Yann LePollotec : L'Avis du PCF sur les logiciels libres, les réseaux WiFi et les NTIC

Jérôme Bouteiller
06 août 2002 à 00h00
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JB - Monsieur LePollotec, bonjour. En quelques mots, pourriez vous présenter votre parcours ?

YP - Je suis membre du Conseil national du PCF et responsable des systèmes d'information du PCF. Après avoir été Chef de projet de la banque de données électorales du PCF et de sa documentation (de 1986 à 1990) puis Chef de projet de l'informatique éditoriale de la rédaction de l'Humanité (de 1991 à 1993) et enfin m'être occupé de l'informatisation du CIDEFE (Centre d'Information de document et de formation des élus) et création en 1995 du site Web de cette association (de 1994 à 2000), je suis devenu, depuis 2001, Responsable des systèmes d'information du PCF.

JB - Quelles sont les positions du PCF en matière de nouvelles technologies de l'information et de la communication ?

YP - Pour le PCF, les NTIC posent, de manière brutale et synchrone, les questions essentielles de la Démocratie, des pouvoirs, de l'accès au savoir, des rapports entre liberté et égalité, entre individu et collectif. Fruit du développement du capitalisme mondialisé, elles portent en elle les germes de sa contestation radicale, de son dépassement. Ainsi, par exemple, Internet transgresse les schémas traditionnels émetteurs/récepteurs, actifs/passifs, créateurs/consommateurs.

Le défi que lancent les NTIC à la politique est, que l'épanouissement individuel rejoigne le « tous ensemble », le désir de compréhension et de partage, et que l'égalité dans la différence se conjugue avec la liberté. C'est une question cruciale pour l'avenir de notre société.

Pour les communistes on ne peut y répondre que si la société de l'information devient vraiment une société de l'information pour tous. Or force est de constater que même si l'usage d'Internet a progressé dans notre pays, il reste encore trop masculin, parisien, élitiste et commercial. En effet, selon les dernières études, moins d'un foyer sur quatre en France (22,4%) disposait d'une connexion à Internet fin 2001. L'internaute français est plutôt un homme (70%), exerçant une profession intellectuelle, résidant dans une ville de plus de 100.000 habitants (56%) et gagnant plus de 2.740 € (56%).
Il y a donc bien, une fracture numérique qui se pose à la fois en terme économique mais aussi en terme d'appropriation sociale et culturelle.

Sur le plan économique les frais d'équipement et d'usage reste cher. Les communistes proposent donc de baisser la TVA sur les produits informatiques, de favoriser les logiciels libres, de stimuler le développement d'infrastructures de télécommunication à hauts débits jusqu'aux particuliers dans le cadre de coopération entre les collectivités locales et les entreprises en charge de services publics de réseau. Mais aussi de prendre des mesures d'aide à la création de site Web par les associations, les établissements scolaires, les services publiques et d'impulser la création un vaste mouvement d'éducation et de formation populaire autour d'Internet.

C'est aussi pourquoi, le PCF met au cœur de son action, le développement de services publics modernes et efficace tournant le dos à la conception du service public comme un service pauvre et minimum pour les pauvres. Hier l'enjeu des services publics de communication était le téléphone pour tous, aujourd'hui c'est l'Internet pour tous à hauts débits et la société de l'information accessible à tous.

Cela pose aussi, la question de la démocratisation des instances de régulation des télécommunications et de l'audiovisuel. Pour l'instant leur fonctionnement se résume en un tête-à-tête entre industriels, Etat et anciens hauts fonctionnaires. Et leur indépendance n'est qu'une indépendance par rapport au peuple français et non par rapport aux puissances de l'argent. Pour être démocratique et efficace, ces organismes devraient comprendre des représentants des syndicats, des associations et être sous contrôle parlementaire.

Et pourquoi pas, aller vers l'élection au suffrage universel de représentants du peuple français dans ces organismes au vu des enjeux fondamentaux des NTIC pour chaque citoyen.

JB - Que pensez-vous de la licence GPL, imaginée par Richard STALLMAN. Peut-on faire un parallèle avec l'idéologie communiste ?

YP - Le mouvement en faveur des logiciels libres, parfois à son corps défendant, conteste de fait les rapports de production et de propriété capitaliste. Cela tient à la nature même de ce que les économistes communistes comme Paul Bocara appellent la révolution informationnelle. Cette révolution informationnelle se caractérise par 3 éléments essentiels :
· Le coût de duplication et de communication d'une information devient de plus en plus marginale.
· Contrairement aux biens matériels manufacturés, quand on fournit une information à un tiers on en garde la possession.
· La part des coûts de recherche, développement et formation explosent dans la production des richesses.
C'est pourquoi, les logiciels libres et les licences du type de Stallman, par leur mode développement coopératif et non marchand remettent en cause le capitalisme.

Nous sommes tout à fait dans le cas où "à une étape de leur développement les forces productives entrent en conflit avec les rapports de production existants (...) De forme de développement des forces productives qu'ils étaient jusqu'alors, ces rapports de propriété se transforment en obstacles (Karl Marx in "Contribution à la critique de l'économie politique").

