Fondation Sigfox : "Utiliser le réseau 0G pour lutter contre le braconnage d’animaux menacés" (Interview)

25 février 2020 à 12h05
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L'organisation a notamment équipé une soixantaine de rhinocéros d'un capteur permettant une surveillance à distance. Marion Moreau, la présidente de la fondation, répond aux questions de Clubic et nous informe des missions de la structure.

Marion Moreau est à la tête de la Sigfox Foundation depuis sa création, il y a trois ans. L'ancienne journaliste, bien connue de ceux qui ont côtoyé l'époque de Club Internet, milite pour la préservation des animaux en voie d'extinction ou menacés, comme les rhinocéros. Soixante d'entre eux ont d'ailleurs été équipés de boitiers mis au point par Sigfox et ses partenaires, fonctionnant via le réseau 0G de l'entreprise. Les capteurs permettent de tracer les animaux, et accessoirement de les préserver des dangers, comme celui que représente les braconniers.


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Marion Moreau (© Alexandre Boero pour Clubic)

L'interview de Marion Moreau, présidente de la Sigfox Foundation

Clubic : Quel est le rôle de la fondation Sigfox, créée il y a 3 ans ?

Marion Moreau : Le rôle de la fondation est d'utiliser, d'amener le réseau dans des zones sans connectivité, de créer des solutions de device de l'IoT, comme des capteurs, qui pour nous peuvent amener un vrai impact. Ce que nous souhaitons, depuis trois ans, avec ce fonds de dotation reconnu d'intérêt général, ce n'est pas de faire des petits projets mais d'utiliser le réseau 0G, bas débit et très peu énergivore, qui amène des solutions qui peuvent parfois changer la donne.

Avec les fondateurs de Sigfox, qui sont à son initiative, nous avons décidé de choisir des causes pour lesquelles nous amenons une réponse. Par exemple : l'environnement, la protection de zones fragiles, la sécurité des parcs face au braconnage, et les espèces en danger qui disparaissent. Avec du bon sens et une technologie qui vient en support du bon sens et non l'inverse, on peut être pertinent.

« Grâce aux antennes Sigfox et au capteur installé dans la corne du rhinocéros, nous relevons sa position exacte trois fois par jour »


C'est comme ça que nous avons écrit cette feuille de route, en fabriquant des capteurs et en amenant cette donnée, qui peut être utile à des communautés comme les rangers, ce que nous faisons depuis trois ans.

Point par point, on peut déjà aborder le point de la traçabilité des animaux. Qu'est-ce qui est fait, dans le détail, pour justement assurer cette traçabilité.

Cela fait trois ans que nous nous sommes intéressés à la cause des animaux en voie d'extinction. Malheureusement, il y en a beaucoup, et nous avons pris contact avec une grosse organisation qui protège des rhinocéros, qui s'appelle Save The Rhino, qui est une ONG qui discute avec les principales réserves naturelles. Le projet a démarré il y a trois ans, dans une réserve au Zimbabwe, maintenant au Zambi et nous démarrons en Afrique du Sud.

L'idée est d'amener quelques antennes Sigfox sur une très grande zone, d'environ 5 000 km² avec trois petites antennes Sigfox. Là, nous avons commencé à écouter le quotidien de ces gens qui protègent et sont en confrontation permanente avec des braconniers. Nous avons d'abord travaillé l'écoute du besoin puis démarré le prototypage du capteur, aujourd'hui installé dans la corne d'une soixantaine de rhinocéros, dont on relève la position exacte trois fois par jours. Nous livrons ensuite cette information sécurisée directement pour qu'il puisse y avoir une observation des animaux à distance, ce qui limite la prise de risque, sans toutefois définitivement palier à l'observation humaine.

« Aider la science et la communauté de la conservation des rangers à avoir une information qu'elles n'avaient pas auparavant, sur des durées inespérées »


Quelle suite allez-vous donner à ce projet ?

Ce projet va permettre d'aider la science et la communauté de la conservation et des rangers à avoir une information qu'elles n'avaient pas auparavant, sur des durées inespérées. Trois ans de données GPS depuis la corne d'un rhinocéros, je crois bien que c'est la première fois. Et cela fonctionne.


La seconde chose, et ce sera la fin du projet, c'est de finaliser ce petit capteur, grand comme la moitié d'un pouce, intégré dans la corne du rhinocéros, et de le rendre presque parfait, car certaines performances sont encore à optimiser. L'idée est ensuite d'ouvrir la solution et dire à tous les fabricants et développeurs comment nous avons mis au point ce capteur, estimé à 30 dollars pour 3 ans de durée de vie de batterie, et qu'il est ensuite déclinable en bracelet ou en collier pour d'autres espèces.

Quels sont les premiers effets, les impacts de la technologie, trois ans après la création de la fondation ?

Ce projet, qui est un peu de "donner un langage" au rhinocéros (le Now Rhinos Speak), permet par exemple de prévenir les rangers, via une notification, que l'animal se rapproche trop près d'une barrière. Demain, le rhinocéros pourra transmettre d'autres informations, pour mener des études de comportement avec, par exemple, un accéléromètre intégré dans un capteur.

