Pourquoi la Suisse est-elle considérée comme le cœur de la vie privée ?

Matthieu Legouge
Spécialiste Hardware
30 mars 2022 à 13h12
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drapeau suisse

La protection des données personnelles et le respect de la vie privée sont des enjeux de mieux en mieux compris du grand public. Il faut dire que les scandales et les affaires relatifs aux données personnelles explosent et sont de plus en plus médiatisés. Les outils et services censés nous y aider se multiplient. Parmi eux, un large panel d’entreprises met en avant la localisation géographique comme un argument majeur en faveur du respect de la privée.

Pour appuyer cet article et les réflexions qui gravitent autour du sujet de la vie privée, nous avons contacté plusieurs acteurs du numérique suisses. Vous trouverez leurs réactions au fil de votre lecture et nous viendrons ajouter d'éventuelles réponses par la suite.

Ce qu'il faut retenir :

  • La Suisse compte parmi les pays les plus protecteurs en matière de droit des individus et au respect de la vie privée et est l’un des rares pays à avoir intégré une réglementation sur le traitement des données personnelles à sa Constitution.
  • Non-signataire des accords de surveillance internationaux (Five Eyes, Nine Eyes, Fourteen Eyes), la Suisse échappe à l’emprise des services de renseignement.
  • Jugée par l’UE comme offrant un niveau de protection des données adéquat, la Suisse a mis du temps à moderniser sa législation, au point de voir cette décision d’adéquation remise en cause par la Commission européenne. Elle est aujourd’hui en passe de faire entrer en vigueur une version révisée de sa loi de 1992 sur la protection des données. Celle-ci offrira un cadre similaire au RGPD, quoique moins exigeant sur certains points.
  • Partager des données personnelles est une infraction au regard de l’article 271 du Code pénal suisse. Seule une ordonnance d’un tribunal suisse peut sommer une entreprise de laisser l’accès aux données qu’elle détient.


Considérée comme un bastion du droit des individus, la Suisse vient en première position des pays dans lesquelles nos données personnelles seraient plus en sécurité qu’ailleurs. Cette affirmation est-elle seulement vraie, et si oui : pourquoi ?

Des services qui misent sur la confidentialité

Threema, ProtonMail, Infomaniak, Tresorit, SecureSafe, Silent Circle, pCloud … sont autant de sociétés dont vous avez sans doute entendu parler ces dernières années. Leurs points communs ? Proposer des services et outils numériques, aussi bien auprès des entreprises qu’auprès des particuliers, en mettant l’accent sur la confidentialité et en offrant des garanties en matière de protection de la vie privée. Qu’il s’agisse de services mails, d’hébergement et stockage cloud, ou encore de messagerie instantanée, ces entreprises communiquent beaucoup autour de ce qu’offre le droit suisse. Le pays est souvent mentionné comme étant l’un des plus protecteurs en matière de vie privée.

privacy

Dans un contexte où l’emprise des GAFAM semble toujours s’intensifier malgré les scandales et les révélations, à l’heure des lanceurs d’alertes et des mobilisations citoyennes de grande envergure face aux dispositifs de surveillance des gouvernements, avoir recours à des services basés en Suisse change-t-il vraiment quelque chose à l’équation ?

Sphère privée et secret bancaire

Avant de parler des potentiels atouts des outils numériques helvètes, il convient d’évoquer certains faits qui font de la Suisse une destination prisée. Avant d’être considérée comme une valeur sûre pour nos données personnelles, la Suisse a d’abord été un paradis fiscal en raison du secret bancaire.

UBS

Un véritable bras de fer diplomatique s’est joué et a débouché sur certains accords entre pays dans le but de faire tomber ce secret bancaire. Si bien que la Suisse s’apparente aujourd’hui plus à un « refuge » fiscal qu’à un paradis pour les contribuables français (entre autres). Les Helvètes se sont en effet longtemps reposés sur le droit civil et la protection de la sphère privée, protégés par la Constitution fédérale, pour faire de leur pays une destination prisée dont l’économie est largement portée par les activités bancaires.

