Live Japon : Au 7ème ciel, vu de l'espace

Karyn Poupée
27 novembre 2010 à 00h00
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Améliorer la vie sur Terre, protéger l'Homme et préserver sa planète, telles sont les motivations affichées par le Japon lorsqu'il présente sa vision pour la recherche spatiale.

L'une des grandes ambitions des Japonais est aussi de mieux utiliser l'espace à des fins extrêmement pratiques. Exemple ? Eh bien lisez le manga de l'ami Nishi !

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Permettre le développement de nouveaux services reposant sur la géolocalisation, à des fins publiques, personnelles ou professionnelles, qu'on espère moins intrusives que celles imaginées par le mangaka Nishi, tel est le but de la mise en orbite du satellite « Michibiki » lancé en septembre dernier. Cet engin doit en effet émettre des signaux complémentaires de ceux des satellites du système GPS.

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Ces informations, reçues au Japon, en Australie et dans une partie de l'Asie, permettront d'améliorer la précision des services de géolocalisation dans les zones concernées. En théorie, le système GPS permet de localiser un élément fixe ou mobile sur Terre à environ dix mètres près. Cependant, cette précision dépend grandement des conditions météorologiques et terrestres. L'archipel nippon, aux mégapoles denses peuplées de gratte-ciel et au terrain très accidenté, est une des zones où la précision théorique est difficile à atteindre, selon les chercheurs de la Jaxa, lesquels voudraient en outre qu'elle soit d'un mètre.

Pour ce faire, il faut impérativement recevoir simultanément les signaux de plusieurs satellites GPS pour situer un objet. « Michibiki », qui sera plus facilement visible du sol nippon que lesdits satellites GPS, est censé apporter un complément fiable, afin de minimiser les erreurs. Toutefois, pour obtenir la précision requise 24 heures sur 24 (et non un tiers du temps seulement), deux autres satellites du même type que « Michibiki » sont requis, reconnaît la Jaxa. Pour l'heure, des contraintes budgétaires compliquent la tâche des ingénieurs.

Des entraves, les équipes scientifiques nippones en rencontrent aussi sur le volet technique, mais elles persévèrent et ont raison. Après moult péripéties, et alors même que le chef de projet n'y croyait plus, l'agence d'exploration spatiale japonaise (Jaxa) a fini par annoncer il y a quelques jours « avoir confirmé la présence de 1 500 particules d'astéroïde » dans les échantillons rapportés par la sonde « Hayabusa » après une mémorable épopée interstellaire. C'est la première fois que des matières prélevées directement sur un corps céleste autre que la Lune sont rapportées sur Terre, selon la Jaxa, laquelle n'en est pas peu fière. « Après analyse de poussières présentes dans la collecte, nous avons constaté que presque toutes étaient extra-terrestres et avons abouti à la conclusion qu'il s'agissait de particules provenant de l'astéroïde Itokawa, vieux de plusieurs dizaines à plusieurs centaines de millions d'années, » s'est félicitée la Jaxa. « C'est un remarquable exploit, » s'est pour sa part immédiatement réjoui le ministre japonais de la Science et des Technologies, Yoshiaki Takagi.

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« Je suis extrêmement ému, je ne sais comment décrire ce qui surpasse nos rêves, nous avons été incroyablement chanceux, » a réagi Junichiro Kawaguchi, le directeur du projet, un téméraire entêté s'il en est. Les 1 500 particules en question ont toutes une taille inférieure à 10 microns, ce qui exige à présent l'exploitation de technologies spéciales pour procéder à des analyses plus poussées.

« Nous espérons qu'en poursuivant l'étude des poussières d'Itokawa, nous apporterons une nouvelle contribution à la compréhension de l'origine du système solaire, » a conclu l'agence japonaise. La capsule contenant les particules a été récupérée en juin dernier dans le désert australien, après avoir été larguée par « Hayabusa », lors de son retour, avec trois ans de retard sur le calendrier initial. La sonde elle-même s'est ensuite désintégrée dans l'atmosphère, achevant ainsi un voyage de sept ans et six milliards de kilomètres parcourus dans l'espace.

