Karyn Poupée

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Depuis 9 ans exactement, chaque semaine, je me suis amusée à tenir ici la chronique de l’actualité technologique japonaise, avec une liberté totale et avec la complicité pendant plusieurs années -ainsi que pour cette dernière - de mon mari dessinateur de manga JP NISHI. De la matière, il y en avait à foison, des nouveautés technologiques à gogo. Mais aujourd’hui, Live Japon s’arrête. Fini. On ne va pas pleurer. C’est un signe des temps. L’intérêt pour le Japon comme puissance technologique régresse, et quand il faut dégraisser, il est tout désigné. Je le vois, je le vis, je le déplore, mais c’est un fait: techniquement, les Japonais ne sont plus aussi inventifs qu’ils l’ont été. Lorsque je suis arrivée au Japon il y a 20 ans, c’était le boom des téléphones mobiles « en forme de coquillage », ceux que l’on nomme aujourd’hui « garake ». Au Japon, les premiers modèles à écran en couleurs étaient déjà sur le marché, ils n’allaient pas tarder à prendre des photos, à permettre d’échanger des e-mails et de naviguer sur des sites (i-mode de NTT Docomo, 1999). Ce n’était que la 2G mais on savait déjà que la 3G serait commercialement lancée en 2001, et elle le fut. Le Japon avait en la matière plusieurs années d’avance sur le reste du monde. Mais depuis, l’écart s’est resserré, le pays du Soleil-Levant est à peine devant. Les TV Plasma (technologie industrialisée par Fujitsu) et LCD tenaient la vedette, on nous montrait déjà dans les labos de la chaîne NHK des images 8K. Fujitsu a abandonné une dizaine d’années plus tard, puis Pioneer, puis Panasonic, le plasma était trop énergivore, et ne rapportait plus. Les fabricants d’appareils photo numériques, presque tous japonais (Nikon, Canon, Olympus, Fujifilm, Casio, Ricoh, Sony, Panasonic, Pentax) alignaient des chiffres de vente en progression fulgurante. Aujourd’hui ils dominent toujours, mais leur marché est cannibalisé par les smartphones, et le nombre de personnes qui prennent des photos avec leur iPhone ou Galaxy dépasse le total de celles qui utilisent leur Lumix ou E-Pen. Depuis des décennies déjà, on s’amusait des prouesses des robots, avec dans les années 1990 Asimo (Honda) et Aibo (Sony) et l’on voyait arriver avec grand intérêt chaque année le Tokyo Game Show, événement du jeu vidéo et le Ceatec, plus important salon de l’électronique grand public d’Asie. Depuis, Asimo est certes toujours là, mais il ne fait guère de progrès, Aibo a disparu et l’opportuniste Pepper (créature franco-japonaise, assemblée à Taïwan) parvient à déchaîner les médias malgré ses faibles performances faute de réelle concurrence. Quant au salon Ceatec, il n’est plus que l’ombre de lui-même, avec des fabricants de composants, mais plus de grandes marques. Sony n’y va plus, Toshiba et Hitachi se retirent progressivement de l’électronique grand public et des équipements audiovisuels, car ils ne sont plus rentables. Les maquillages de comptes ont masqué pendant des années la mauvaise santé de Toshiba, mais la vérité, cruelle, a fini par sortir. Et à part les mémoires flash, Toshiba n’a plus guère de quoi briller auprès des consommateurs. Plus triste encore est la destinée de Sharp, pionnier des LCD qui a fini par trop miser sur ce secteur sans mesurer les avancées de la concurrence et la capacité des rivaux à produire moins cher. Bilan, Sharp vient d’accepter de passer sous la coupe de Hon Hai/Foxconn, l’assembleur des produits d’Apple. Sony et Panasonic ont traversé depuis les années 1990 leur pire période. Cela va apparemment un peu mieux, mais au prix d’une cure d’amaigrissement douloureuse et rien ne garantit que le redressement sera durable. Nintendo a connu un pic il y a 7 ans mais est désormais dans une situation qui n’est pas très enviable, avec un chiffre d’affaires qui a été divisé par 4. Outre qu’elles ont souffert d’une concurrence accrue, les entreprises japonaises ont été malmenées par la conjoncture, qu’il s’agisse de la crise financière internationale de 2008/2009, de l’instabilité politique au Japon (changement de Premier ministre tous les ans de 2006 à 2012), et de catastrophes naturelles, dont celle terrible de mars 2011 (séisme, tsunami, accident nucléaire