Ce droit au respect de la vie privée n’est d’ailleurs pas le seul atout suisse en matière bancaire, comme d’hébergement de données. L’image de discrétion et de fiabilité à l’internationale dont jouit le pays le distingue, tout autant que sa stabilité économique et politique, sa neutralité, et la solidité de son système judiciaire.

Voilà pour le contexte, bien connu, de ce pays dont les spécialités sont loin de s’arrêter à la charcuterie et au fromage. Dirigeons-nous toutefois vers ce qui nous intéresse, à savoir les lois qui s’appliquent en matière de protection des données pour les entreprises basées en Suisse.

Protection des données : un droit fondamental inscrit dans la Constitution

La Suisse est l’un des rares pays qui intègrent le traitement des données personnelles à sa Constitution. Il s’agit plus précisément de l’article 13 de la Constitution, garantissant aux citoyens suisses que leurs données ne peuvent être exploitées sans leur consentement préalable.

Art. 13 Protection de la sphère privée

1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile, de sa correspondance et des relations qu’elle établit par la poste et les télécommunications.

2. Toute personne a le droit d’être protégée contre l’emploi abusif des données qui la concernent.

Ce droit fondamental est concrétisé par plusieurs lois, à commencer par le Code civil suisse qui protège en cas d’atteinte illicite à la personnalité, ainsi que la Loi fédérale sur la protection des données de 1992 (LPD). Cette dernière oblige les entreprises à respecter un certain nombre de dispositions qui concernent cette fois-ci aussi bien les résidents suisses que les étrangers. Sa portée extraterritoriale s’étend également aux entreprises étrangères, qui se doivent de respecter ses dispositions lorsqu’elles traitent les données des résidents suisses.

RGPD

Révisée et adoptée le 25 septembre 2020, la nouvelle version de ce texte accuse quelques lenteurs dans sa mise en place et devrait entrer en vigueur courant 2022. Elle reprend les fondements du Règlement Général sur la Protection des Données (RGPD) européen, dans l’objectif de conserver le niveau de protection adéquat stipulé au sein de la convention 108 pour la protection des personnes à l'égard du traitement automatisé des données à caractère personnel édicté par le Conseil de l’Europe.

Un contexte loin d’être idyllique

Si les entreprises suisses sont tenues de respecter des lois qui offrent l'un des niveaux de protection parmi les plus élevés au monde, cela ne signifie pas pour autant que tout soit parfait. Les banques et les entreprises du numérique profitent de ce cadre juridique pour proposer des services avec un niveau de confidentialité supérieure ; pour autant le renforcement des droits des personnes et des obligations des entreprises avec la révision de la LPD s’est fait à pas de tortue. La LPD révisée se rapproche fortement des standards européens, notamment avec la prise en compte des concepts de Privacy by Design et Privacy by Default. Dans les faits, la LPD comble un écart colossal entre sa version de 1992 et sa version révisée, mais elle reste un peu plus laxiste que le RGPD sur plusieurs points.

En outre, la Suisse s’est récemment fait remarquer dans plusieurs dossiers. On pense notamment au fait que la justice suisse aurait utilisé un logiciel d’espionnage israélien dans le cadre de plusieurs affaires, selon une enquête menée par la RTS. La police fédérale n’a pas précisé s’il s’agissait ou non de Pegasus, mais elle a tenu à rassurer en précisant une utilisation uniquement ciblée dans le cadre d’infractions graves.

Pegasus

La problématique soulevée ici est toutefois celle de la souveraineté numérique du pays, des questions auxquelles les citoyens suisses semblent attachés, comme le montre la récente polémique autour du choix des fournisseurs cloud de la Confédération. En adjugeant le contrat à Alibaba, Microsoft, Oracle et Amazon, la Chancellerie fédérale a créé la surprise et suscité de nombreuses levées de boucliers.