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« Hayabusa » était entrée en contact avec « Itokawa » en septembre 2005. Par la suite, la sonde a cependant dû faire face à d'incroyables ennuis techniques à répétition, laissant pendant cinq ans planer le doute sur la présence ou non d'échantillons dans la capsule. On se souvient même des atermoiements de la Jaxa, annonçant un jour triomphalement avoir réussi à récupérer des particules, puis le lendemain prévenant qu'il faudrait quand même attendre le retour sur Terre de la capsule pour en avoir le cœur net. La très faible gravité présente à la surface du petit astéroïde a en effet conduit les scientifiques japonais à imaginer un système de prélèvement certes ingénieux mais aléatoire. Un cornet devait recueillir la poussière projetée par l'impact d'une bille sur la surface de l'astéroïde, la sonde disposant de seulement trois billes.

Des difficultés de télécommunications avec la sonde, des avaries avec les moteurs, les batteries et d'autres équipements avaient aussi forcé les techniciens à jouer le tout pour le tout, le voyage se transformant en une véritable odyssée. Pourtant, avant même que ne soit confirmée la présence de particules, les scientifiques estimaient qu'« Hayabusa » avait rempli son contrat, la sonde étant revenue et ayant pu effectuer diverses observations de l'astéroïde. De ce fait, depuis le retour de la capsule en juin, « Hayabusa » est devenue pour tous les Japonais, petits et grands, le symbole de la ténacité, du courage et du non-renoncement dans l'adversité.

Fortes de ce succès, les équipes de « Hayabusa » préparent une deuxième mission du même type pour 2014-2015, implorant le gouvernement de leur consentir le budget adéquat, alors même que les ministères sont mis à la diète pour cause de finances publiques dans un piteux état. Il n'empêche, « Hayabusa » emportait des technologies qui, tels les moteurs ioniques, sont censées notablement étendre les possibilités d'exploration spatiale et propulser le Japon parmi les grands conquérants de l'univers ou au premier rang des fournisseurs mondiaux des technologies requises.

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Le groupe NEC, concepteur desdits moteurs, développeur de divers types de capteurs et moyens de transmissions, le sait bien. Cette firme éclectique utilise désormais l'emblème « Hayabusa » pour promouvoir ses atouts, après avoir fait de même avec plusieurs autres programmes spatiaux, dont le satellite pour l'Internet à très haut-débit « Kizuna » (un terme qui signifie « lien » en japonais). NEC, que l'on connaît plus en Europe pour ses équipements informatiques et de télécommunications, a été promu à la tête d'un consortium d'industriels épaulé par les pouvoirs publics nippon pour développer un système de satellites d'observation géographique à bas prix, destiné aux nations émergentes. Il s'agit de concevoir un petit satellite polyvalent et peu coûteux, capable d'observer par exemple les conséquences de catastrophes naturelles, de suivre l'évolution des forêts ou de réaliser diverses cartographies, etc. Selon le Meti, le modèle de satellite envisagé sera prêt aux environs de 2012 et sera notamment destiné à des pays comme le Brésil, l'Egypte, l'Indonésie, la Thaïlande, le Vietnam ou Dubaï. Le premier exemplaire sera utilisé au Japon.

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Les Japonais ambitionnent ainsi de concurrencer des groupes occidentaux tels que la filiale Astrium d'EADS, considérée comme l'un des plus importants rivaux sur les nouveaux marchés à conquérir.

Par ailleurs, des groupes comme Sharp, Mitsubishi Electric, Sanyo et Kyocera, également réputés pour leurs appareils électroniques, sont aussi des pionniers des panneaux solaires employés dans l'espace. Cela fait quelque quatre décennies qu'ils en produisent. L'énergie solaire, le Japon veut presque aller la chercher à la source. Dépourvu de ressources naturelles mais détenteur de technologies de pointe, il ambitionne en effet de construire une centrale solaire spatiale émettrice d'énergie sur Terre par faisceau laser ou micro-ondes. Objectif: placer vers 2030 un engin en orbite géostationnaire (à 36 000 kilomètres de la Terre), équipé de nombreux panneaux solaires. Ces éléments photovoltaïques, à l'instar de ceux employés au sol, convertiront l'énergie des rayons du soleil en électricité, avec une capacité annuelle cinq à dix fois supérieure à aire identique.