de Fukushima Daiichi). Et les consommateurs ne sont plus aussi enthousiastes vis-à-vis des technologies ou plus prêts à payer autant pour des produits dont le cycle de vie est de plus en plus court. Bref, tout s’est conjugué pour affaiblir le Japon et les Japonais qui sont en outre très mal à l’aise avec les évolutions en cours: mondialisation (les Japonais sont repliés sur eux-mêmes), domination croissante du logiciel sur le matériel (alors que les Japonais sont avant tout des concepteurs et fabricants d’objets), accélération des procédés industriels et des échanges d’informations (les entreprises japonaises sont très conservatrices - au point de continuer à utiliser des fax - , hiérarchisées, lentes). Nous sommes en 2016, dans 4 ans auront lieu à Tokyo les jeux Olympiques. Ce sera la deuxième fois que cet événement sportif se tiendra dans la capitale japonaise. La première était en 1964 et le Japon avait alors révélé au reste du monde ses phénoménales capacités industrielles et technologiques (retransmission TV couleur, mondovision, train à grande vitesse Shinkansen 17 ans avant le TGV, etc). Il allait confirmer sa suprématie 6 ans plus tard lors l’Exposition Universelle d’Osaka (1er téléphone portable). S’en étaient suivies des décennies de domination technologique planétaire, au point de rendre jaloux les Etats-Unis (« guerre des semi-conducteurs » dans les années 1970-80). Il nous reste à espérer que l’archipel saura réitérer l’exploit dans les prochaines années et que Live Japon puisse revenir alors vous raconter la vie au pays du Soleil-Levant. Une chose est certaine, même si le Japon a perdu de sa superbe aux yeux du technicien, aux yeux du sociologue, il est l’un des plus passionnants lieux du monde. Merci à tous. Sayonara. Twitter @karyn_poupee
29/05/2016 | Live Japon
Sony Building, 5e niveau, Ginza, Tokyo. C’est là que pour la première fois au Japon Sony présente depuis vendredi son nouveau concept Projet N au milieu de plusieurs autres inventions de ses jeunes chercheurs qui ne manquent pas d’imagination ni de motivation. Le Sony Building existe depuis des décennies comme showroom du groupe. Tous les produits audiovisuels du fleuron nippon y sont présentés. Mais le 5e niveau a fait peau neuve pour mettre en avant des prototypes que Sony entend finir de développer avec les avis et conseils des premiers utilisateurs testeurs. Jusqu’à présent, la plupart des informations sur le « Project N » nous étaient parvenues par courriel, et les premières présentations avaient eu lieu aux Etats-Unis. Cette fois, à Tokyo aussi il est possible d’expérimenter ce produit qui se présente comme une sorte de collier qui diffuse de la musique vers les oreilles de celui qui le porte: elle s’entend parfaitement, sans pour autant couvrir les bruits ambiants. Ce n’est ni la fonction casque audio, ni celle d’écouteurs, mais plutôt celle de diffuseur de sons ou de haut-parleur individuel à champ restreint. Cela est pertinent lorsque l’on veut par exemple travailler en chanson ou écouter une émission de radio, une conférence en ligne ou toute autre source sonore dans gêner ses voisins mais sans pour autant se couper de l’environnement dans lequel on se trouve. Les personnes alentour ne se rendent même pas compte que vous écoutez quelque chose et c’est mieux car elles ne s’interdisent ainsi pas de vous adresser la parole si nécessaire. L’appareil, qui travaille en parallèle avec un smartphone, une tablette ou un ordinateur, possède en outre un bouton sur lequel il suffit d’appuyer pour faire une requête vocale, par exemple « quelle est la météo du jour ? Y a-t-il un café dans les environs ? ». La réponse est sonore et la communication se fait via Bluetooth. « Prends une photo » déclenche la saisie d’un cliché avec la caméra logée à l’extrémité avant de ce collier semi-fermé. Une autre variante comporte des écouteurs qui ont la particularité de ne pas être installés dans les oreilles mais de se fixer sur le lobe de ces dernières. Le produit n’est encore qu’à l’état de prototype mais s’avère très prometteur. Autre trouvaille intéressante qui plaît particulièrement aux filles: un diffuseur d’arômes de poche qui compte 5 parfums à choisir en tournant la partie supérieure de l’objet