La souveraineté numérique du pays est en jeu, les acteurs américains étant contraints par le Cloud Act là où la loi chinoise oblige les entreprises à communiquer sans restriction avec les services de renseignement nationaux dans le cas d'Alibaba. Les objectifs et la portée de ces contrats se sont précisés dans un communiqué récent, expliquant notamment que la Confédération "ne prévoit pas de transférer des données sensibles nécessitant un niveau de protection élevé dans des nuages publics" donnant en exemple les données fiscales et de santé.

L'avis de Thomas Jacobsen (Infomaniak) à propos de la souveraineté numérique :

La souveraineté numérique est importante pour des raisons économiques, politiques et de sécurité.

Sur le plan économique, confier ses données à des acteurs cloud extra-européens, c’est défavoriser la création d’emplois, le développement d’un savoir-faire et la maîtrise technologique au niveau local. Les géants du Web ont aussi une grande expertise en matière de défiscalisation : le principe consiste à faire remonter la plus grande partie de leur chiffre d’affaires vers leur siège en Irlande où l’imposition sur les sociétés est bien plus faible que dans les autres pays européens. En basculant sur des technologies propriétaires, il devient difficile et très coûteux de migrer ses services vers un autre fournisseur, ce qui crée un lien de dépendance manifeste avec ces fournisseurs qui peuvent modifier leurs tarifs sans réelle concurrence avec le temps.

Sur le plan politique, les géants de la tech mobilisent d’énormes budgets de lobbying qui se chiffrent en millions pour influencer les décideurs politiques de l'UE et sponsorisent activement des évènements culturels ainsi que des institutions publiques, comme des écoles. Les récents évènements montrent aussi que ces multinationales tendent à adopter la position de leur gouvernement sur le plan géopolitique, ce qui peut avoir un impact important sur les données des utilisateurs. En concentrant toutes les données des entreprises et des États dans quelques entreprises, ces dernières acquièrent de fait une position stratégique pour le bon fonctionnement de la société.

Sur le plan de la sécurité, les conditions générales des géants de la tech sont claires : les données peuvent être redondées à tout moment dans différents pays pour assurer la fiabilité du service, ce qui les expose de fait aux lois extraterritoriales comme le Cloud Act. De plus, les données sont traitées par des logiciels développés par des entreprises dont le for juridique n’est pas en Europe, ce qui rend facile l’accès aux données par ces pays. De part leur statut monopolistique, les GAFAM sont aussi des cibles de choix pour les personnes malveillantes. Il suffit de lancer une recherche avec « faille sécurité » pour s’en rendre compte. Les problèmes de sécurité sont beaucoup moins fréquents avec des technologies Open Source comme OpenStack.

Lorsqu’on parle de souveraineté des données, il est important de considérer au moins trois dimensions : où sont stockées les données, le for juridique de la société qui maîtrise les infrastructures et le développement des logiciels et comment se finance l’entreprise.


En ce qui concerne notre position sur la décision de la Suisse :

La Confédération précipite la Suisse dans un rapport de dépendance très préoccupant. Encourager ce déséquilibre entraînera un coût d’opportunité et un manque à gagner immense pour les acteurs locaux suisses ou même européens. Cette affaire souligne combien il est facile de succomber à l’appel d’économies immédiates au détriment de l’acquisition de compétences et de l’enjeu à long terme.

L’aveuglement de la Confédération dans ce dossier stratégique nous conforte dans la nécessité de construire une alternative technologique indépendante. Elle est aujourd’hui plus indispensable que jamais.

Suite à cette décision technique, le sujet a été en revanche mis sur l’agenda politique du Parlement et une initiative populaire a été amorcée.

Pourquoi les entreprises suisses offrent-elles le meilleur niveau de protection au monde ?