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Ce courant électrique sera à son tour transformé en flux énergétique transmis par faisceau laser ou micro-ondes jusqu'à la Terre où il sera capté par une gigantesque antenne parabolique dédiée, et retransformé en électricité. « Puisqu'il s'agit d'une forme d'énergie propre et inépuisable, nous pensons que ce système peut contribuer à résoudre les problèmes d'insuffisance énergétique et de réchauffement climatique de la Terre dû aux gaz à effet de serre, » expliquent des chercheurs de Mitsubishi Heavy Industries (MHI), groupe diversifié spécialiste des techniques aérospatiales. « La lumière du soleil abonde dans l'espace, » rappellent-ils.

Les ministères de l'Economie, du Commerce et de l'Industrie (Meti) et des Sciences et Techniques (Mext) ont confié l'an passé le développement du dispositif et des différents éléments expérimentaux à Mitsubishi Heavy Industries (MHI) et à l'Institut de recherches sur les engins spatiaux inhabités, une organisation qui regroupe dix-sept sociétés dont Mitsubishi Electric, NEC, Fujitsu et Sharp ainsi que divers autres industriels diversifiés. Plusieurs étapes sont prévues avant l'entrée en exploitation d'un tel système à partir des années 2030, selon les plans actuels.

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Outre les rayons solaires, le Japon veut utiliser les autres forces offertes par le soleil pour faire voguer les engins spatiaux. Et cela est possible comme le prouve le cerf-volant « Ikaros », un engin expérimental carré, de 14 mètres de côté, mû par les particules et l'énergie solaires. La voile, plus fine qu'un cheveu, de cet objet spatial envoyé récemment, est couverte de matériau spécial sensible aux particules solaires et de cellules photovoltaïques. « Ikaros », pour lequel NEC a fourni nombre de technologies, progresse ainsi selon un « mode hybride, couplant électricité et pression, » précise la Jaxa.

« Ikaros » a été expédié dans l'espace en même temps que la première sonde nippone d'observation de Vénus (Venus Climate Orbiter PLANET-C), surnommée « Akatsuki » (« aube » en japonais). La mission « Akatsuki », préparée depuis 2001, va compléter les observations de Venus Express, le satellite envoyé fin 2005 par l'Agence spatiale européenne et arrivé à destination au printemps 2006. La sonde devrait atteindre le mois prochain la périphérie de la « planète ardente », qu'elle scrutera depuis une orbite elliptique, à 300 kilomètres au plus près. Le Japon peut aussi se féliciter de la réussite récente de la mission lunaire « Kaguya » (ou Selene) qui, grâce à une caméra haute-définition conçue par la chaîne de télévision publique NHK, a offert des images inédites de la face cachée de la Lune et du lever de Terre.

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Les ambitions spatiales japonaises ne s'arrêtent pas à des buts scientifiques ou pratiques. Les industriels locaux ont aussi des visées commerciales, notamment en tant que prestataires de lancement. Le Japon a déjà une fusée opérationnelle sur ce plan, la H-2A, exploitée par MHI, et a développé sa soeur, la H-2B. Le premier exemplaire de cette nouvelle future concurrente d'Ariane a décollé comme prévu l'an passé avec à son bord un engin de transport (HTV) qui avait rendez-vous avec la Station spatiale internationale (ISS) pour livrer ravitaillement et matériel à son équipage. Cette mission, réussie, était cruciale pour les Japonais qui espèrent faire du HTV un relais de la navette américaine pour transporter des équipements vers l'ISS. Le HTV, imaginé par l'agence spatiale japonaise, est un véhicule cargo à usage unique mais dont sept exemplaires au total sont prévus. Un HTV doit ainsi rallier l'ISS chaque année jusqu'à 2015, afin de récupérer les ordures et d'apporter à son équipage jusqu'à 6 tonnes de marchandises et équipements par voyage.

A horizon plus lointain, vers 2020, le gouvernement japonais envisage d'envoyer sur la Lune un robot « à deux jambes » pour explorer le terrain afin d'y installer ultérieurement une base japonaise habitée. « Nous souhaitons envoyer sur l'astre lunaire un robot bipède pour effectuer des observations poussées du sol et de l'environnement dans le but d'y mettre en place ensuite une station humaine de recherches scientifiques, » a indiqué dans un document un groupe de travail gouvernemental. « Par la suite, nous souhaitons y faire travailler conjointement des hommes et des robots, » précise ce rapport.

