la manière d'appliquer ses lois controversées. La loi 182 portant sur l'incitation à la haine ainsi que l'article 148 sur les infractions aux croyances religieuses sont concernés. Verkhovsky a ajouté : « Cette année est différente en ce sens qu'elle est en quelque sorte liée à la discussion publique sur les changements proposés à la législation ».

Selon le rapport annuel (2017) de l'association à but non lucratif Freedom House, la Russie obtient le score de 66 sur 100 lorsqu'il s'agit de la liberté sur le net, 0 étant la meilleure note et 100 la moins bonne note. Dans le détail, le rapport évoquant le fait que LinkedIn ait été banni du pays, que le contenu LGTB+ ait été censuré et que l'accès aux VPN ait été largement limité. L'organisation considère aussi que le statut de la liberté de la presse dans le pays est « non libre ». En comparaison, le score de la Chine est de 87, là où celui de la France est de 26.

Modifié le 07/09/2018 à 15h05
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