de la taille d’un briquet cylindrique. Il suffit tout simplement de le tenir quelques secondes sous son nez pour profiter d’une flagrance agréable et apaisante. Les Japonais sont des adeptes de l’aromathérapie. Pratique quand on se trouve dans un train bondé à côté une personne fumeuse qui empeste, d’un type manifestement imbibé d’alcool (ce qui n’est pas rare) ou qui sort d’un restaurant de « kimchi » (effet ail puissance dix, spécialité sud-coréenne très appréciée). Ce diffuseur comporte une petite batterie qui se recharge via une prise USB et peut offrir une autonomie d’une semaine. Est aussi présenté dans le nouvel espace de Sony le concept « MESH » ces petits blocs fonctionnels qu’on vous avait déjà décrits ici et qui permettent de facilement programmer des actions entre eux et avec des objets du quotidien. Chaque type possède des propriétés particulières: réaction à la lumière, au changement de position, à la présence humaine, à l’appui d’un bouton, à une variation de température, etc. Par exemple, on peut faire en sorte que le fait de secouer ou retourner un MESH allume la lumière d’une pièce. Pour cela, il suffit du MESH qui réagit au mouvement, d’une ampoule électrique spéciale et d’une petite action de programmation via une application gratuite à télécharger et activer sur un smartphone ou une tablette. On peut imaginer des tas d’actions avec les MESH et Sony organise actuellement un concours à Tokyo pour primer les meilleures réalisations. Les MESH sont déjà commercialisés et sont aussi considérés comme un concept éducatif pour les enfants. Sont aussi mises en avant dans le nouvel espace Sony Innovation lounge les montres Wena développées (à l’instar des autres concepts présentés) via une levée de fonds en ligne qui a en l’occurrence rapporté 10 fois plus d’argent que prévu, soit 107 millions de yens, pas loin d’un million d’euros. Cette montre a entre autres pour particularité de comporter une puce sans contact qui lui permet de faire office de porte-monnaie électronique. Parmi les produits développés récemment avec le soutien financier d’internautes figure aussi une multi-télécommande programmable à encre électronique qui permet de remplacer toutes les autres télécommandes et offre une interface plus intuitive. Ce produit est vendu aux alentours de 225 euros. Toutes ces innovations sont des exemples du renouveau de la R&D du géant nippon initié par le patron Kazuo Hirai pour redonner du tonus à une entreprise essoufflée et dont beaucoup ont à juste titre dit qu’elle avait perdu son âme d’antan. La faculté de s’appuyer sur le grand public pour valider en amont la pertinence d’un concept offre de nouvelles occasions de voir apparaître des produits que des financiers auraient peut-être stoppés en imaginant que personne ne s’y intéresserait. Il ne s’agit pas nécessairement de toucher le plus grand nombre, mais de proposer même à des niches de clients des concepts nouveaux enthousiasmants qui sont autant de moyens de redonner de la fraîcheur à la marque.
21/05/2016 | Live Japon
L’été approche et, avec lui, la possibilité peut-être pour plusieurs d’entre vous de venir au Japon. Des rudiments ou une maîtrise de moyen niveau de la langue nippone ne sont pas inutiles le cas échéant. Lorsque l'on a déjà des notions et que l'on veut progresser en s'entraînant seul, les applis sont assurément un des moyens les plus efficaces et pratiques. Plusieurs sont pensées pour les étrangers et disponibles pour iPhone/iOS ou Android. Elles sont réparties en diverses catégories sur lesquelles voici quelques brèves explications. Pour les débutants ayant déjà des notions de japonais et souhaitant progresser tant à l’oral qu’à l’écrit, les applis de questionnaires à choix multiples, comme "Nihongo Quiz" ou "Manabo Nihongo", peuvent offrir un sympathique mode d’entraînement sans fioritures. Ces applis s’appuient souvent sur les 5 niveaux définis par le tests japonais JPLT et sont donc des moyens de préparer le passage de cet examen qui est encore considéré comme une référence par les entreprises japonaises recrutant des étrangers. Certes, ce n’est pas nécessairement le meilleur moyen d’apprendre la langue nippone, mais au moins cela donne-t-il des clefs importantes et peut