Hormis son arsenal pénal, que nous aborderons ensuite via l’affaire ProtonMail, la Suisse peut se vanter de n’être signataire d’aucun accord international de surveillance. Depuis les révélations de l’ancien analyste de la NSA, Edward Snowden, le monde ouvre les yeux sur ce qu’est et comment s’exerce la surveillance électronique de masse, une surveillance qui est loin d’être le seul fait du gouvernement américain.

En occident, de nombreux pays ne peuvent espionner directement leurs citoyens en raison du cadre légal qui s’y applique. En France, l’intimité de la vie privée et le secret des communications électroniques sont protégés par la loi. Cela pousse les pays à la coopération, notamment avec la signature d’accords de partage de renseignements, des alliances connues sous le nom de Five Eyes qui regroupe les cinq grands pays anglophones, Five Eyes Plus, qui y ajoute la France, l’Allemagne et le Japon, Nine Eyes, ou encore Fourteen Eyes. Dans certains cas, elles permettent aux pays qui en sont membres d’outrepasser leurs propres lois nationales. C’est du moins ce que révèle le témoignage de Snowden qui qualifie lui-même les Fives Eyes comme « une agence de renseignement supranationale qui ne répond pas aux lois de ses propres pays membres ».

fourteen eyes © Clubic.com
Five Eyes, Nine Eyes et Fourteen Eyes : une surveillance de masse par procuration à laquelle de plus en plus de pays souhaitent participer

Il serait toutefois mensonger d’exclure la Suisse de toute alliance internationale impliquant un partage d'informations, comme nous l'avons vu à propos du secret bancaire. Les Helvètes participent notamment à un forum des services de renseignement des 27 états de l’UE, une institution qui permet un échange volontariste sur les problèmes communs aux services de renseignement. Le Counter Terrorism Group (CTG) est une branche de ce forum, fondé après les attaques du 11 septembre 2001, il se concentre quant à lui uniquement sur les affaires de terrorisme.

Cela nous amène à évoquer le cadre pénal qu’offre la Suisse. Les entreprises suisses sont contraintes par la loi à ne pas transmettre d’information concernant leurs utilisateurs à d’autres gouvernement ou entités (article 271 du Code pénal suisse). Seules les autorités suisses peuvent contraindre une entreprise à fournir des données personnelles, sous certaines conditions puisque les demandes étrangères se doivent d’être instruites et validées par un tribunal suisse. Alors comment cela se passe lorsque c’est le cas ? La récente affaire impliquant ProtonMail dans l’arrestation d’un activiste du climat en France a justement apporté pas mal d’éclaircissements sur ces questions.

L'affaire ProtonMail

En septembre 2021, Proton Technologies AG, la société qui édite ProtonMail, a été pointée pour avoir fourni les moyens qui ont menés à l’arrestation d’activistes français appartenant au collectif Youth for Climate. Si l’entreprise a été sous le feu des critiques, c’est surtout en raison des promesses initiales de ProtonMail qui indiquait "ne pas journaliser les adresses IP par défaut".

Si l’on peut reprocher un manque de clarté dans la communication de ProtonMail, il faut toutefois souligner que l’entreprise n’a fait que répondre à la requête des autorités suisses elles-mêmes. C’est sans doute ce qu’il fallait comprendre : ProtonMail ne journalise pas les adresses IP et fingerprints par défaut, mais peut le faire lorsqu’une réquisition judiciaire émanant d'un tribunal suisse, lui ordonne. C’est exactement ce qu’il s’est passé dans cette affaire.

manifestation climat

L’Union européenne dispose en effet d’un cadre pour la coopération entre pays en matière pénale : la Convention européenne d’entraide judiciaire (CEEJ), transposée dans le droit suisse avec la loi fédérale sur l’entraide internationale en matière pénale (EIMP). C’est ainsi que les autorités suisses ont jugé recevable la demande du gouvernement français reçue par le biais d’Europol. Reste à savoir si la liste des infractions susceptibles de justifier une surveillance (régie par le Code de procédure pénale suisse – CPP) est trop vaste pour en venir à valider un trop grand nombre de demandes étrangères.

