Après Ubisoft, Insomniac Games éclaboussé par une vague de témoignages de harcèlement sexuel

Pierre Crochart
Spécialiste smartphone & gaming
30 juin 2020 à 16h20
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© Insomniac

À l’instar du septième art, l’industrie vidéoludique est en train de faire sauter les verrous de l’omerta. Les employées sont de plus en plus nombreuses à remonter les cas de harcèlement sexuel ou de discrimination dont elles sont victimes. Après Ubisoft, qui a entamé la semaine dernière une série d’enquêtes pour faire la lumière sur de multiples et inquiétants témoignages (via Gamekult), c’est Insomniac Games qui voit ces derniers jours son image écornée par de troublantes accusations.

Sur Twitter, une ex-employée du studio responsable de la licence Ratchet & Clank ou, dernièrement, Spider-Man, explique avoir quitté l’entreprise « à cause de la façon dont elle traite les femmes ». Un cri d’alerte qui, depuis, a poussé de nombreuses et nombreux employés à remonter des cas similaires au sein du studio.

Une culture d’entreprise qui prend la défense des prédateurs sexuels

Dans le fil qui découle de ce tweet, Sol Brennan explique avoir été confrontée à au moins trois collègues masculins qu’elle qualifie de prédateurs sexuels durant sa carrière de quatre années chez Insomniac. « L’un a démissionné de son propre chef, un autre a été viré (malgré le fait que la direction avait été prévenue plus tôt) lorsqu’il est devenu trop dangereux et qu’il a agressé sexuellement des gens. Le dernier était toujours en place, précise-t-elle, malgré la montagne de preuves qui pesait sur lui ».

Un cadre supérieur des ressources humaines, que la jeune femme considère comme un bon ami, et qui — outre les blagues graveleuses et les remarques insistantes — lui aurait avoué son attirance à deux reprises alors qu’ils étaient seuls dans une salle de réunion. Tout cela « alors que mon compagnon de l’époque était également employé dans l’entreprise ». Une relation qui était connue de tous, ajoute Sol Brennan.

Mais les choses sont rapidement devenues plus explicites, raconte encore l’ex-employée. Les aveux d’attirance sont devenus des déclarations ouvertement sexuelles mettant l’artiste 3D particulièrement mal à l’aise. Lorsqu’elle quitte Insomniac, l’homme est toujours en poste. Elle apprendra plus tard qu’il a été mis à la porte après avoir — une énième fois, précise-t-elle — eu une aventure avec une stagiaire.

Sol Brennan n’est pas un cas isolé. En racontant son expérience au sein d’Insomniac Games, elle évoque « des dizaines » de femmes qui auraient été blessées d’une manière ou d’une autre au sein du studio. « Certaines au point qu’elles ont refusé de m’en dire plus », regrette la jeune femme qui, dans son premier tweet, se dit consciente qu’elle risque d’être mise sur liste noire et de ruiner sa carrière pour dénoncer ainsi le sexisme systémique dont elle a été victime.

Des opportunités d’évolution quasi nulles

N’oubliant pas de préciser que c’est la mort dans l’âme qu’elle a décidé de quitter Insomniac, c’est avant tout un système que Sol Brennan dénonce. Un système déjà mis en lumière maintes fois, notamment lors du mouvement #MeToo qui a bouleversé l’industrie cinématographique.

Selon Sol Brennan, Insomniac entretient tous les mécanismes nécessaires pour empêcher les femmes de se sentir valorisées dans l’entreprise. « Ma carrière a été entravée. J’ai observé des hommes autour de moi obtenir des promotions (et à raison — ils étaient extraordinaires !) alors qu’on ne faisait que m’agiter une carotte sous le nez pendant des années ». Mais cela n’était pas un traitement réservé qu’aux femmes, précise l’ex-employée, mais à tous celles et ceux qui osaient le dénoncer.

C’est notamment ce qui est arrivé à @Xavierck3d, un ex-employé d’Insomniac que Sol Brennan considérait être un allié masculin dans l’entreprise, et qui a selon ses dires été mis de côté pour ses prises de paroles visant à dénoncer le sexisme dans le studio.

Andy Burke, responsable des outils de développement chez Insomniac entre 2005 et 2009, confirme également qu’à l’époque l’entreprise opérait des différences salariales importantes entre ses employés et employées. 

Insomniac défend sa gestion « familiale »

Malmené sur les réseaux sociaux, le studio californien a rapidement pris la parole pour tenter d’éteindre l’incendie ou, du moins, en ralentir la propagation.

Une prise d’acte plus qu’une réelle position sur le sujet, qui a poussé cette fois Rachel D. Mark a raconter son expérience au sein d’Insomniac Games, laquelle s’est déroulée entre 2006 et 2010, et qui tend à prouver qu’une décennie n’aura pas suffi à régler les problèmes de sexisme systémique au sein du studio.

Dans un fil distinct, l’ex-programmeuse corrobore les dires de Sol Brennan. Les fausses promesses, les opportunités d’évolution illusoires, et bien entendu les remarques, gestes et paroles déplacées, voire le harcèlement. Rachel D. Mark qui, écœurée de son expérience au sein de Insomniac Games, a tout simplement mis un terme à sa carrière de programmeuse, regrette enfin que pour seule défense, son ex-employeur se soit contenté de mettre en avant la dimension « familiale » du studio. Une posture culpabilisante et lâche, analyse-t-elle, qui fait porter aux accusateurs le risque de détruire ladite famille.

Bref, un statu quo qui ne passe plus en 2020 et qui, répétons-le, ne se limite pas à Insomniac Games. La semaine dernière, Ubisoft a publié un communiqué regrettant d’avoir pérennisé un environnement de travail toxique, et promettant une série d’enquêtes pour faire la lumière sur les différents cas de harcèlement qui lui sont remontés aux oreilles.

Capture d'écran

Source : Twitter

Modifié le 30/06/2020 à 16h29
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