ouvrir des portes lorsqu’on obtient la qualification la plus élevée (difficile au demeurant). D’aucuns peuvent juger que parler la langue peut suffire, qu’il n’est pas nécessaire de l’écrire (plusieurs Français ayant réussi un beau parcours au Japon parlent mais ne lisent pas et a fortiori n’écrivent pas), mais il est évident que si l’on veut vraiment comprendre ce pays et en profiter pleinement, la lecture (pas nécessairement l’écriture) est indispensable. L’interactivité des applis et le fait qu’elles soient utilisables partout (ce qui n’est pas le cas des livres et dictionnaires) en font des outils parfaitement recommandables. Diverses applis sont faites pour apprendre les deux syllabaires japonais Hiragana et Katakana, qui permettent, pour le premier, de transcrire les mots japonais que l’on ne peut pas ou que l’on ne sait pas (pas encore) écrire en idéogrammes (kanji). C’est en hiragana que les petits Japonais apprennent d’abord à lire et écrire, à partir de 3/4 ans, avant de passer aux kanjis. Le second, katakana, sert essentiellement à la transcription de mots étrangers (dont la prononciation est souvent adaptée, car tous les phonèmes des autres langues ne sont pas contenus dans la cinquantaine que contient ce syllabaire). Pour l’apprentissage des kanjis eux-mêmes, existent réellement pléthore de programmes, souvent découpés selon les niveaux qui correspondent à ceux du JPLT ou à ceux des classes scolaires (plus de 2000 kanjis, les caractères dits usuels, sont nécessaires pour lire un journal non spécialisé. Le quotidien économique Nikkei, lui, en exige davantage). Difficile de recommander particulièrement telle ou telle application, car cela dépend vraiment de la manière qui sied le mieux à chacun. L’auteur de ces lignes a appris à lire le japonais à l’ancienne, avec journaux et dictionnaires, et n’a employé des applis que par la suite pour approfondir et mémoriser des kanjis qui n’apparaissent que rarement dans la presse. Lire et écrire les idéogrammes nippons sont en outre deux choses bien différentes (comme reconnaître et dessiner un chat sans modèle). Et la même appli ne conviendra pas nécessairement pour les deux. Les applis citées plus haut pour la préparation à l’examen JPLT intègrent l’écriture et la lecture des kanjis mais il est généralement nécessaire d’utiliser d’autres outils pour s’entraîner à lire et écrire ces caractères dont, rappelons-le, la prononciation diffère selon ceux avec lesquels ils sont associés ou non. Un étranger peut choisir d’apprendre avec un programme pour étranger (qui comportera le cas échéant des traductions et explications en anglais ou autre langue, dont le français), ou bien, pour éviter de recourir simultanément à deux langages, il pourra utiliser des programmes conçus à l’origine pour les enfants nippons mais qui peuvent très bien convenir à un adulte étranger qui, de facto, a un niveau qui correspond souvent peu ou prou à celui d’un écolier, collégien ou lycéen nippon. Dans les deux cas, beaucoup de programmes reposent sur une écriture répétitive des kanjis puis sur des quiz pour vérifier que tout est bien appris. Les Japonais aiment beaucoup les « anki kado » (flashcards) mais il existe aussi d’autres méthodes. Le smarphone est certes un bon moyen d’apprendre, mais quand il s’agit de mémoriser l’écriture, un stylet à la place du doigt est fortement recommandé. Souvent, le tracé des kanjis est mémorisé par la main (plus que par la tête) et lorsqu’on se trouve ensuite crayon en main devant une feuille blanche on peut être bien dépourvu s’il on n’a appris qu’en traçant vaguement avec son index sur un écran. A signaler aussi qu’il n’y a pas que le smartphone et la tablette. Une console Nintendo DS ou 3DS peut aussi s’avérer un excellent moyen d’apprendre à lire et écrire le japonais, grâce à de nombreux programmes initialement conçus pour les enfants et les adultes japonais (ces derniers tendent de plus en plus à oublier comment s’écrivent les kanjis même s’ils savent les lire). Il existe aussi des dictionnaires de kanjis et expressions sous forme de programmes DS/3DS. En outre, ces logiciels pour consoles DS/3DS, chers à l’origine, sont souvent bradés dans les enseignes de produits d’occasion comme Book Off.
