L'Union européenne se lance sur Mastodon, l'alternative open source à Twitter

Alexandre Boero
Par Alexandre Boero, Journaliste-reporter, chargé de l'actu.
Publié le 29 avril 2022 à 12h15
EU Voice se dévoile © Capture Clubic
EU Voice se dévoile © Capture Clubic

Le Contrôleur européen de la protection des données (CEPD) a annoncé ce jeudi s'être lancé sur les plateformes fondées sur les logiciels Mastodon et PeerTube.

Le réseau social proclamé concurrent de Twitter, Mastodon, est en train de séduire de plus en plus d'utilisateurs. La plateforme, créée en 2016 par un jeune développeur allemand aujourd'hui âgé d'une trentaine années, a recruté plus de 40 000 nouveaux utilisateurs le 26 avril, et même un peu plus le lendemain, soit le double de ses standards habituels. Désormais, voilà que les instances de l'Union européenne débarquent sur la plateforme. Explications.

Le CEPD ouvre son propre serveur sur Mastodon

Le Contrôleur européen de la protection des données, équivalent de la CNIL à l'échelle de l'UE, l'annonce lui-même : « Le CEPD lance aujourd'hui la phase pilote publique de deux plateformes de médias sociaux : EU Voice et EU Video. » Alors, de quoi s'agit-il, plus concrètement ?

Sans surprise, et après le rachat de Twitter par le milliardaire Elon Musk, qui fourmille déjà d'idées sur la sécurité et la liberté d'expression pour le petit oiseau bleu, l'Union européenne a fait preuve d'un vrai intérêt pour la plateforme Mastodon. Open source, gratuite et décentralisée, elle revendique une réelle indépendance vis-à-vis des « géants » et se développe progressivement à l'aide de dons (donc pas de publicités). Elle possède également plus de 2 000 serveurs directement exploités par des individus et organisations indépendants.

Aperçu de la plateforme EU Video, très, très peu visitée pour le moment © Capture Clubic
Aperçu de la plateforme EU Video, très, très peu visitée pour le moment © Capture Clubic

Sur Mastodon, le CEPD a lancé son propre serveur, baptisé EU Voice, et fondé donc sur le logiciel open source. Il a plus précisément créé sa propre communauté (une « instance », dans le jargon Mastodon), qui permet à son gestionnaire d'effectuer sa propre modération. Le principe est ensuite plus ou moins identique à Twitter, avec l'idée du microblogging limité à 500 caractères par « pouet » ou message (on attend vos meilleurs jeux de mots en commentaires), mais aussi une messagerie privée, un système de notifications, etc.

Un projet initié par le CEPD, mais aussi ouvert à toutes les institutions de l'Union européenne

Sur son serveur EU Voice, l'autorité indépendante européenne entend encourager l'interaction avec le public, en partageant notamment des textes courts, des images et des vidéos. Sur EU Video, le CEPD fondera les interactions sur le partage, le téléchargement et les commentaires de vidéos et de podcasts. Cette seconde plateforme, elle, repose sur le logiciel libre PeerTube.

L'idée globale, pour le CEPD, est de fédérer un maximum d'institutions, organes et agences de l'Union européenne, autour des plateformes EU Voice et EU Video. Sur la première citée, plusieurs autorités jouent déjà le jeu, comme la Cour de justice de l'Union européenne, la Commission européenne ou encore l'Agence des droits fondamentaux de l'UE.

La CJUE, l'une des institutions qui participent à EU Voice © Capture Clubic

« Avec le lancement pilote de EU Voice et EU Video, nous visons à proposer des plateformes de médias sociaux alternatives qui donnent la priorité aux individus et à leurs droits à la vie privée et à la protection des données. Concrètement, cela signifie, par exemple, que EU Voice et EU Video ne reposent pas sur des transferts de données personnelles vers des pays hors de l'Union européenne et de l'Espace économique européen ; il n'y a pas de publicités sur les plateformes ; et il n'y a pas de profilage des personnes susceptibles d'utiliser les plateformes. Ces mesures, entre autres, donnent aux individus le choix et le contrôle sur la manière dont leurs données personnelles sont utilisées », explique le contrôleur européen de la protection des données, Wojciech Wiewiórowski.

