NEO•Classics | Guardian Heroes, un trésor de la Saturn qui n'a rien perdu de sa superbe

Virgile Rasera
Spécialiste Gaming
17 mai 2020 à 11h11
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Guardian Heroes

Il y a bientôt 25 ans, bien avant l'excellent Streets of Rage 4, le développeur japonais culte Treasure redonnait ses lettres de noblesse au beat them all avec l'inoubliable Guardian Heroes.

Aux antipodes de la bataille des téraflops, de la 4K et des 60 fps, NEO•Classics vous propose un retour vers les origines du jeu vidéo. Du titre 2D en gros pixels au moins lointain jeu à la 3D hésitante, cette chronique vous invite à (re)découvrir les pépites vidéoludiques qui ont ouvert le monde au 10ème art...

« Jamais dans la tendance, mais toujours dans la bonne direction »

« Treasure ». Ce nom ne vous dit peut-être rien et pourtant il s'agit sans doute de l'un des plus grands studios de développement de jeux vidéo japonais de l'histoire. Derrière ce nom se cachent en effet des titres mémorables tels que Gunstar Heroes, Bangai-Ô, Radiant Silvergun, Ikaruga, Yu Yu Hakusho, Gradius V ou Sin & Punishment. Des titres dont la notoriété est inversement proportionnelle à la qualité, mais qui méritent tous d'être découverts encore aujourd'hui.

Parmi les merveilles les plus étincelantes forgées par le génial studio japonais figure un certain Guardian Heroes, sans nul doute l'un de mes titres favoris signé Treasure et celui dont je garde les meilleurs souvenirs de l'époque où j'ai pu m'y frotter pour la première fois. Et pourtant, on ne peut pas dire que le titre de Treasure soit sorti sous les meilleurs auspices.

Treasure

Nous sommes en 1996 et le genre du beat them all est tombé en désuétude après avoir connu son âge d'or à la fin des années 80. La Saturn et la PlayStation sont disponibles sur le marché depuis à peine plus d'un an et à l'époque tout le monde n'a d'yeux que pour les jeux en 3D revisitant des genres jusqu'ici cantonnés à la 2D et optant pour une approche se voulant le plus souvent réaliste.

Et pourtant en guise de premier titre sur console de nouvelle génération Treasure fait le choix d'un beat them all peuplé de gros sprites bien colorés porté par une direction artistique ancrée dans les standards de l'animation japonaise de l'époque. Un parti pris pour le moins audacieux, totalement à contre-courant, pour ne pas dire un peu fou ! Néanmoins le titre de Treasure est tout à fait à l'image de la Saturn qui s'impose rapidement comme le meilleur support pour les amateurs de jeux en 2D à l'ère du règne de la 3D.


Pour la petite anecdote, le studio Treasure a été fondé en 1992 par de jeunes programmeurs travaillant avant cela pour le compte de Konami Tokyo. Le fabuleux shoot'em up Axelay sorti sur Super Famicom est le dernier titre réalisé pour le compte de Konami par certains des futurs piliers du studio et est officieusement considéré comme le premier jeu Treasure.

Une petite révolution du genre

Guardian Heroes pourrait donc sommairement se définir comme un beat them all anachronique, mais ce ne serait pas faire honneur à ses immenses qualités. Le titre nous plonge dans un univers heroic-fantasy un peu loufoque comme l'animation japonaise en produit beaucoup à cette époque. Son univers coloré et un peu barré semble ainsi tout droit sorti d'un dessin animé, avec ses héros charismatiques et ses méchants diaboliques. L'introduction du jeu nous met d'ailleurs directement dans l'ambiance puisque il ne s'agit ni plus ni moins que d'un générique en bonne et due forme.


Cinq combattants nous sont proposés en début de partie, chacun disposant d'un style de jeu unique, mais aussi bien évidemment d'attributs et de coups spéciaux qui lui sont propres. Et cette singularité n'est pas juste là pour faire joli car le gameplay de Guardian Heroes emprunte aussi bien au jeu de baston à la Street Fighter qu'au RPG.

Bien avant Streets of Rage 4, Treasure a ainsi revigoré la formule du beat them all 2D en reprenant à son compte quelques mécaniques de jeu éprouvées par les grands noms du jeu de combat. Chaque protagoniste dispose ainsi d'une liste de coups spéciaux associés à des manipulations classiques d'un Street Fighter : quarts de cercles, demi-cercles ou shoryuken par exemple. Mais ça n'est pas tout. Les possibilités de combos sont nombreuses et peuvent donner lieur à des enchaînements interminables et dévastateurs. Entre coups normaux et spéciaux, magies, juggles, il y a vraiment de quoi se faire plaisir et infliger des dégâts monstrueux aux hordes d'ennemis déferlant sur nos héros. Surtout, la marge de progression dans la maîtrise de son personnage est à l'époque d'une ampleur assez inédite pour un jeu du genre.

Guardian Heroes
Le titre repose d'un système de combat d'une richesse inédite pour un jeu du genre à l'époque

Le système de combat de Guardian Heroes s'inscrit dans la droite lignée de celui de Yu Yu Hakusho sur Megadrive, également développé par Treasure. Encore aujourd'hui considéré comme le meilleur jeu de baston de la 16-bits de Sega, il était donc tout naturel de s'en inspirer pour imaginer l'excellente formule hybride de Guardian Heroes.