14/05/2016 | Live Japon
Si le Japon a souvent l’image du pays des robots androïdes, la vérité est qu’il est surtout la nation des distributeurs de vente. Le premier exemplaire installé sur le sol nippon date de 1888, peu après la création de divers distributeurs en Angeterre. Il s’agissait alors d’une machine de vente de timbres. Elle est un des symboles du développement que connut le Japon à cette époque (ère Meiji), sous l’effet de l’ouverture à l’Occident, d’une rapide industrialisation et du développement des services et infrastructures jugés vitaux, dont la Poste. Plus d’un siècle plus tard, le Japon est le royaume asiatique des automates de vente, ayant après-guerre été grandement influencé par les Etats-Unis. Selon l’association des gérants des distributeurs automatiques, le Japon compte actuellement 5 millions de machines de vente ou services (échangeurs de monnaies, etc.) en tout genre, dont la moitié sont des appareils à boissons. Le chiffre d’affaires global de ces engins était de 4880 milliards de yens (39 milliards d’euros) l’an passé, presque l’équivalent du budget annuel de la Défense du Japon. Il arrive encore à l’auteur de ces lignes d’être surprise du nombre de distributeurs installés dans un rayons de 100 mètres à Tokyo. Le plus souvent ce sont des appareils à boissons chaudes et froides, mais il y a aussi de nombreux distributeurs de cigarettes et de journaux. Des appareils vendent aussi des légumes frais, du natto (haricots de soja fermentés), un plat chaud appelé « oden » particulièrement apprécié en hiver, des nouilles ramen et des pop-corn. Il existe quelques supérettes qui ne sont en fait que des locaux emplis de distributeurs qui ne se contentent pas de vendre de quoi se sustenter, mais aussi de quoi se changer (sous-vêtements), des piles, des mouchoirs en papiers, des préservatifs et autres produits de première nécessité. Selon l’Association des gérants d’automates, il existe aussi des machines de vente de parapluies ou de bouquets de fleurs, s’ajoutant aux machines vendeuses de jouets. Les distributeurs de boissons contiennent quant à eux le plus souvent une vingtaine de variétés de boissons et un total de 500 bouteilles/canettes. Les dernières générations d’appareils sont conçues pour être utilisables par tous les publics, avec des boutons placés à une hauteur accessible également aux personnes en fauteuil roulant. Ces modèles récents acceptent non seulement les pièces et les billets (de 1000 yens) mais aussi la monnaie électronique (sur carte en plastique ou intégrée dans le téléphone portable). Les plus récents sont aussi connectés en réseau et alertent le centre de gestion quand ils ont besoin d’être rechargés. Ces appareils ont aussi une vocation sociale: certains intègrent une caméra de surveillance, d’autres peuvent diffuser des messages en cas de catastrophe naturelle et se débrayent le cas échéant pour fournir gratuitement les boissons. Certains distributeurs intègrent aussi un défibrillateur externe automatisé (AED) pour venir en aide à une personne victime d’un accident sur la voie publique. Les citoyens japonais sont vivement incités à employer ce type d’appareil s’ils se trouvent en présence d’une personne apparemment sans connaissance. En outre, chaque distributeur comporte l’adresse à laquelle il est installé de sorte que l’on peut ainsi communiquer précisément l’endroit où l’on est si pour une raison ou une autre on est tenu d’appeler les secours. Enfin, les distributeurs de boissons désormais installés sur les quais de nombreuses gares de la compagnie JR East comportent un système de reconnaissance de l’âge et du genre de la personne qui approche pour lui proposer les boissons généralement les plus appréciées par cette catégorie de client. Les distributeurs (qui chauffent des boissons en hiver et les refroidissent en hiver) ont souvent été critiqués comme étant énergivores, mais selon l’organisme qui fédère les gérants et fabricants, la consommation électrique moyenne d’un appareil a été réduite de 70% en 20 ans grâce à divers procédés: les ventes sont gérées informatiquement et heurodatées, ce qui, par expérience, permet de connaître les tranches horaires où les clients affluent et celles ou personne ne vient. De ce fait, la machine chauffe ou refroidit surtout avant et pendant les périodes de pointe. Le rétroéclairage est affaibli le jour et s’amplifie aux heures nocturnes. Il y a aussi les bornes de réservation de places de concerts et autres spectacles qui sont installés dans les konbinis (supérettes ouvertes 24H/24). C’est avec ce type d’appareil que l’on réserve une place pour le musée Ghibli où sont entre autres présentées les oeuvres de Hayao Miyazaki. Il existe d’ailleurs aussi un musée des distributeurs dans la préfecture de Gunma.