L'UE poursuit donc ses rêves en matière de données et de souveraineté numérique, pour peut-être un jour véritablement favoriser l'indépendance de l'Europe dans l'écosystème numérique. Avant cela, il faudra fédérer et convaincre les citoyens européens, et ça, c'est loin d'être gagné.

Par Alexandre Boero
Journaliste-reporter, chargé de l'actu

Journaliste, chargé de l'actualité de Clubic. En soutien direct du rédacteur en chef, je suis aussi le reporter et le vidéaste de la bande. Journaliste de formation, j'ai fait mes gammes à l'EJCAM, école reconnue par la profession, où j'ai bouclé mon Master avec une mention « Bien » et un mémoire sur les médias en poche.

Vous êtes un utilisateur de Google Actualités ou de WhatsApp ?
Suivez-nous pour ne rien rater de l'actu tech !

A découvrir en vidéo

Commentaires (0)
Rejoignez la communauté Clubic
Rejoignez la communauté des passionnés de nouvelles technologies. Venez partager votre passion et débattre de l’actualité avec nos membres qui s’entraident et partagent leur expertise quotidiennement.
Commentaires (8)
norwy

Bonne idée de séparer les institutions officielles de la hype des GAFAM qui prétendent gouverner la démocratie.

Tous ces énarques qui trouvaient ça cool d’y aller devraient avoir honte aujourd’hui…

J’espère que nos gouvernants quitteront la fosse à purin pour revenir à des plateformes démocratiques à adopter d’urgence pour retrouver de la confiance dans la parole et l’actualité publique.

Popoulo

revenir à des plateformes démocratiques ? j’espère que vous avez raison.

Bombing_Basta

Tiens c’est un bonne question à se poser ça, ceux qui rachètent twitter ou « forkent » mastodon, pouvaient bien créer une instance mastodon ou leur faire un généreux don non ? Sans parler de la pub que ces influenceurs auraient pu faire.

Ceux qui rachètent ou forkent, ils disent le faire pour le bien de tous, démocratie, liberté, vérité, blabla…

Le bien de tous ce n’est pas qu’une personne puissante possède un canal de communication qu’il soit horizontal ou vertical.

Le bien de tous c’est que tous puissent participer à construire et alimenter un canal horizontal.

Seul un réseau open source permet cela.

Bravo l’Europe.

Attention, si twitter passe en full open source et décentralisé je serai là pour crier un full hourra, je ne suis pas mauvais joueur…

gothax

Maintenant si tu penses que l EU devrait être revue entièrement institutionnellement et dans son fonctionnement et que tu vas en parler avec eux sur leur instance mastodon, tu seras populiste, poutinophile puis censuré et éjecté???

Quant au jeu de mot je me lance sur un « double » messages … Dites « camion »

ultrabill

Il faut s’attendre à ce que les contenus tournent au désavantage de l’institution.
Heureusement que c’est une « phase pilote », ça permet de fermer le service dès que ça chauffe trop sans se faire traiter de censeur.

tux.le.vrai

Belle initiative à saluer.

Par ailleurs, cela va mettre en avant ces alternatives au GAFAM :grinning: :grinning:

sBim

Belle initiative, le salut de l’UE en terme de souveraineté numérique passe par l’open source, et l’UE a les moyens de soutenir financièrement et matériellement (par des serveurs notamment) les initiatives libres, qui viennent en plus ici d’européens (un allemand pour Mastodon, un français pour Peertube). Et ça aurait été encore mieux de mettre les liens directement dans l’article :).

bennukem

Avec tout le fric qui est claqué à droite ou à gauche ils ont du attendre pour gratter gratos chez les autres.

incroyable !

Est-ce qu’ils font des dons ou une aide quelconque pour le dev ?

La chose positive est que ça fait parler de ces deux projets qui sont sympas