« Ouvrir la solution et dire à tous les fabricants et développeurs comment nous avons mis au point ce capteur »


Nous allons poursuivre ce projet sur d'autres zones d'Afrique et nous concentrer sur les femelles. On continuera à activer ces notions d'alerte avec ce que l'on appelle le geofencing (géorepérage), ce paramètre que l'on fait à distance et qui fait que lorsque le rhinocéros sort d'une certaine zone, la notification est envoyée. Un projet au Bhoutan va permettre d'élargir le spectre avec différents devices et solutions. De nombreuses start-up sont ralliées à notre cause et nous fournissent des capteurs pour les essayer sur le terrain.

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(© Alexandre Boero pour Clubic)

Après la faune, qu'est-ce qui est fait pour la flore au sein de la Sigfox Foundation ?

Il est assez facile d'imaginer de poser quelques capteurs avec des modules d'énergie solaire récupérables sur des arbres. Ces choses sont en prototypage, aujourd'hui. Je pense qu'en ce qui concerne l'IoT appliqué à la flore ou à la faune, il faut revenir à cette notion de sensor, qui est d'activer les sens de la nature qui ne sont pas décryptés aujourd'hui. Nous savons que les plantes ont un langage à elles. Peut-être que l'IoT dévoilera des choses assez intéressantes. Qu'il s'agisse des plantes ou des humains, nos environnements, ce sont des ondes. Ce que Sigfox permet, c'est de décrypter ces formes, parce que c'est un réseau radio. La science utilise beaucoup cette technologie Sigfox, qui est une techno des sciences de la vie et de la terre, dans la mesure où elle réutilise les ondes radio, pour essayer de décrypter les langages à partir de nos environnements.


Nous avons accès à une donnée qui a une valeur inestimable. Certaines ne seront pas open source, bien évidemment, comme les données de localisation des rhinocéros. Mais ce que nous voulons, dans cette même philosophie, est d'ouvrir nos solutions technologiques liées aux objets, notamment la façon de les fabriquer etc., et sur la partie data, d'ouvrir un jeu de données environnementales.

« "Donner un langage" au rhinocéros (le Now Rhinos Speak) permet par exemple de prévenir les rangers, via une notification, que l'animal se rapproche trop près d'une barrière »


Sigfox est une plateforme de données qui viennent du monde physique, qui serait extraordinairement intéressante pour des communautés de développeurs.

Ne craignez-vous pas qu'une partie de cette technologie tombe entre de mauvaises mains ?

La Sigfox Foundation est liée à des organisations crédibles, visibles et identifiées, comme WWF. Nous ne travaillons pas avec n'importe qui, mais avec des organisations qui peuvent nous protéger de dérives.


Le partenariat avec WWF est extrêmement important pour vous....

C'est d'abord une très belle rencontre avec WWF France. Pascal Canfin, qui fut le directeur général de WWF France et qui est depuis quelques mois député européen, a très vite compris que la technologie devait absolument être amenée dans les mains des ONG. Il n'y a pas de raison d'attendre, il faut éduquer les ONG. Aujourd'hui, WWF est un partenaire pour nos opérations au Bhoutan, où nous installons un réseau dans le parc national du pays, avec un plan qui préfigure un projet beaucoup plus large de sécurité sur environ 150 parcs dans le monde, dans le futur.

A-t-on une idée du budget de la Sigfox Foundation aujourd'hui ?

Il est environ de 300 000 euros, avec trois personnes à sa direction. Nous sommes indépendants et fortement soutenus par Sigfox, qui donne gratuitement sa technologie et son support. Mais nous avons volontairement construit la fondation pour obtenir des dons de mécènes, d'ONG qui nous soutiennent. Nous discutons avec plusieurs entreprises aujourd'hui qui ont compris que leur contribution pouvait nous aider à être plus efficace, soit en accélérant nos projets, soit parce que nous faisons grandir l'équipe.

« L'« IoT » est un terme réducteur, puisque nous parlons d'Internet des animaux, des arbres ou des plantes »


À titre personnel, vous qui étiez journaliste de métier avant de prendre la tête de la fondation, qu'est-ce qui vous a poussé à prendre la tête de la fondation ?

Je suis une ancienne de Club Internet ! Ça fait une vingtaine d'années maintenant. J'ai vécu la première révolution d'Internet. Quand on la vit, sur le moment, on ne se rend pas compte qu'en deux décennies, nos habitudes, nos interactions ont changé. Lorsque j'ai découvert Sigfox, j'ai appris ce que l'on appelle IoT, qui d'ailleurs est un mot réducteur, puisqu'au sein de la fondation, nous parlons d'Internet des animaux, des arbres ou des plantes. J'avais envie, par curiosité, de m'y intéresser, et d'y amener un sens, car les technologies peuvent être formidables lorsqu'elles résolvent des problèmes.

J'ai donc mis ma carrière de journaliste entre parenthèses. Aujourd'hui, j'ai un quotidien que beaucoup m'envient, mais qui représente beaucoup de travail. On essaie de travailler avec des gens qui prennent des risques, qui risquent leur vie tous les jours. C'est formidable.
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