Entretien avec Jean-Louis Levet, président de l'AFDIE

Par Jérôme Bouteiller
le 24 mars 2000 à 00h00
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Jean-Louis Levet, profeseur associé à l'Université de Poitiers, est président de l'Association française pour le développement de l'intelligence économique (AFDIE) et directeur de la Revue d'Intelligence Economique (RIE). Jean-Louis Levet est également Ch

Jean-Louis LEVET, profeseur associé à l'Université de Poitiers, est président de l'Association française pour le développement de l'intelligence économique (AFDIE) et directeur de la Revue d'Intelligence Economique (RIE). Jean-Louis Levet est également Ch

PN - MonsieurJean-Louis Levet, bonjour ! L'AFDIE (Association Française pourle Développement de l'Intelligence Economique), depuis sacréation en 1996, a connu un succès étonnant. Commentexpliquez-vous cette réussite ?

JLL - L’AFDIEa pris le pari de commencer par un véritable travail de fond ;avant de communiquer sur l’I.E, il faut d’abord, loindes préjugés et des confusions, savoir ce que recouvre l’I.Eet en quoi cela peut être une démarche pertinente et efficacepour les organisations. De plus le travail que nous menons exigeque se rencontrent, d’une manière toujours plusapprofondie, les mondes de l’entreprise, des régions, de l’enseignementet de la recherche, et de l'administration. Une véritableapproche pluridisciplinaire a vu le jour permettant, aujourd’hui,d’avancer sur les concepts et les pratiques de l’I.E.

Les dirigeants d’entrepriseou les responsables de collectivités territoriales, nous fontpart de leurs attentes, ainsi que de leur expérience en matièred’I.E, mais nous les aidons aussi à saisir ce qu’unedémarche d’I.E peut leur apporter et comment il leur estpossible de se la réappropprier.

N'oublions pas aussi quedes partenariats stratégiques forts nous aident à poursuivre etatteindre nos objectifs ; je citerai par exemple la DATAR oul'Institut National Polytechnique de Toulouse, avec lesquels nousmenons plusieurs actions.

La force de l’AFDIEaujourd’hui est de se positionner, depuis le début, commel'instance d’intermédiation dans le champ de l’I.E, etd’être identifiée comme telle.

PN - La Revued'Intelligence Economique n°4 qui vient de paraître, expose unedizaine d'expériences en IE mises en place dans de grandsgroupes ainsi que dans des PME-PMI. Quels enseignementstirez-vous de ces témoignages ?

JLL - Je crois queplusieurs enseignements se dégagent : ce témoignage par écrit,donc cet engagement fort, de 11 dirigeants d’entreprise,démontre qu’il est enfin possible, en France, de débattrede l’I.E, en partant du domaine le plus directement etconcrètement concerné, à savoir, l’entreprise. Un tabouest certainement en train de disparaître.

Cette 4èmelivraison de la Revue d’Intelligence Economique, à laquelleont contribués aussi bien des dirigeants de grands groupes quede Pme/Pmi, prouve aussi que quelle que soit la taille et ledomaine d’activité, développer une démarche d’intelligenceéconomique devient aujourd’hui nécessaire pour l’entreprise,dès l’instant où elle fait le choix de la croissance et del’innovation.

Il ressort d’ailleursde ces différents articles, que s’il n’existe pas dedémarche d’intelligence économique clé en main dans lamesure où celle-ci doit tenir compte des spécificités dechaque situation, un certain nombre de convergences se dégagentdes différents processus.

Il serait long etmalgré tout imprécis de les énumérer ici, aussi je vousrenvoie à la lecture de cette 4ème parution.

PN - Considérez-vousque la France soit toujours en retard concernant la prise deconscience des enjeux liés à la maîtrise des fluxd'information ?

JLL - La France àfait de gros progrès ces dernières années, notamment dus àl'internationalisation croissante de nos entreprises et au rôlecroissant de la coopération inter-entreprise - donc del'échange - dans la production et la diffusion de l'innovation.Les universités multiplient également des formationss'inspirant d'une démarche d'I.E. La diffusion des NTIC peuventparticiper utilement à cette prise de conscience. Il restequ'une grande partie du tissu économique doit réaliser desefforts dans le domaine de la culture collective del'information, de même que le système administratif, auxsources d'organisation encore trop rigides et cloisonnées.

Notre principal défi :passer d'une pratique de l'adaptation sous contrainte, à unelogique de l'anticipation, par l'innovation.

PN - Lacréation du Carrefour des entreprises et d'un groupe"consultants" font partie de vos derniersdéveloppements. Pouvez-vous nous en dire plus à ce sujet ?

JLL - L’AFDIEvient de créer un "Carrefour des entreprises",véritable lieu d’échange et de savoir-faire, qui proposenotamment des formations en relation avec les avancéeseffectuées dans les ateliers sur différentes questions.

Ce Carrefour vapermettre d’établir, par le biais d’une constructioncommune, et en examinant des cas d’exemplarité, unréférentiel commun qui permettra de donner du sens à ladiversité des pratiques d’intelligence économique et d’établirune méthodologie commune à l’ensemble des entreprisesquelle que soit leur diversité.

Ce Carrefour regrouped'ores et déjà les entreprises adhérentes de l'Afdie, et seraprésidé par M. Robert Salmon, ancien vice-président en chargede la prospective au sein du groupe L'OREAL.

PN - Peut-ons'attendre un jour à la création d'une "CertificationAfdie" pour les consultants en Intelligence Economique ?