Autre emprunt bienvenu, les aires de jeux sont découpées en trois niveaux de profondeur entre lesquels il est possible de sauter, un peu à la manière des premiers Fatal Fury. Cela pourra sembler quelque peu artificiel et laborieux, mais ce découpage de l'espace à l'énorme avantage de placer notre personnage dans l'alignement de l'ennemi qui lui fait face et d'éviter les mauvaises appréciations des distances très souvent induites par la perspective adoptée dans les beat theam all en 2D.

Cela n'empêche toutefois pas l'action de manquer parfois de lisibilité tant les batailles peuvent vite devenir dantesques ! Entre le nombre d'ennemis affichés à l'écran, souvent déraisonnable pour les ressources de la Saturn, et le déchaînement d'effets pyrotechniques en tout genre, les parties de Guardian Heroes ne tardent jamais à se transformer en un joyeux bazar pas toujours facile à suivre !

Guardian Heroes

Les batailles peuvent rapidement devenir chaotiques !

De la castagne à la sauce RPG

Quant au RPG, son influence est là aussi manifeste : chaque coup porté s'accompagne d'un petit pécule de points d'expérience qu'il est possible de dépenser en fin de niveau pour faire évoluer son personnage. Celui-ci dispose de six attributs entre lesquels répartir des points et leur impact est manifeste en combat. Plus de dégâts pour les attaques normales, des magies qui évoluent, une rapidité accrue ou encore des sauts plus vifs sont quelques-unes des améliorations notables après chaque gain de niveau.

Guardian Heroes

L'écran d'attribution des points de caractéristiques à chaque fin de niveau

Mais Treasure va encore plus loin en imaginant une progression se déployant selon plusieurs embranchements. Chaque fin de niveau nous offre plusieurs choix pour décider de la suite de notre aventure. Et selon la décision prise, les environnements explorés, boss et mid-boss affrontés, mais aussi les événements ponctuant la quête de nos héros et la conclusion de celle-ci seront différents. Chaque partie est ainsi potentiellement différente de la précédente et il y a donc un vrai plaisir à refaire le jeu d'un bout à l'autre avec un personnage et des choix d'embranchements différents.

D'autant que le jeu ne manque pas d'humour, que l'histoire est vraiment amusante à suivre grâce à ses protagonistes hauts en couleur, et que pour ne rien gâcher il fait preuve d'une grande inventivité dans son bestiaire et ses décors. La bande-son du jeu est également un petit bijou de sonorités nineties, tantôt synthétiques, tantôt rock, tantôt jazzy, un pur produit de l'époque qui nous plonge immédiatement dans l'ambiance et n'a absolument rien perdu de son charme.

Guardian Heroes
La fin d'un niveau est l'occasion de choisir la prochaine étape de notre progression

Comme tous les titres proposant des modes de jeux à quatre joueurs ou plus, Guardian Heroes nécessitait l'acquisition du fameux multitap de la Saturn. Ce dernier avait la particularité d'ajouter six ports manettes à la console. Les jeux l'exploitant étaient rares et le plus connu d'entre eux reste le mythique Bomberman de la console de Sega, permettant à 10 joueurs de s'affronter, une folie !

La grosse marrade à plusieurs

La plupart des grands noms du beat them all doivent leur succès à la possibilité de partir à la filoche entre copains. Sans cela, leur progression linéaire et leur gameplay bas du front n'auraient probablement pas fait recette. Car y jouer seul en souligne assez rapidement les limites. Il en va tout autrement de Guardian Heroes auquel la richesse de son gameplay, le challenge qu'il propose, les multiples embranchements à emprunter et le système d'évolution des personnages confère un intérêt même pour le joueur solitaire. D'autant que ce dernier sera quoi qu'il en soit accompagné dès le début du jeu par un chevalier zombie auquel il est possible de donner des ordres simples et dont l'aide se révèle d'ailleurs souvent précieuse.

Je me souviens de nos parties endiablées sur le mode Versus du jeu. Nous avions fini par ne plus jouer au mode Story que pour débloquer de nouveaux combattant pour les essayer en Versus. Et si l'on devait faire les comptes, je suis à peu près certain que mes amis et moi avons passé au moins dix fois plus de temps sur ce dernier que sur la quête principale !

Pour autant, c'est évidemment à plusieurs que le titre de Treasure donne la pleine mesure de son potentiel. Il est ainsi possible de jouer jusqu'à quatre en mode Story et même jusqu'à six en mode Versus. Et contrairement à beaucoup d'autres beat them all de l'époque proposant également un mode Versus, celui de Guardian Heroes est un véritable jeu dans le jeu.

Guardian Heroes
Le mode Versus donne lieu à des bastons générales complètement délirantes

Chaque ennemi affronté dans le mode Story rejoint ainsi le casting du mode Versus jusqu'à atteindre un total de 45 combattants ! Sorte de Super Smash Bros avant l'heure, ce mode de jeu totalement délirant donne lieu à des bastons générales souvent hilarantes et prolonge dès lors considérablement la durée de vie déjà confortable du jeu.

En bref, vous l'aurez compris, Guardian Heroes est un indémodable classique qui n'a absolument rien perdu de son intérêt. Le titre a ailleurs été remasterisé en 2011 pour le Xbox Live Arcade et une réédition aujourd'hui ne serait pas de refus !
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