Microsoft a déclenché début janvier une mobilisation interne inhabituelle autour de Windows 11. Après une série de mises à jour défaillantes et une défiance durable des utilisateurs, Redmond promet un recentrage sur les performances, la fiabilité et l’usage quotidien.

Branle-bas de combat ! Lorsque Pavan Davuluri prend la parole et les choses en mains, on espère que ça ne sera pas un coup d'épée dans l'eau. Le président de la division Windows et appareils chez Microsoft consacrera toute l'année à réparer Windows 11. « Les retours que nous recevons de notre communauté de clients passionnés et de Windows Insiders sont clairs, nous devons améliorer Windows de manière significative pour les utilisateurs », a-t-il déclaré à notre confrère The Verge. Quarante ans après sa naissance, Windows traverse l'une de ses pires crises. Les bogues se suivent depuis des mois, les mises à jour plantent les machines, l'Explorateur de fichiers rame et le mode sombre clignote en blanc à chaque ouverture. Microsoft a mis des mois à corriger les déconnexions du Bureau à distance, puis a déployé une mise à jour qui a supprimé Copilot, avant de publier un correctif qui dupliquait le Gestionnaire des tâches. La première mise à jour de 2026 a été un fiasco complet. Des ordinateurs refusaient de s'arrêter, ce qui a forcé l'entreprise à sortir deux correctifs d'urgence en une semaine. Certains PC professionnels ne démarrent même plus après l'installation du patch de janvier. Pas étonnant, avec un tel palmarès, que la confiance des utilisateurs soit en berne.
Microsoft joue sa crédibilité sur un pari technique
On comprend alors la réaction de Redmond, qui lance ce qu'elle appelle en interne le « swarming ». Ses ingénieurs vont se concentrer sur la résolution des problèmes fondamentaux de Windows 11 au cours des prochains mois.
Concrètement, cela signifie corriger le mode sombre, moderniser des parties négligées depuis dix ans et améliorer les performances de base. Le fait que Linux parvienne souvent à faire tourner les jeux Windows plus rapidement que Windows lui-même dit tout de la situation. Microsoft a certes amélioré la stabilité des pilotes et réduit les écrans bleus, mais les fondations sont sérieusement bancales. La pression liée à la prise en charge de milliers de configurations PC différentes a fini par faire craquer le système. Tom Warren, qui couvre l'actualité Windows depuis plus de 20 ans, constate que les fans de Windows ont disparu ces dernières années. « La confiance se gagne avec le temps et nous sommes déterminés à la reconstruire avec la communauté Windows », répond Pavan Davuluri. Une phrase qui sonne comme un aveu.
D'autant que les exigences système de Windows 11 avaient déjà exclu des millions d'ordinateurs au lancement. Microsoft a ensuite imposé l'utilisation d'un compte Microsoft, compliquant la tâche pour ceux qui voulaient un compte local. Puis est arrivé Recall, cette fonctionnalité qui prend des instantanés de tout ce qui s'affiche à l'écran. La controverse sur la protection de la vie privée qui a suivi a achevé d'éroder la confiance déjà fragile. Et en parlant de vie privée, l'incident BitLocker de l'année dernière montre jusqu'où va la méfiance. Microsoft s'est conformé à un mandat du FBI pour déverrouiller les données chiffrées stockées sur trois ordinateurs portables, car les clés de récupération étaient stockées sur son service cloud par défaut.
Non, décidément, la vie n'a jamais été un long fleuve tranquille entre les utilisateurs de Windows et Redmond.

L'obsession de l'IA a fait oublier l'essentiel
Pendant que Windows 11 accumulait les ratés, Microsoft a multiplié les tentatives d'imposer ses services. Edge et Bing s'invitent partout, même quand Chrome ou Firefox sont définis par défaut. Une recherche dans le menu Démarrer vous redirige vers Edge pour un résultat Bing, quoi qu'il arrive. Certaines parties de l'interface des paramètres contiennent des liens qui forcent l'utilisation d'Edge et Bing. OneDrive bombardait les utilisateurs de notifications incessantes. À un moment, il était même impossible de fermer l'application sans qu'on vous demande pourquoi. On a l'impression de lutter contre Windows 11 pour qu'il respecte nos choix. Microsoft a même eu recours à des fenêtres publicitaires intempestives, dignes de logiciels malveillants, pour pousser Edge.
Mais c'est lorsque Microsoft a intégré de l'IA avec Copilot partout que la fracture s'est élargie. Le navigateur Edge dispose désormais d'un mode Copilot, des applications Copilot et Microsoft 365 Copilot dédiées sont préinstallées, et l'assistant arrive dans la barre des tâches. Paint et le Bloc-notes, autrefois des applications basiques, possèdent maintenant des boutons Copilot. Paint intègre même des livres de coloriage générés par intelligence artificielle. Il n'y a tout simplement pas assez de fonctionnalités utiles pour que les utilisateurs s'intéressent aux PC dotés d'IA.
Alors certes, Microsoft a réalisé un travail d'ingénierie remarquable avec Windows on Arm pour ses PC Copilot Plus, mais ce travail a été compromis par le besoin urgent d'intégrer Copilot à tous les aspects du système. L'IA est devenue un symbole de cette fuite en avant et certains utilisateurs parlent désormais de « Microslop » quand ces fonctionnalités apparaissent.
Le programme Windows Insider, créé après le désastre Windows 8 pour tester et recueillir les commentaires directs des utilisateurs, donne désormais l'impression d'être une opération impersonnelle. Ses membres principaux ont récemment changé de poste au sein de l'entreprise.
L'esprit communautaire et la confiance ont disparu. Satya Nadella promettait il y a plus de dix ans de reconquérir les utilisateurs de Windows. « Nous voulons que les gens passent du stade où ils ont besoin de Windows à celui où ils choisissent Windows, puis à celui où ils aiment Windows », déclarait-il quelques mois avant la sortie de Windows 10. Cette promesse semble aujourd'hui très lointaine. De plus en plus d'utilisateurs Windows envisagent sérieusement de passer à Linux.
Microsoft réagit en urgence face à un système qui menace de rompre définitivement le lien de confiance avec ceux qui l'utilisent depuis des décennies. Mais il ne faut pas confondre vitesse et précipitation…
Source : The Verge (accès payant)