Le CPP implique d’autres dispositions, notamment l’obligation d’informer la personne des motifs, du mode et de la durée de la surveillance, « au plus tard lors de la clôture de la procédure préliminaire ». C’est cependant la loi fédérale sur la surveillance de la correspondance par poste et télécommunication (LSCPT) qui fixe les obligations des fournisseurs de télécommunications dans le cas d’une surveillance. ProtonMail appartenant à la catégorie des fournisseurs de services de communication dérivés, l’entreprise n’est tenue qu’à une collecte de données minimales par rapport à un fournisseur de télécommunication qui se doit de conserver ses données et de les rendre accessibles.

C’est bien l'appartenance à cette catégorie qui protège ProtonMail, et les autres services d’hébergement, de mails ou de messagerie instantanée. Le Service de surveillance de la poste et des télécommunications (SSPT) a d’ailleurs tenté de faire passer ProtonMail (et ProtonVPN) dans la catégorie des fournisseurs de télécommunications. La société Proton AG a toutefois remporté son recours en appel devant un tribunal administratif fédéral, confirmant le statut de l’entreprise et les exigences en matière de conservation des données.

Le droit à la vie privée représente-t-il un danger ?

Les commentaires vont bon train sur les technologies et le cadre légal qui permettent de se protéger des atteintes à la vie privée. Il convient en premier lieu de se rappeler que le droit au respect de la vie privée
a été affirmé par la Déclaration universelle des droits de l'homme des Nations unies en 1948.

La problématique qui revient le plus souvent sur le devant de la scène est de savoir comment débusquer ceux qui utilisent ces services pour de mauvaises raisons. Comme nous l’avons vu, même un pays considéré comme une enclave pour la sécurité des données disposent d’un cadre complet pour l’entraide internationale.


On peut finalement faire le parallèle entre le secret bancaire et le droit à la sphère privée : le secret bancaire suisse a longtemps agacé (le mot est faible) les gouvernements en favorisant l’arrivée de capitaux étrangers. La Suisse a peu à peu allégé ses dispositifs de protection jusqu’à la signature d'accord dans le cadre d’une coopération avec certains États.

Si l’attractivité du système bancaire nationale est en baisse, il s’agit néanmoins de trouver un équilibre dans le champ d’application du secret bancaire aux étrangers. Bien que régulièrement remis en cause, cet équilibre semble déjà plus mature et harmonieux en ce qui concerne les communications, la collecte des données et la protection de la vie privée. Certes, il n’est sans doute pas parfait. Il permet malgré tout d’apporter une plus forte protection aux étrangers qui ont recours à certains services numériques suisses.

Interrogé par nos soins à ce sujet, le fondateur de ProtonMail Andy Yen expliquait en 2013 :

Que cela plaise ou non, les terroristes utiliseront ces outils comme n'importe qui d'autre. Ce n'est pas parce que les terroristes utilisent le métro que l'on va fermer ce dernier. Si l'on considère la situation de manière rationnelle, les apports du chiffrement pour protéger sa vie privée sont plus importants que le risque qu'un terroriste fasse usage de ProtonMail.

Les terroristes ont utilisé des moyens de communication secrets bien avant l'existence de ProtonMail. Nous n'avons rien changé. En revanche ce que nous avons fait, c'est donner à des millions de gens à travers le monde une manière simple et pratique pour retrouver leur vie privée.

Comment choisir les services les plus respectueux de la vie privée ?

La Suisse n’est pas le seul pays à proposer un cadre supérieur à la moyenne en matière de protection de la vie privée. Le Panama, emplacement choisi par NordVPN notamment, est un bon exemple de localisation où les obligations légales en matière de conservation de données sont légères, sans oublier le fait que ce pays n’est également pas signataire d’accords internationaux de type Five Eyes.