Pour le moment, et bien que certains experts le préconisent, le Japon ne prévoit pas d'envoyer lui-même à moyen terme un homme sur la Lune, contrairement à la Chine. « Il est nécessaire que nous réfléchissions davantage aux risques liés à des activités humaines sur la Lune ainsi qu'au coût faramineux que représente ce type de mission lorsqu'elle est prise en charge par un seul pays, » justifie le groupe de travail. Les responsables de la Jaxa espèrent cependant que le Japon participera à des programmes lunaires habités internationaux et qu'un astronaute nippon sera un jour du voyage.

En attendant, la priorité est de prouver au reste du monde les capacités uniques du Japon en matière de robotique, un de ses domaines de prédilection et d'excellence. « Le Japon doit employer toutes ses forces pour définir précisément les objectifs, résultats attendus, technologies à concevoir, étapes du calendrier et montants nécessaires » pour ce projet de robot, insistent les experts. Ils n'excluent pas les coopérations éventuelles avec d'autres pays. Rappelons que les Nippons voient dans les robots des amis pour décharger l'homo-sapiens des tâches dangereuses, ingrates, sales, harassantes ou, pour d'autres raisons encore, jugées inhumaines.

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En dépit de ces réalisations et ambitions, le Japon, qui a connu plus d'un déboire dans l'espace, n'est pas nécessairement perçu comme un pays moteur de la conquête spatiale, ce que regrette un spécialiste nippon. « Le Japon fait beaucoup de choses dans l'espace, en pensant qu'ainsi il progresse, mais quelle est la cohérence de l'ensemble, telle est la question, » s'est interrogé récemment Tetsuhiko Ikegami, président du comité des développements spatiaux du ministère de la Science.

Les programmes précédemment cités ont certes tous un objectif technique ou scientifique précis, mais ils n'ont guère de liens entre eux et ne font pas nécessairement rêver la planète entière. « C'est un peu trop épars, » regrette M. Ikegami. « Pour dire que l'on a une stratégie, il faut avoir un objectif majeur, une vision, » insiste-t-il. Et le même de rêver que le gouvernement du Japon décide d'avoir comme but de dépêcher un homme sur Mars.

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Las, selon cet ancien chercheur en technologies de transmission, les vols habités sont un sujet « tabou » au Japon où l'on considère que l'on ne doit pas mettre ainsi en danger la vie d'un homme, qui plus est pour un coût... astronomique.

« On dit que les jeunes Japonais n'ont plus le goût du défi, qu'ils se détournent des sciences, qu'ils ne partent plus à la découverte du monde, qu'ils rechignent à faire des études à l'étranger, mais peut-être faudrait-il pour changer les choses que le pays ait une vraie vision spatiale, » argue-t-il. « L'apport d'une mission spatiale va au-delà des aspects scientifiques et financiers, » plaide pour sa part le directeur du programme Hayabusa, M. Kawaguchi, soulignant l'impact sur le moral des chercheurs, l'effet d'émerveillement sur les citoyens et particulièrement sur les enfants dont l'avenir du pays dépend.

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Pour M. Ikegami (sexagénaire manifestement marqué comme tous ses compatriotes de même génération par la diffusion télévisée des premiers pas de l'Homme sur la Lune en 1969), les images sont éminemment importantes. Reste que les pouvoirs publics nippons ne sont pas nécessairement disposés à s'acquitter du prix des timbres de cartes postales spatiales, fussent-elles des souvenirs sans égal pour l'Humanité. Pour l'heure, dans un monde mû par des compétitions internationales, le rôle du Japon dans l'espace apparaît encore mineur, déplore-t-il. « Jusqu'à présent, le Japon était dans ce domaine dans une phase de rattrapage, » convient M. Ikegami, mais il doit désormais selon lui passer à la vitesse supérieure.

Et de conclure : « Le faible rayonnement spatial du Japon n'est cependant pas tant un problème technique, car le Japon détient de nombreux atouts en la matière, qu'une question de puissance politico-diplomatique. »

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Modifié le 01/06/2018 à 15h36
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