JLL - L’Afdiecomprend effectivement parmi ses adhérents un certain nombre deconsultants. Nous envisageons aussi, de créer un ‘’groupeconsultant’’. Cependant parler de certification estsans doute excessif.

Plus simplement, l’Afdiese propose de réunir régulièrement les consultants membres del’afdie, afin de travailler avec eux à faire progresser lesdémarches et réflexions à partir des expériences de chacun.Ce travail se concrétisera par la production d’un écritsous forme d’études de cas, d’analyse de situations.Ce groupe travaillera en symbiose avec le ''Carrefour desentreprises''.

PN - L'Afdieentend élargir ses actions "tant dans les régions qu'àl'échelle européenne, avec la préparation de projets communsavec de nouveaux partenaires de plusieurs pays européens",avez-vous déclaré dans Veille Magazine. Où en êtes-vous surce point là ?

JLL - Une de nosactions fortes s'orientent en ce sens :

Nous organisons, eneffet, mi-octobre, nos Secondes Rencontres Nationale etEuropéenne de l’I.E. Ces Rencontres (les 1ère ,en 98, avaient remporté un franc succès, en Midi-Pyrénées, àToulouse) auront lieu, en région Provence Alpes - Côte d'Azur,à Marseille et mettront l’accent sur la mise en œuvrede l’I.E dans les entreprises. Il s’agit, lors de cesrencontres de donner la parole à celles et ceux qui,quotidiennement, développent et mettent en pratique desdémarches d’I.E. Des responsables italiens, allemands,espagnols, etc seront conviés à participer aux divers débats.Ces derniers s'appuieront également sur les travaux que nousconduisons à l'AFDIE au sein de nos différents ateliers.

Signalons d'ailleurs,que parmi ces ateliers, l'un d'eux est consacré à lacomparaison des systèmes nationaux d'I.E.

PN - Afdie.com,votre site web, est en plein essor. Qu'attendez-vous de votreprésence sur Internet ?

JLL - Le faitd'être sur le net est, pour nous, un moyen pour promouvoir laconception de l'I.E telle que nous la développons, cela noussert aussi à informer un large public sur l'actualité del'association, les différentes actions que nous menons,l'agenda, etc.

Les personnes qui seconnectent à notre site peuvent aussi, par exemple, prendreconnaissance de la Revue d'Intelligence Economique ou se tenir aucourant des travaux des ateliers, ou encore consulter la Lettrede l'I.E.

Bien entendu des forumsentre les adhérents se mettent en place.

PN - L'Afdie àtravers ses ateliers, la RIE ou encore son réseaud'enseignants-chercheurs est une institution pilote en matièrede réflexion sur le concept d'intelligence économique. Quellessont les principales avancées sur ce domaine, notamment parrapport à sa définition de 1994 ?

JLL - L’AFDIEdéveloppe effectivement un corpus doctrinal et méthodologiquesur l’I.E, en combinant réflexions-intégration despratiques. Une avancée significative est qu’aujourd’huise développe une approche globale de l’I.E dans sesdynamiques : l’entreprise, le territoire, les acteurscollectifs.

L'autre avancéeconsiste en ce que les confusions entre les termes I.E, Veille(commerciale, technique, concurrentielle…), résolution deproblème, renseignement, se lèvent.

Pour l'Afdie, l'I.Edemeure un mode de pensée (détenir et interpréter l’informationpour agir) et un mode d’action (partager l’informationpour mobiliser). Ce qui change, c'est tout d'abord le fait queles entreprises entrevoient de mieux en mieux ce qu'une démarched'I.E peut leur apporter ; puis la prise de conscience que lamise en place d'une telle démarche s'accompagne d'un changementculturel (le pouvoir de l'info est dans son partage et non danssa détention) ; enfin, le but recherché est que les entreprisesse réapproprient cette démarche ; il en résulte que les portesd'entrée, pour la mise en place d'une démarche d'I.E dans lesentreprises, sont multiples

PN - Beaucoupde sociétés de conseil proposant des prestations en gestion desconnaissances (Cap Gémini, Euriware, Kade-Tech, CISI…)s'appuient en amont sur des méthodologies telles que par exempleMKSM, développée au CEA par Jean-Louis ERMINE. Pensez-vousqu'il soit possible, en matière d'IE, de développer desméthodologies de "gestion stratégique del'information" ?

JLL - Vouloirdéfinir une démarche clé en main de mise en œuvre del'I.E, revient sans nul doute à s'orienter vers une impasse.Cela s'écarterait de notre représentation de l'I.E, selonlaquelle il s'agit plutôt de tenir compte et de s'appuyer surles spécificités de chaques situations.

Cependant, comme je vousle disais précédemment, quelle que soit la diversité dessituations, des points communs, des convergences apparaissentdans les multiples démarches. Ainsi nous pouvons dire que lesclés de la réussite d'une démarche d'I.E dans les entreprisesrésident dans :
la capacité à expérimenter la mise en œuvre d’une démarche d’intelligence économique, spécifique à l’entreprise concernée. la mobilisation de l’ensemble des salariés autour de cette démarche. la gestion et le développement des projets en réseaux, à la fois en interne- entre les services de l’entreprise -, et en externe, - avec les différents fournisseurs de l’entreprise -. la recherche et la mise en œuvre de la coordination des acteurs internes et externes de l’entreprise, autour de projets communs. la valorisation du patrimoine de connaissance et de compétence de l’entreprise. la mise en relation de la démarche d’intelligence économique et du processus de décision.

PN - MonsieurLevet, je vous remercie !
Entretienréalisé par Patrice Nordey en Juin 1999
Modifié le 18/09/2018 à 14h07
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