La juridiction à laquelle dépendent les services fait partie des premiers critères à observer si l’on s’attache à la sécurité et à la confidentialité. Mais cela ne fait pas tout. Certaines entreprises vendent par exemple des services apparemment basés en Suisse, alors que seul leur siège social l’est vraiment. On pense notamment à pCloud qui met en avant une « protection des données comme en Suisse » alors que ses serveurs sont situés soit au Luxembourg, soit aux États-Unis, à Dallas. Dès lors les données qui y transitent ne sont pas sous le coup de la juridiction suisse, mais bel et bien des pays qui les abritent.

Bien sûr cela ne signifie pas qu’un service installé dans un pays comme les États-Unis soit forcément mauvais, le cas le plus parlant est sans doute celui de l’application de messagerie instantanée Signal. Le fonctionnement même de l’application, qui s’appuie sur un protocole de chiffrement de bout en bout et open source, garantit qu’un tiers ne puisse consulter les messages échangés. À cela s’ajoute un stockage local sur l'appareil de l'utilisateur lui assurant de fait un meilleur niveau de sécurité. Cela ne signifie pas non plus l’absence de métadonnées, ces informations associées aux messages impliquent un grand nombre de données parfois aussi sensibles, voire plus, que le contenu des communications. Dans le cas de Signal, les métadonnées ne sont que temporaires, logiquement requises lors de la transmission du message. Signal reste également assujettie au Cloud Act et ne peut être utilisée de manière réellement anonyme puisqu'il est nécessaire de fournir un numéro de téléphone ou une adresse email pour utiliser la messagerie. Deux faiblesses qu'on ne retrouve pas avec l'application Suisse Threema qui demande en revanche l'achat d'une clé de licence moyennant quelques euros.

Sur son site internet, l'entreprise Threema affirme : "La sécurité et la confidentialité sont profondément enracinées dans l’ADN de Threema.
Depuis 2012, nous nous engageons fermement à assurer la sécurité et la confidentialité des communications de nos utilisateurs. À l’avenir, la sécurité de nos utilisateurs et la protection de leurs données resteront au cœur de notre stratégie d’entreprise et du développement de notre logiciel."

Interrogée par nos soins, l'équipe nous laisse toutefois sur notre faim et n'a pas souhaité que nous publiions ses réponses. Un porte-parole modère cet "engagement ferme" et déclare : "Nous ne sommes pas des avocats ou des politiciens, mais des développeurs de logiciels. Veuillez comprendre que, dans ce contexte, nous ne pouvons pas commenter publiquement des questions juridiques ou de politique publique."

Après les considérations liées à la localisation, viennent donc inéluctablement s’ajouter celles de la technologie. Le chiffrement de bout en bout signifie que les données transmises ne sont accessibles qu’à l’utilisateur du service, et bien sûr à la personne qui dispose de la clé pour déchiffrer les contenus ou le message, par exemple dans le cas d’un échange d’emails chiffrés. C’est pour cette raison, dans le cas de Signal ou de ProtonMail par exemple, que ces deux entreprises ne peuvent fournir le contenu des messages échangés quand bien même les autorités l’exigent. Pour en revenir à l’affaire ProtonMail, celle-ci n’aurait pas eu lieu si la personne en cause avait utilisé la version oignon du site, accessible comme son nom l’indique via le réseau Tor. Il y a forcément un écart assez important entre le fait d’utiliser un service qui dispose de forts atouts en matière de confidentialité et un usage « anonymisé » comme Tor le permet (bien qu’il ne soit pas infaillible non plus).

ProtonMail
  • Infrastructure robuste et sécurisée
  • Simplification extrême du chiffrement
  • Localisé en Suisse

ProtonMail est une sérieuse alternative à Gmail pour quiconque souhaite retrouver sa vie privée. Surtout Protonmail redéfinit le chiffrement en le plaçant à la portée de tout le monde. Certes, il faudra probablement adopter la version payante pour en profiter au maximum mais c'est un excellent premier choix pour quiconque souhaite commencer à s'affranchir des services des GAFAM en étant assuré que les communications restent privées.

