Microsoft sous le feu des critiques en raison de son "Productivity Score" permettant de surveiller ses salariés

Nathan Le Gohlisse
Par Nathan Le Gohlisse, Spécialiste Hardware.
Publié le 27 novembre 2020 à 16h05
microsoft

Un outil déployé pour la première fois en 2019 par Microsoft permet aux managers de monitorer l'activité de leurs employés de manière individuelle. Il vaut aujourd'hui de vives critiques envers le groupe, accusé de permettre une importante surveillance managériale.

Alors que le télétravail a bondi à la suite de la pandémie de COVID-19, le « score de productivité » proposé par Microsoft avec certains outils fait débat. Il permet in fine d'estimer l'activité individuelle et l'engagement de chaque employé. Pour les mesurer ? Des outils de tracking accessibles depuis 2019 par le biais de la suite Microsoft 365. Elle permet notamment aux managers d'avoir une idée précise de l'activité de leurs équipes… mais aussi d'obtenir des statistiques à un niveau individuel, pour chaque employé.

Des outils puissants pour mesurer l'activité…

Comme le rapporte le quotidien britannique The Guardian, ces outils sont conçus pour « vous donner une visibilité sur le fonctionnement de votre organisation », selon le phrasé de Microsoft. Dans les faits, ces derniers permettent de réunir toute une variété d'informations en un seul endroit et de les traduire en un pourcentage de productivité. Ce pourcentage est obtenu à partir du nombre d'emails envoyés par les équipes, ou encore de la bande passante utilisée en cours de journée.

À l'échelle d'une équipe complète, l'utilisation de ces données est défendable, mais par défaut, ces outils de statistiques permettent aux managers de suivre l'activité précise de chaque employé. Il leur est alors possible de savoir qui participe le moins aux conversations de groupe, qui envoie le moins d'emails ou de découvrir quels sont les employés les moins impliqués dans la modification de documents partagés, par exemple.

Microsoft évoque un simple outil destiné à « découvrir de nouvelles méthodes de travail »

De son côté, Microsoft explique que le score de productivité est avant tout destiné aux administrateurs, dans une optique d'optimisation de leurs systèmes. « Le score de productivité est une expérience "opt-in" qui donne aux administrateurs informatiques un aperçu de l'utilisation des technologies et des infrastructures. Ces informations sont destinées à aider les organisations à tirer le meilleur parti de leurs investissements technologiques en s'attaquant à des problèmes courants tels que les longs temps de démarrage, la collaboration inefficace sur les documents ou la mauvaise connectivité réseau » lit-on dans un communiqué relayé par The Guardian.

« Nous nous engageons à ce que le respect de la vie privée soit un élément fondamental du score de productivité » a pour sa part indiqué le corporate vice-président de Microsoft 365, Jared Spataro, dans une note. « Soyons clairs : le score de productivité n'est pas un outil de suivi du travail. Le score de productivité permet de découvrir de nouvelles méthodes de travail, de fournir à vos collaborateurs une excellente (…) expérience technologique. »

La peur d'un monde du travail orwellien

Il en faudra plus pour rassurer les plus inquiets. Pour David Heinemeier Hansson, co-fondateur de la suite Basecamp, « le mot dystopique est loin d'être assez fort pour décrire le [nouvel enfer sur lequel Microsoft vient d'ouvrir une porte] ».

« Au moment même où la réputation de Microsoft commençait à se reconstruire, ils la font exploser avec le système de surveillance professionnel le plus invasif qui ait jamais été mis en place » ajoute-t-il, arguant, à raison, qu'être « sous surveillance constante sur le lieu de travail est un abus psychologique », et qu'avoir « à s'inquiéter d'avoir l'air occupé pour les statistiques est la dernière chose que nous devons infliger à qui que ce soit », d'autant plus en cette période de forte pression psychologique liée à la pandémie.

Et pourtant, comme le notait The Guardian après une interview du Dr Claudia Pagliari, chercheuse en santé et société de l'Université d'Édimbourg, de nombreuses entreprises ont « vraiment accéléré » la surveillance de leurs employés à mesure que le télétravail s'est généralisé face à la crise sanitaire.

Source : The Guardian

Nathan Le Gohlisse
Par Nathan Le Gohlisse
Spécialiste Hardware

Passionné de nouvelles technos, d'Histoire et de vieux Rock depuis tout jeune, je suis un PCiste ayant sombré corps et biens dans les délices de macOS. J'aime causer Tech et informatique sur le web, ici et ailleurs. N’hésitez pas à me retrouver sur Twitter !

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Lord_Crazy

Cela n’a rien à voir. L’article mentionné les emails envoyés, le taux de participation et ai si de suite. Des bra leurs qui envoient des tonnes d’emails et qui commentent tout et n’importe quoi ça existe. Inversement des travailleurs performants qui justement envoient peu d’emails car il uniquement de manière ciblée et pertinente ça existe aussi. Bref MS semble utiliser des indicateurs totalement baisés et un manageur incompétent risque de s’y fier, soit par paresse soit par ignorance des mécanismes sous-jacents. C’est un vrai risque et surtout une énorme connerie.

chaton51

C est grace a des gens comme toi que les droits avancent et que la societe s eleve…

Kriz4liD

J en connais plein qui envoie 10 mails par heure juste pour donner l impression qu’il s applique au travail.

cirdan

« Nous nous engageons à ce que le respect de la vie privée soit un élément fondamental du score de productivité » a pour sa part indiqué le corporate vice-président de Microsoft 365, Jared Spataro* »
La vie privée ? Si même le vice-président n’a pas compris le fond du problème, c’est mal barré pour la suite.

smover

Je ne suis pas persuadé que le David Heinemeier de Basecamp qui se présente d’office comme concurrente des outils collaboratifs de Microsoft soit d’une impartialité à toute épreuve et ne pousse pas des cris d’orfraie simplement pour faire du buzz autour de sa startup…

Mis à part cela je suis curieux de connaître le détail de l’usage de ses statistiques. Sur le principe cela semble très contradictoire avec le leadership déployé chez Microsoft toutes ces dernières années.

Bibifokencalecon

Il faut différencier l’outil de son utilisation et interprétation. Il donne des statistiques à l’utilisateur et au responsable. Par exemple, je reçois mon propre rapport bi-hebdomaire personnel qui me dit :

  • 50% du temps passé en réunions officielles, moyenne de 1h15 par réunion
  • 100% de ce temps passé en visioconférence, dont 60% en partage d’écran
  • 35% de temps libre (au sens : autonomie personnelle sans être dérangé)
  • 5% de communication par courriel, 95% par Teams
  • XX nombre de messages postées sur des channels organisationnels
  • XX modification de documents collaboratifs
    (etc.)

Mon manager reçoit un rapport plus global (équipe / département) ainsi que le sien. Cet outil est à utiliser pour une réflexion globale sur les pratiques de travail et l’amélioration continue.

Mais évidemment, si la culture de votre organisation est très hiérarchisée ou adore le micro-management à outrance, ces métriques seront très mal utilisées et interprétées.

Et plutôt que de se dire : « Est-ce que ce 50% de temps passé en réunions étaient réellement efficaces et pertinentes pour la personne ? », certains responsables verront plutôt « Pourquoi as-tu 35% de temps non justifiables explicitement ? ».

carinae

C’est surtout un système qui peut très facilement être détourné pour faire du flicage.
Comme dans les centres d’appels…si tu restes trop longtemps au téléphone tu vois ton manager fouettard rappliquer…
Je ne vois pas trop a quoi peut servir d’avoir comme info le nombre de mails envoyés par personne ou la bande passante utilisée. Il y a des softs réseau pour ça …

Bibifokencalecon

Toute est question de lecture (analyse des données) par rapport au contexte.

Par exemple, pour les courriels, imaginons qu’une personne produise 50 courriels par semaine par habitude de travail ou parce qu’on le lui demande. Cela peut poser d’innombrables questions intéressantes :

  • est-ce des courriers avec des informations compréhensibles ? (lisbilité)
  • est-ce des informations pertinentes ? (récents, prioritaires, critiques, etc.)
  • est-ce que ces courriers sont réellement prises en considération par les destinataires ? (visibilité et intérêt réel)
  • est-ce que d’autres canaux de communications seraient plus pertinents pour conserver ce genre d’information ? ou s’agit-il de doublons qui au contraire disperse les efforts de chacun et la compréhension générale ?
  • est-ce que ce temps passé dans la rédaction et échange à travers ces courriels apportent une vraie valeur aux personnes et l’organisation, ou sont-elles des artefacts de routine organisationnelle sans réelle intérêt ? Ce qui signifie : est-ce que la personne devrait consacrer autant de temps à une tâche à faible valeur parce qu’on le « lui demande », ou devrait au contraire se focaliser sur sa réelle expertise professionnelle ?

Bref. Une seule métrique prise sur une durée permet alors de soulever de nombreuses questions qui - dans l’idéal - aideront une organisation ou équipe à se repenser et se réorganiser plus efficacement. Éviter le cercle vicieux de la machinerie « de gestion administrative ».

Pour avoir travaillé en France, j’ai connu des réunions hebdomadaires de 4 à 5h consécutives avec 15 personnes dont 11 ne savaient pas pourquoi on leur demandait de venir, pour suivre le quotidien d’un grand projet qui ne les impactait même pas, projet qui allait durer au minimum 4-5 ans, et dont l’ordre du jour était toujours un rapport présenté de ce qui avait été réalisé durant le mois dernier + l’analyse des données de suivi de celui-ci.

Je n’en revenais pas qu’on pouvait demander à des professionnels de perdre autant de temps à ce genre de réunion, avoir une équipe devant préparer ces réunions pour présenter des données obsolètes, et pire… émettre des recommandations de rectification qui de toute façon ne seront pas écoutées puisque le groupe de suivi n’a lui-même aucun pouvoir décisionnel et doit référer à un autre groupe de travail.

Maintenant. Je ne serai pas surpris si cette organisation utilisait la donnée du nombre de courriels hebdomadaires comme une simple métrique de productivité ou efficacité, pour faire au final, un mauvais management (sans vrai but).


Autre exemple vécu dans cette même organisation : on évaluait à l’année un développeur au nombre de lignes codés… Ce qui faisait qu’une partie des développeurs ajoutaient d’innombrables commentaires non-pertinents ou allongeaient le code de leurs fonctionnalités afin d’avoir une bonne « note ». On s’entend-tu que c’est une contre-productivité parfaite des compétences de professionnels ? Qui en plus les découragent dans leur souhait de progresser ou d’optimiser leur travail ?

carinae

Oui bon nombre d’informations peuvent être intéressants mais le genre de question que cela soulève n’est pas nouveau et je ne pense pas que cela soit a MS d’y répondre. Est-ce que les mails sont lus et pertinents ? C’est a l’utilisateur de le dire. Outlook n’est qu’un outil. Idem, pour la softphonie ou les réunions. On a tous été dans des réunions ou on ne savait pas trop ce qu’on y faisait. … Mais la encore c’est a l’organisateur ou a l’utilisateur de se prononcer sur la pertinence de la réunion… pas à un logiciel…car trop de dérive possible. Sans compter que ce sont des informations connues et reconnues depuis des années. Enfin c’est mon point de vue. …

tux.le.vrai

Bienvenue dans le nouveau monde :

Big brother, 1984
Pisté 24h/24 on n’y est.

Géolocalisé avec le téléphone, surveillé au travail. Il y a des déjà des caméras de surveillance qui sont intallées pour les « salariés », bientôt couplées à la reconnaissance faciale et de l’IA, ça promet.
Dans la rue, géolocalisé avec le téléphone,
toutes les conversations écoutées et analysée (c’est pas nouveau voir programme de surveillance généralisé Echelon )
Mêmes des télés ont été repérées à renvoyer les programmes que l’on regarde, sans aucune info utilisateurs.

Bienvenue dans ce nouveau monde … :frowning:

Alors moi, j’essaye de résister.
J’utilise au maximum les programmes libres.
J’ai un téléphone avec un OS sain sous /e/

mon ordi est sous linux mageia.
https://www.mageia.org/fr/


https://distrowatch.com/table.php?distribution=mageia

il s’agit dans les de cas de 2 OS libres, et d’origine française qui plus est.
Facile pour en profiter, et en plus, on en pas emmerdé avec les pubs, les trucs impossibles à désinstaller.

A vous d’agir, ou de subir …