08/05/2016 | Live Japon
Nintendo, pionnier nippon des jeux vidéo, aligne les mauvaises années depuis le début de la décennie et rien de franchement meilleur n’est attendu avant un an, c’est-à-dire avant le lancement en mars 2017 (si tout va bien) de la nouvelle console appelée NX. Cette console ne sera pas présentée à l'E3 en juin, mais lors d'un événement spécial d'ici à la fin de l'année, a prévenu le PDG de Nintendo. On ne sait rien de cette machine, on suppose qu’il s’agit d’une console de salon, mais en réalité Nintendo ne la présente pas ainsi. Le mot japonais qui signifie qu’il s’agit d’un appareil « fixe, non portable », généralement employé pour designer les modèles de salon, n’est cette fois pas utilisé dans les documents publiés ou paroles des dirigeants. Le seul élément donné est « nouveau concept ». De facto, on ne serait pas étonné qu’il s’agisse d’un appareil hybride ayant la double vocation de console de jeu fixe et portable ou de couplage avec un smartphone. En attendant la sortie de ce produit, Nintendo va avoir du mal à faire le buzz sur la Wii U qu’il n’espère d’ailleurs vendre qu’à 800 000 exemplaires dans le monde dans les douze mois d’avril 2016 à mars 2017, ce qui le cas échéant ne portera le total pour ce modèle qu’à environ 13,5 millions en quatre années, ce qui s’assimile à un échec."La production en sera fortement baissée cette année" et sera stoppée dans le courant de l'année suivante, a prévenu Nintendo. Par comparaison, la PlayStation 4 (PS4) de Sony, sortie fin 2013 (un an après), s’est déjà écoulée à quelque 40 millions d’unités. S’agissant de l’année comptable écoulée (avril 2015 à mars 2016), Nintendo n’a guère de motifs de satisfaction. Son bénéfice net a chuté de 60% comparé à celui de l’exercice précédent, à tout juste 132 millions d’euros. Bien que le groupe ait longtemps tenté de minimiser l’impact sur ses affaires de la popularité des divertissements sur smartphones, la réalité est bel et bien que les ventes de consoles et de jeux en souffrent. Certes, il y a encore de grands succès commerciaux comme "Splatoon" et "Super Mario Maker" pour la Wii U, ou diverses sagas sur 3DS, mais cela n’a pas empêché le chiffre d'affaires du groupe de chuter encore de 8% à 505 milliards de yens (environ 4 milliards d’euros), ce qui revient à une division par 4 comparé à celui d’il y a 7 ans. Pour l'année débutée le 1er avril, Nintendo table sur la NX. Quoi qu'il en soit, les effets positifs des ventes de cette console seront de facto limités, puisqu’elle ne sera dans le commerce qu’au cours du dernier mois de l’exercice et ce en admettant qu’il n’y ait pas de retard. Pour tenir les objectifs, il va falloir engranger de l’argent avant. La maison-mère de Mario table sur la vente de 5 millions de 3DS, machine de poche pour laquelle il va élargir la gamme des figurines interactives "amiibo" qui en renforcent l'attrait. Doivent aussi être lancées dans les mois à venir (« à partir de cet automne » selon le patron) quatre applications pour smartphones, venant s’ajouter à Miitomo. Ce réseau social ludique, offert depuis mars dans 16 pays, a déjà été téléchargé 10 millions de fois, mais on ne sait pas encore ce que cela signifie en termes d’usage réel ni en termes de revenus, car cette appli ne fait entrer d’argent dans les tiroirs-caisses que lorsque les utilisateurs décident de mettre la main au porte-feuille pour ajouter des options payantes. « Nous ne souhaitons pas communiquer les chiffres des utilisateurs actifs », a répondu le patron de Nintendo, lors d’une conférence de presse suivant la présentation des résultats. Reste que l’entrée de Nintendo sur le marché des applis pour smartphones était ô combien attendue et que les investisseurs de Nintendo ne sont pas mécontents qu’elle se soit concrétisée. Il a fallu du temps avant que l’ex-patron, Satoru Iwata, décédé brutalement d'un cancer en juillet dernier, ne reconnaisse à demi-mot que le groupe ne sortait pas indemne des coups de boutoir reçus du fait des progrès des jeux sur smartphones. Même si lui et ses successeurs n’ont pas tort de dire que techniquement les consoles et jeux dédiés présentent encore des avantages, ce n’est pas là que se joue la différence lorsqu’on veut toucher un très large public, mais sur la part d’amusement unique que peut conférer un jeu. Nintendo a donc au moins en partie compris, comme l’a prouvé la signature l’an passé d’un partenariat avec la firme nippone DeNA qui gère une plateforme de contenus pour mobiles. « Les jeux pour smartphones sont aussi un pilier et le génie Miyamoto, papa de Mario, est pleinement impliqué dans leur développement », a encore assuré le patron de Nintendo. La maison de Kyoto continue cependant d’affirmer que les grandes nouveautés resteront une exclusivité des consoles, car c’est par cela qu’elles trouveront encore preneurs. Ainsi en sera-t-il des nouveaux titres Pokémon, ces "montres de poche" dont la popularité ne se dément pas. La série fête ses 20 ans et un cumul de pas moins de 200 millions de jeux afférents ont été vendus. "Pokémon sun & moon" est promis pour fin 2016, et doit fortement contribuer aux attentes financières du groupe qui espère doubler son bénéfice net en un an.