Bien sûr, cela ne veut pas dire et loin s'en faut que tous les promoteurs des logiciels libres soient des contestataires du capitalisme. Mais ils contribuent malgré eux à ébranler le système.
On peut effectivement dire que le mouvement autour des logiciels libres en se fondant sur la liberté de circulation et le partage coopératif converge à long terme vers la visée communiste de la libre association des producteurs et de l'abolition du salariat.

JB - Le monde du logiciel est à la fois celui de Microsoft (première capitalisation boursière de la planète) et celui de Linux (un système d'exploitation libre et gratuit, développé bénévolement par des milliers d'informaticiens). Comment expliquez-vous l'absence des hommes politiques français de cet univers ?

YP - Le problème a mon sens, n'est pas l'absence d'hommes politiques dans cet univers, mais l'absence de débats publics avec tous les citoyens sur la société de l'information. Car les choix politiques, législatifs, juridiques et économiques faits sur les NTIC, auront des conséquences bien plus importantes sur la vie de nos concitoyens que bien des débats qui font actuellement la une des journaux, comme les dates d'ouverture de la chasse ou la nécessité ou pas de réglementer les raves.

JB - La brevetabilité du logiciel est un sujet sensible. Quelle est la position du PCF ?

YP - Le PCF considère que les « brevets de logiciels » contrairement à la notion de droit d'auteur sont nuisibles car :
· Ils renforcent la domination économique en matière d'industrie logicielle des Etats-Unis et de Microsoft, sur l'Europe.
· Ils portent atteinte à la libre circulation de l'information scientifique et technique gage de la créativité en matière de logiciel.

JB - L'ouverture de la concurrence sur les réseaux téléphoniques entraîne une baisse régulière des tarifs pour les consommateurs et permet, accessoirement, de réduire la "fracture" numérique. Pourtant, le PCF défend le maintient des monopoles comme celui de . N'est ce pas paradoxal ?

YP -Premièrement, ce sont les avancées technologiques, leurs généralisations, et l'amortissement des infrastructures de télécommunication mise en place dans les décennies antérieures par les grandes entreprises publiques de service de réseau (comme France Télécom, mais aussi la SNCF, la RATP, ADP,...) qui sont essentiellement responsable de la baisse des tarifs.

Deuxièmement, le PCF ne défend pas le monopole de France Télécom sur les télécommunications, mais le caractère public de sa propriété. Sur le plan des infrastructures d'accès aux télécommunications, plusieurs solutions techniques existent : la fibre optique, le satellite, l'ADSL, l'utilisation du réseau électrique, le "sans-fil", ...et plusieurs entreprises ou organismes en charge de services publics de réseaux peuvent les mettre en œuvre : France-Télécom, la SNCF, la RATP, EDF, les sociétés d'autoroute, régies municipales,....C'est pourquoi, le fil conducteur de la démarche du PCF n'est pas de favoriser nationalement une technique ou un opérateur plutôt qu'un autre, mais de répondre au plus près aux besoins des gens. Pour nous, l'accès aux divers moyens télécommunication par tous, sur tout le territoire national et au même tarif, est une mission de service public à part entière. Le rôle de l'Etat devrait être de veiller au respect de cette mission de service public par la création d'un pôle public de la communication où les collectivités territoriales (régions, départements, communautés de communes et communes) avec son aide financière, assureraient la mise en œuvre avec le rôle de prescripteur et d'entraîneur en organisant la coopération et la complémentarité entre les différents opérateurs. Les usagers et les associations qui les représentent devant être partie prenante des choix effectués

JB - Grâce aux réseaux sans-fil WiFi (802.11b), de simples particuliers acceptent de mutualiser gratuitement leur accès internet. Certaines associations entendent même créer un réseau alternatif et gratuit à très haut débit. Que pensez-vous de ces initiatives ? Sont-elles conformes à votre idéal politique ?

YP -Nous sommes tout à fait partisan de ce type d'initiative qui doit être encouragé y compris par des subventions des collectivités territoriales. Notre juge de paix, sur ces questions est le principe de la meilleure réponse au besoin social d'un service public des télécommunications de qualité pour tous sur tout le territoire de la République

JB - Le PCF dispose d'un site web. Est-ce qu'il vous permet de faire de la politique autrement ?

YP -Le site Web du PCF nous a donné les moyens d'engager le dialogue avec des catégories et des couches de la population de plus en plus réfractaires aux discours et aux pratiques politiques traditionnelles. C'est particulièrement vrai concernant les étudiants, les jeunes, les militants d'associations militants en réseau.....

Il nous a permis aussi de rendre égaux, sur le plan de l'accès à l'information produite et diffusée dans le Parti, tous les adhérents dans la mesure où ils possèdent une connexion Internet. L''intégral de notre dernier Congrès en décembre 2001, a été retransmis en direct sur Net, ce qui est pour l'instant en France, à ma connaissance, un acte unique de démocratie et de transparence. L'interactivité du Net, en transformant chacun en acteur potentiel a contribué remettre l'adhérent au centre de la vie de notre Parti. Bien sûr, Internet ne résoudra pas la crise de la politique, mais avec un usage intelligent il peut y aider

JB - Monsieur LePollotec, je vous remercie.

Modifié le 18/09/2018 à 14h11
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