Une participation française à Dragonfly, la mission qui partira voler sur Titan

Eric Bottlaender
Par Eric Bottlaender, Spécialiste espace.
Publié le 16 mars 2022 à 08h25
Vue d'artiste de la mission Dragonfly sur le sol de la lune Titan. Crédits : NASA
Vue d'artiste de la mission Dragonfly sur le sol de la lune Titan. Crédits : NASA

Voilà une raison de plus de suivre la préparation de ce robot multi-rotor qui devrait décoller pour la plus grande lune de Saturne en 2027. Le CNES et la NASA ont signé un accord pour une contribution française à Dragonfly : le chromatographe en phase gazeuse de DraMS, l'un de ses quatre outils scientifiques principaux.

Une marque de confiance, mais aussi un sacré travail à fournir pour les laboratoires français !

Une destinée titanesque

Dragonfly est l'une des plus ambitieuses missions robotisées qui se dessine pour la fin de la décennie 2020. Un robot de 450 kg, à huit rotors, équipé de patins et d'une pile radioactive thermique RTG, qui aura la difficile mission d'aller se poser puis s'envoler à plusieurs reprises pour parcourir le paysage de… Titan.

À pratiquement 1,5 milliard de kilomètres de son point de départ, Dragonfly disposera d'amples fonctions pour étudier son environnement de façon autonome, et quatre suites instrumentales principales. La première est centrée sur sa vision avec la DragonCam, la deuxième est une petite station météo couplée à un sismomètre, DraGMet, la suivante est l'ensemble de spectrométrie de masse DraMS, et le dernier est le spectromètre neutron - rayon gamma, ou DraGNS, qui examinera la composition du sol sous l'engin volant. La France, via un accord tout juste signé entre le CNES et la NASA, participera à cette mission, en particulier sur l'instrument DraMS (et sur DraGMet).

La France, et pas n'importe laquelle…

Le LATMOS (Laboratoire atmosphères, milieux et observations spatiales, CNRS/Université Paris Versailles, Saclay/Sorbonne) s'occupera de la contribution principale, un chromatographe en phase gazeuse, le DraMS-GC. Il permettra, avec le reste de la suite DraMS, de rechercher et d'identifier une gamme de composés organiques et même de potentielles biosignatures dans des échantillons d'atmosphère et de surface.

Une participation qui fait directement référence à l'instrument SAM de Curiosity, actuellement dans sa dixième année de fonctionnement sur la surface de Mars : son chromatographe en phase gazeuse était déjà un apport du LATMOS, et du LESIA (les laboratoires LISA et LGPM participeront aussi à Dragonfly).

Titan et son épaisse atmosphère, observée avec Saturne en fond… Crédits : NASA/JPL-Caltech
Titan et son épaisse atmosphère, observée avec Saturne en fond… Crédits : NASA/JPL-Caltech

La libellule la plus lointaine de sa génération

Voilà une excellente nouvelle pour les scientifiques français, qui pourront donc participer à l'exploration active de l'une des plus impressionnantes (et à de nombreux égards, l'une des plus mystérieuses) lunes de notre Système solaire.

Titan, sur laquelle l'atterrisseur européen Huygens s'était posé en 2005, reste unique avec sa dense atmosphère chargée de CO2, ses lacs d'hydrocarbures et ses blocs de glace orangée. Voler sur place sera un exercice aussi ambitieux que périlleux. Une aventure et une opportunité unique cependant : il s'agira là de la première mission en 30 ans à partir plus loin que Jupiter (depuis Cassini en 1997), avec un atterrissage prévu sur Titan en 2034.

Source : CP

Par Eric Bottlaender
Spécialiste espace

Je suis un "space writer" ! Ingénieur et spécialisé espace, j'écris et je partage ma passion de l'exploration spatiale depuis 2014 (articles, presse papier, CNES, bouquins). N'hésitez pas à me poser vos questions !

Vous êtes un utilisateur de Google Actualités ou de WhatsApp ?
Suivez-nous pour ne rien rater de l'actu tech !
Commentaires (0)
Rejoignez la communauté Clubic
Rejoignez la communauté des passionnés de nouvelles technologies. Venez partager votre passion et débattre de l’actualité avec nos membres qui s’entraident et partagent leur expertise quotidiennement.
Commentaires (3)
fredolabecane

C’est quoi une pile radioactive thermique RTG?

ebottlaender

Officiellement un « Générateur Thermique à radioisotope »
Ce sont des palets de plutonium qui sont chargés dans un tube étanche. Leur chaleur est convertie en électricité qui sert pour le véhicule. Le gros avantage, c’est que c’est stable, prévisible pour des missions de plus de dix ans, et que ça évite d’avoir des panneaux solaires (permet aussi de fonctionner dans toutes conditions y compris la nuit, et de chauffer au besoin le véhicule).

kplan

Une pile qui produit de la chaleur par désintégration nucléaire pour qu’elle soit convertie en électricité.
C’est basique mais efficace.

Edit : devancé :smiley: