Xichang : lancer des fusées depuis les montagnes

Eric Bottlaender
Spécialiste espace
13 juin 2021 à 17h17
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Xichang CZ-3 décollage © CASC
Décollage d'un lanceur CZ-3B depuis le centre de Xichang en 2019. Crédits CASC

Niché dans un massif du Sichuan à pratiquement 2 000 m d'altitude, le centre spatial de Xichang (de son petit nom le XSLC) est l'un des plus actifs en Chine. Constamment mis à niveau, critiqué pour la sécurité des vols, ce site spatial continuera encore longtemps d'étonner !

Une idée de sortie rando en montagne pas comme les autres…

Un site très protégé

Lorsque la Chine devient une puissance spatiale en 1970, c'est le couronnement de plusieurs années d'effort. Mais le site de Jiuquan , très au Nord, souffre de quelques handicaps. Déjà, il est mal placé en cas d'offensive de la part de l'URSS (et même si les deux nations sont communistes, le courant ne passe pas) et son emplacement est connu, mais surtout il ne pourra pas répondre aux futurs besoins du pays en satellites géostationnaires. Il est alors question d'un site, adapté aux vols habités, qui puisse être dissimulé autant que possible et en sécurité selon différents scénarios… Y compris des frappes. Du coup, le gouvernement central finit par étudier cette nouvelle zone, dans la vallée de Songlin près de Xichang.

Le site est difficile d'accès, situé à 1 900 mètres d'altitude, mais il est possible d'y accéder en avion, par la route et bientôt en train. L'accord est donné au début des années 70… Mais les travaux sont vite arrêtés, car le programme habité chinois est repoussé à beaucoup plus tard et que les satellites géostationnaires ne sont pas une priorité. Ils reprendront en 1978.

Xichang centre de lancement © CASC/CNSA
Un site bien scénique ! Crédits CASC/CNSA

Dans la vallée, ohoo

Finalement, sur le centre de Xichang (qui n'est pas bien grand en termes d'empreinte au sol), ce sont deux sites de lancements qui sont construits. Le premier (LA-3) est terminé en 1983, et le deuxième (LA-2) en 1990 est adapté dans un premier temps à des lanceurs plus imposants : avec les années les deux sites, qui sont situés à quelques centaines de mètres l'un de l'autre, sont devenus totalement interchangeables. Quoi qu'il arrive, il est pratiquement impossible d'y mener des campagnes de lancement en parallèle : la vallée très encaissée génère des réverbérations qui pourraient se révéler destructrices. Le premier décollage orbital a lieu en avril 1984, et il n'y en a eu qu'environ 150 lancements vers l'orbite depuis le XSLC depuis… bien qu'il ait gagné durant la dernière décennie une importance capitale, avec jusqu'à 13 décollages orbitaux par an !

Jusqu'en 1988, il faudra pratiquement deux années entre chaque décollage depuis Xichang. Puis le site monte en puissance et s'ouvre au marché international. A cette époque, la Chine n'est pas encore mise au ban en tant qu'opérateur de fusées, et grâce à des coûts de main d'œuvre très faibles, le lanceur CZ-3 (ou Longue Marche 3) est très concurrentiel. Le rythme augmente : 4 décollages à Xichang en 1994 !

Xichang décollage © CASC
De la Chine à la Lune... Depuis Xichang ! Crédits CASC

Catastrophe formatrice

Cette belle dynamique internationale sera pourtant brisée à partir de 1996 et l'accident lors du décollage du satellite Intelsat-708. Pour le décollage de la nouvelle version CZ-3B, une erreur survient sur la centrale inertielle du lanceur, qui s'incline dès les premières secondes de son vol. Le système de sauvegarde n'est pas activé, et la fusée s'écrase dramatiquement sur l'un des villages de la vallée… théoriquement évacué lors du tir. L'Etat chinois déclare six morts, tandis que plusieurs rapports occidentaux estiment le nombre de victimes entre 200 et 500 (il n'existe cependant de preuve formelle au-delà de quelques témoignages).

Cette catastrophe marquera le site de Xichang à de nombreux égards, mais le centre poursuit ses campagnes et les lancements de CZ-3B y sont fréquents aujourd'hui. Ces dernières années, ce sont par exemple toutes les unités des 3 générations de la constellation de positionnement Beidou qui ont décollé depuis ce site, mais aussi de nombreux satellites de télécommunications, des unités gouvernementales… et même quelques vols vers l'orbite basse. Plus prestigieux encore, la quasi-totalité des missions lunaires Chang'E ont décollé des montagnes du Sichuan !

Xichang centre de lancement 2 © CASC
Les installations de lancement et d'assemblage à la verticale sont sous forme d'un portique et d'une tour de lancement. Crédits CASC

Des fusées et des camions

Si le site est équipé pour accueillir un large panel de lanceurs, Xichang n'a pratiquement accueilli aucune des fusées de la nouvelle génération (CZ-5, 6, 7, 8 décollent d'autres centres), à l'exception de CZ-11, laquelle est un peu particulière car elle ne nécessite pas d'installation fixe : elle décolle depuis un camion spécialement adapté. Xichang devrait pourtant rester au centre de la politique de l'accès à l'espace chinois, via des travaux de mise à niveau réguliers.

Ces dernières années, Xichang est aussi devenu un centre de contrôle à l'autorité nationale. En effet, lorsque CZ-11 décolle depuis un navire au beau milieu de la mer jaune, il faut un centre de rattachement, un site où tous les aspects du vol sont enregistrés et observés. C'est mieux si ce site est juste à côté, mais ça n'est absolument pas obligatoire. Ainsi, Xichang est responsable de ces vols de CZ-11 en mer… mais aussi des tirs depuis le centre de Wenchang, beaucoup plus récent que Xichang, et qui accueille les dernières générations de lanceurs. Bref, un incontournable.

Critiques contre efficacité

Xichang, avec l'accroissement du nombre de vols, est toujours un site critiqué pour sa sécurité. D'une part, les réseaux sociaux chinois montrent régulièrement des vidéos capturées depuis les sentiers sur les montagnes… Directement en face du pas de tir, à quelques centaines de mètres (considérant que les carburants sont hautement toxiques, c'est un danger supplémentaire en plus des chocs soniques). D'autre part, il y a régulièrement des « chutes d'étages » lors des décollages, au-dessus de zones habitées bien que peu densément peuplées.

Toutefois, il faut noter que même si ces clichés sont spectaculaires (et qu'un étage de fusée est bien dangereux), les zones de retombées sont clairement identifiées et leurs habitants prévenus qu'il faut évacuer grâce à des notices, des messages radio, notifications etc. La Chine développe par ailleurs des technologies pour réduire la zone à risque sur les prochaines générations. Car Xichang est appelé à rester un site important… Et que l'efficacité prime dans les décisions du gouvernement. Déjà 3 décollages en 2021 depuis le centre !

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