ProtonMail est une sérieuse alternative à Gmail pour quiconque souhaite retrouver sa vie privée. Surtout Protonmail redéfinit le chiffrement en le plaçant à la portée de tout le monde. Certes, il faudra probablement adopter la version payante pour en profiter au maximum mais c'est un excellent premier choix pour quiconque souhaite commencer à s'affranchir des services des GAFAM en étant assuré que les communications restent privées.

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yabadabado
dommage que les noms de domaine tels Protonmail soient bloqués par certaines plateformes et applications lors de la creation d’un nouveau compte …
Bombing_Basta
Quand j’entends Suisse, c’est pas à la vie privée que je pense…<br /> HSBC et consors, voilà ce qui me saute aux neurones.
norwy
Donc la spoliation des données personnelles par les GAFAM s’arrêtent aux frontières suisses ?
clockover
Non un service de GAFAM n’applique pas les bonnes pratiques Suisse.
kellog89
Suisse, protection de la vie privée ? Bof !<br /> Quand, pendant la période covid, il fallait pour rentrer en Suisse, remplir un formulaire online avec son num de Natel, numéro de plaque d’immatriculation et d’autres infos personnelles, dates, durée…et pouvoir le présenter à la douane.<br /> Big brother is en Suisse too.
info01_1_1
Bah disons qu’en Suisse tous les services cloud que nous utilisons tous leurs serveurs sont localisés en Suisse.<br /> Petite parenthèse à part aussi sur la Suisse, il faut savoir qu’ici le téléchargement illégal est Légal ! On peut telecharger tranquillement tout films, séries, musiques sans être inquiété. Seuls les softwares et jeux vidéos sont soumis à la législation. C’était la minute info !
gothax
Pourquoi cette distinction entre films / series et soft / jeux ???
info01
Parce que les films/series/musique sont concidérés comme de l’art tandis que les softwares/jeux videos sont concidérés comme de la propriétés intelectuelles et donc eux sont protégés.
Jice06
On oublie un peu vite l’affaire Crypto AG:<br /> 20minutes.fr<br /> La CIA contrôlait non pas une mais deux sociétés de cryptage suisses<br /> La CIA, ainsi que les services secrets allemands, pouvaient ainsi facilement lire les communications de certains de leurs ennemis qui se pensaient protégés<br /> sinon c’est quand meme un pays ayant de sacrés accords avec la NSA… comme faux culs ils sont pas mal…<br /> rts.ch – 30 Oct 13<br /> Pour la NSA, la Suisse est un "allié fiable" des Etats-Unis<br /> La Suisse fait partie des pays qui coopèrent avec la NSA, d'après un document publié mercredi par El Mundo, qui classe les alliés de l'agence de renseignement américaine sur différents niveaux.<br />
WhyPok
-Si tu n’est pas ou l’entreprise n’est pas Suisse tu n’est pas protégé par leur constitution.<br /> -Confier sa vie privée à autrui (sans lire les contrats) est-ce raisonnable ?<br /> -Une fois que quelqu’un connait ta vie privée est-ce que la loi peu retirer de sa mémoire les informations te concernant ?<br /> Faire confiance à quelqu’un ou quelque chose sans comprendre comment cela fonctionne, c’est stupide.<br /> Une personne qui sait que tu cherche sur internet une maison à Pétaochnock pourrait très bien te fournir tout les résultats pertinents ainsi que photos et dates libres pour les visites ou simplement acheter automatiquement la maison que tu voudra parmis toutes et te la revendre à un prix 10% plus élevé.<br /> Moi non plus je n’ai rien à cacher tant que personne n’utilise ces informations contre moi.
Popoulo
@info01 : tout contenu peut être dl. Le seul truc est de n’en faire aucun partage ni business.
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