À Marseille, une ancienne base de sous-marins du IIIe Reich va devenir un data center

Nathan Le Gohlisse
Spécialiste Hardware
30 juin 2019 à 15h33
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Crédit : Interxion

Une ancienne base sous-marine allemande de la Seconde Guerre mondiale, située dans les bassins Est du port de Marseille, s'apprête à devenir un data center. Rénové par la société Interxion pour un budget de 140 millions d'euros, l'ancien édifice de la Kriegsmarine abritera bientôt des serveurs.

Essentiellement construites sur les côtes bretonnes (Lorient, Brest) et sur le littoral Atlantique (Saint-Nazaire, La Rochelle, Bordeaux), les bases sous-marines allemandes constituaient un enjeu stratégique majeur pour l'Allemagne nazie durant la Bataille de l'Atlantique. Dès 1943, pour abriter ses U-Boote stationnés en Méditerranée, la marine de guerre du troisième Reich avait entamé la construction de plusieurs bases dans le sud de la France dans le cadre du dispositif « Mur du Sud », initié un an plus tôt. L'une d'entre elles, construite dans le port de Marseille sous le nom de code « Martha », mais jamais achevée, sera investie dès le premier trimestre 2020 par les serveurs d'Interxion, une société hollandaise spécialisée dans la colocation de data centers.

14 câbles sous-marins se connectent à Marseille

Interxion détient déjà deux data centers implantés à Marseille. Une fois les travaux terminés (en fin d'année), l'ancienne base sous-marine allemande deviendra donc le troisième centre de l'entreprise au sein de la cité phocéenne. Il répondra pour l'occasion au nom de MRS3 et appuiera les deux centres existants dans les transferts de données vers le pourtour méditerranéen, mais aussi l'Afrique, le Moyen-Orient ou encore l'Asie. 14 câbles sous-marins majeurs se connectent en effet à Marseille, précise le groupe, qui décrit la ville comme un « hub de connectivité et de contenu entre l'EMEA et l'APAC ».

Contacté par ArsTechnica, Fabrice Coquio (Président d'Interxion France) explique pourquoi Marseille est un pôle primordial en matière de réseau. Grâce à ces câbles et à sa position géographique, la ville profite de seulement 5 à 6 millisecondes de latence réseau pour « communiquer » avec le Caire, DubaÏ ou encore l'Arabie Saoudite. Fabrice Coquio explique d'ailleurs que Marseille permet une connexion à faible latence avec pas moins de 46 pays, tout en étant située au sein de l'Union européenne. Un gage de sécurité sur le plan légal et financier.

« En gros, au cours des 15 dernières années, nous avons (réduit) le coût d'un câble sous-marin à un (dixième de ce qu'il était) et avons multiplié sa capacité par 50 », a-t-il pu ajouter. Implanter des datas center sur les côtes, afin qu'ils bénéficient des câbles posés au fond des mers, revêt donc un intérêt financier tout à fait notable pour des entreprises comme Interxion, qui propose cependant des serveurs dans de nombreuses villes européennes, dont Madrid, Paris, Vienne, Francfort, Dublin ou encore Londres.

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Crédit : Interxion

Un bunker, l'espace rêvé pour protéger des serveurs

Reste une question : pourquoi installer des serveurs dans un bunker à l'abandon depuis des années (la base Martha avait servi d'entrepôt pour l'Armée après la guerre, puis pour les douanes avant d'être désertée, précise France 3 ) ? Il s'agit d'un bâtiment déjà présent en plein cœur du port de Marseille et ce dernier a l'avantage d'être construit pour durer.

Si la base n'aura probablement plus besoin de résister à d'éventuels bombardements, l'aspect symbolique d'un bunker semble amener des clients dans le pré-carré d'Interxion. « C'est totalement clôturé, protégé et surveillé par la gendarmerie nationale », pointe Fabrice Coquio. « Et puis en termes de sécurité, (s'installer dans un ancien blockhaus) c'est aussi quelque chose qui a attiré certains de nos clients et notamment, soit dit en passant, certains de nos clients américains », ajoute-t-il, toujours auprès d'ArsTechnica.

Le site précise néanmoins qu'une telle proximité avec le monde marin implique un réaménagement complet de l'édifice, afin que le fonctionnement des serveurs ne soit, par exemple, pas compromis par les éléments ou la corrosion.

« Il y a quelque chose de plus dangereux que le sel, et ce sont toutes les microparticules que l'on trouve dans les moteurs diesel des bateaux, qu'il s'agisse de navires de croisière, de ferries, etc. », rétorque à ce propos Fabrice Coquio. « C'est la raison pour laquelle nous avons des filtres très spécifiques qui équipent les tuyaux d'échappement de nos générateurs, mais aussi tous les filtres pour les refroidisseurs secs (Dry Coolers) présents sur le toit ».

Un fournisseur arabe de SVoD a déjà signé

Question clientèle, l'ancienne base Martha attire déjà quelques curieux, dont un fournisseur arabe de SVoD. « Nous avons signé avec une société du Moyen-Orient qui est en quelque sorte une version arabe de Netflix », explique le Président d'Interxion France. « Bien sûr, leur portée n'est pas aussi large que celle de Netflix, mais ils diffusent quand même du contenu vidéo à plus de 400 millions de personnes ». « Ils peuvent collecter et extraire tout leur contenu de Marseille ».

Comme le précise France 3 Régions, les services proposés par Interxion à Marseille pourraient, à terme, attirer plus gros poissons, comme Microsoft, Apple... ou Netflix. Le vrai, cette fois.

Sources : ArsTechnica / Interxion / France 3 Régions

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Modifié le 30/06/2019 à 18h24
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