01/05/2016 | Live Japon
Le Japon est, à bien des égards, le pays des paradoxes : on y voit encore des hommes-sandwichs, qui affichent leurs publicités au pied d’écrans géants, on utilise encore des maquettes en carton dans les émissions de TV enregistrées dans des studios tout 4K. Et l’on pourrait ainsi multiplier les exemples de low-tech dans la high-tech. C’est aussi le pays où l’on prend parfois de l’avance avant d’accuser un considérable retard. Le Japon a ainsi été le premier pays où l’on a vu apparaître des nouvelles sur mobiles, il y a 15 ans. Mais aujourd’hui, le Japon est à la traîne dans l’adoption des livres numériques. Énormément d’ouvrages ne sortent encore qu’en version imprimée, et pour ceux qui sont publiés également en version électronique, un décalage de trois mois ou plus est généralement appliqué. Pour autant, parce que le marché de l’édition est au Japon encore extrêmement important, en chiffres absolus, le montant que représente le numérique n’est pas négligeable. Le total des ventes des ouvrages numériques a atteint 126 milliards de yens (un milliard d’euros) entre avril 2014 et mars 2015 et une progression de l’ordre de 30% était attendue pour l’année suivante (avril 2015 à mars 2016). Le marché des livres imprimés était en 2014-2015 de 750 milliards de yens (6 milliards d’euros). Ce sont les mangas qui se taillent la part du lion dans le total, avec environ 80% des ventes d’ouvrages numériques. De fait, dans les trains, il est fréquent de voir des passagers lire des mangas sur leur smartphone, et pas seulement des jeunes comme c’était le cas il y a plusieurs années. Les liseuses (Kindle, Kobo) sont peut-être moins fréquentes que dans les pays occidentaux, mais les smartphones à très grand écran (de la taille de celui des iPhone 6 plus/6s Plus) sont très prisés. La lecture des mangas sur mobile, avant l’arrivée des smartphones, était déjà une pratique chez les aficionados du genre, et un marché parallèle s’est développé sur ce support, avec des mangas érotiques et des > (équivalents des fanzines appelés dojinshi qui existent depuis des décennies et sont commercialisés via des circuits parallèles). La création des mangas directement sur tablettes et ordinateurs favorise ce mouvement. En revanche, pour les mangas à grand tirage, il a fallu beaucoup plus de temps pour qu’ils paraissent en version numérique, et encore pas tous. Certains mangaka (et non des moindres) sont encore très réticents et refusent que leurs ouvrages soient publiés pour les smartphones. Exemple: Naoki Urasawa (20th century boys, Pluto, Master Keaton, Billy Bat, etc.). L’auteure de ces lignes l’avait rencontré en 2008 et 2009 et il expliquait alors ne pas souhaiter que ses mangas soient publiés en version numérique, car l’écran n’est pas fait pour lire des bandes dessinées qui ont été pensées et créées pour un ouvrage en papier de taille supérieure. L’autre raison, et c’est sans doute la principale, est qu’il y a avec le manga papier la notion de la double page (mihiraki), celle que l’on découvre en tournant et qui est faite pour en mettre plein la vue. Or, cet effet est impossible sur un écran qui ne peut reproduire à la fois qu’une page en taille décente. Urasawa n’a pas changé d’avis depuis ,et il n’est pas le seul. Un autre géant du genre, Takehiko Inoue (Slam Dunk, Vagabond, etc.), partage la même opinion. Il y en a, en revanche, qui sont d’un avis totalement contraire et qui ont même rendu gratuites les versions numériques de leurs mangas : c’est le cas de Shuho Sato, l’auteur de Black Jack ni yoroshiku. Tous les tomes ont été proposés en téléchargement pour zéro yen, un coup de pub en même temps qu’un coup de gueule à la suite d’une mésentente avec la maison d’édition. Ces divergences de point de vue entre les auteurs sont problématiques pour les éditeurs de magazines de prépublication. En effet, au Japon, avant d’être proposés en tomes reliés, la grande majorité des mangas sont publiés en feuilleton dans des périodiques (hebdomadaires, mensuels, bimensuels, bimestriels ou trimestriels). Chaque magazine contient à chaque numéro un nouvel épisode pour chacun des 15 à 20 mangas différents en cours. Or, ces derniers temps, de nombreux magazines de mangas (notamment ceux de la maison d’édition Kodansha) sont proposés en version numérique en même temps que celle publiée en