Invendus consommables : Amazon dans le viseur du gouvernement, qui compte légiférer

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Le 15 janvier 2019
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amazon entrepôt
Getty Images

Le géant mondial du e-commerce détruirait environ 3 millions de produits invendus chaque année en France. Pour lutter contre cette pratique choquante, l'État va proposer une loi au Parlement.

Depuis plusieurs années, des dizaines de millions de Français sont devenus clients d'Amazon, le géant mondial du e-commerce. Dimanche 13 janvier, M6 diffusait un nouveau numéro de Capital consacré en partie à la firme de Jeff Bezos. Et le constat des équipes du magazine est accablant : chaque année, Amazon détruirait plus de 3 millions de produits invendus rien qu'en France. Invitée à réagir en plateau, Brune Poirson, Secrétaire d'État auprès du ministre de la Transition écologique et solidaire, a promis de proposer une loi au Parlement dans les prochains mois, pour lutter contre le gaspillage.

« 70 à 80 % des produits jetés encore vendables »

Pour rassembler les éléments nécessaires à l'enquête, les équipes de Capital ont pu observer et décortiquer les process d'Amazon pendant plusieurs mois, en infiltrant l'entreprise et en recueillant les témoignages d'anciens employés de la firme. Celui de Julie, ex-Responsable d'équipe Amazon, est assez triste : l'entreprise de commerce en ligne se débarrasse des produits qui ne trouvent pas preneur : « Vous avez des produits neufs parmi ceux jetés », indique-t-elle en précisant que « 70 à 80 % » des produits jetés sont encore vendables.

Sur la politique de destruction des invendus, les cinq entrepôts français sont concernés. À Saran, dans le Loiret, ce sont des livres, des couches, des boites de Lego, de Playmobil ou parfois des téléviseurs qui passent à la trappe. À Chalon-sur-Saône, en Saône-et-Loire, l'un des plus petits sites en France de l'entreprise américaine, 293 000 produits ont été envoyés à la casse, presque tous neufs, en seulement neuf mois. Si l'on reporte ce chiffre à l'ensemble de la France, on estime que plus de 3 millions de produits auraient été détruits dans les entrepôts français d'Amazon.

Amazon se propose de détruire les stocks via un système incitatif

Dans les faits, si des produits proposés sur l'immense marketplace d'Amazon (là où les nombreux revendeurs proposent leurs stocks) ne se vendent pas, la firme de Seattle se propose de les retourner à l'entreprise vendeuse, moyennant une somme d'argent, ou bien de les détruire, moyennant une très faible somme d'argent.

En Chine par exemple, une entreprise localisée à Shenzhen qui a bien voulu témoigner dans le magazine, indique qu'Amazon lui impose des frais de stockage colossaux pour conserver ses produits aux États-Unis ou en Europe : 26 € par mètre cube et par mois, puis 500 € lorsque le stockage dépasse les 6 mois, et enfin 1 000 € lorsque celui-ci dépasse les 12 mois. Pour éviter ces lourds frais, Amazon propose alors à son vendeur une solution radicale et nettement moins coûteuse : la destruction, pour seulement 0,15 centimes d'euro par produit. Une technique bien incitative et efficace pour la société.

Amazon se défend et indique ne détruire qu'une « petite fraction des produits invendus »

Au jeu de la responsabilité, Amazon la renvoie à ses vendeurs, prétextant que les stocks détruits ne lui appartiennent pas. En revanche, concernant ses propres produits, l'entreprise américaine envoie une partie de son stock chez des soldeurs ou à des œuvres sociales comme Emmaüs.

À ce propos, Amazon a répondu, au lendemain de la diffusion du magazine, que « seulement une petite fraction des produits invendus est détruite », et rappelé que « la grande majorité est recyclée, revendue, retournée ou donnée. Par exemple, nous faisons régulièrement des donations pour des associations. [...] Nous nous efforçons de réduire le nombre de produits pour lesquels nous n'avons d'autre choix que la destruction, notamment en portant le sujet auprès des autorités compétentes ».



Une loi pour lutter contre le gaspillage étudiée par le Parlement d'ici cet été

Questionnée par Julien Courbet, Brune Poirson promet que « dans les mois à venir, d'ici l'été, il y a une loi qui va passer au Parlement ». La secrétaire d'État a fait part de son intention d' « interdire ce type de pratique. Des marketplaces comme Amazon ne pourront plus jeter des produits qui sont encore consommables. Elles ne pourront pas non plus rendre impropres à la consommation des produits qui pourraient être utilisés ».



Comment le gouvernement compte-t-il s'y prendre ? Brune Poirson considère que les entreprises comme Amazon doivent trouver elles-mêmes les moyens nécessaires, comme « le don aux associations », suggère-t-elle. Et si les géants du e-commerce ne se mettent pas au diapason, des sanctions financières seront prises et des sanctions pénales, comme des peines de prison, pourraient même être prononcées.

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