kiosque, avec un mode d’abonnement qui assure ainsi des revenus récurrents aux éditeurs. Mais comme quelques auteurs refusent que leur oeuvre soit dans la version numérique, certains magazines en version électronique sont amputés d’une partie du contenu qui figure pourtant dans la version papier. C’est le cas par exemple de Morning. Le manga en cours, Billy Bat, de Naoki Urasawa, est absent de la version numérique. En dépit de ce handicap, les éditeurs de magazines (et pas seulement ceux de périodiques de mangas) sont de plus en plus actifs sur le volet numérique et les ventes de magazines numériques ont ainsi fait un bond de 88% en 2014-2015 pour atteindre 14,5 milliards de yens (116 millions d’euros), ce qui reste très faible au regard des 850 milliards de yens (6,8 milliards d’euros) pour les versions papier mais montre une tendance prometteuse. Les ventes numériques devraient avoir encore fortement grimpé ces douze derniers mois, grâce notamment, à des offres « kiosques » de lecture illimitée sur la base d’un forfait mensuel, proposées par les opérateurs de services mobiles comme NTT Docomo, pour un coût de l’ordre de 3 à 4 euros par mois. C’est l’équivalent du streaming musical, mais pour les magazines. Selon la société Impress, qui enregistre les ventes de livres et autres publications numériques, le marché devrait s’élever en 2019 à 289 milliards de yens (2,3 milliards d’euros) pour les livres et 51 milliards de yens (410 millions d’euros) pour les magazines.
24/04/2016 | Live Japon
Une fois de plus, le Japon est frappé par une terrible catastrophe naturelle. Depuis jeudi les tremblements de terre parfois très violents se succèdent dans la région de Kumamoto au sud-ouest. Pas moins de 410 secousses ont été ressenties entre jeudi soir et dimanche matin, la plus forte, de magnitude 7,3, étant survenue dans la nuit de vendredi à samedi. La raison est cette fois une faille active qui subit des tiraillements, la partie nord de Kyushu s’éloignant de celle du sud, selon une ligne transversale qui passe par les préfectures de Kumamoto et Oita. La fréquence des secousses est spectaculaire et une fois de plus l'agence de météorologie, les médias ou encore les opérateurs de télécommunications ont mis en oeuvre des moyens exceptionnels pour diffuser des informations rapidement. Dès le premier séisme survenu jeudi à 21H26 locale (14H26 à Paris), la chaîne de télévision publique NHK a interrompu ses programmes pour consacrer l'intégralité de son antenne pendant trois jours au désastre dont on comprit tout de suite qu'il allait créer des dégâts importants. L'agence de météorologie a en effet immédiatement indiqué que le ressenti à la surface des premières secousses de magnitude 6,5 s'établissait au niveau 7, le plus élevé de l'échelle employée pour définir la façon dont sont bringuebalés les objets et personnes. En l'occurrence, ils partent alors en tout sens. C'était le même niveau que le 11 mars 2011. Impossible de se maintenir debout. L'agence de météo diffuse ces informations sur son site internet, sur Twitter et via divers autres biais (dont les médias) dans la minute qui suit les secousses, carte détaillant la force ressentie à l'appui. Le système est on ne peut mieux rodé.  Parallèlement, la NHK est capable de diffuser dans les 10 minutes ou moins des images des secousses en elles-mêmes grâce à son réseau de caméras disséminées à travers le pays qui se déclenchent automatiquement. Ce n'est pas nouveau, cela fait 20 ans qu'elle dispose d'un tel outil, qui paraît simple aujourd'hui mais qui était une prouesse à l'époque. La chaîne a par ailleurs fait des progrès considérables dans l'affichage des informations à la TV, grâce à un savant découpage de l'écran aidé par la haute-définition (même des petits caractères peuvent être précisément définis).  Elle diffuse désormais en simulcast sur internet les émissions relatives à la catastrophe, ce qui n’était pas exemple pas le cas lors du drame de mars 2011. Elle a aussi créé un fil d’information/blog avec une excellente lisibilité ainsi qu’une base de données de tous les séismes ressentis, répliquant, mais de façon plus facile à lire, les informations que donne l’agence de météo. Par exemple, en cas d'alerte (ou avis de risque) concernant un tsunami, est affichée en bas à droite la carte de la zone côtière concernée, qui clignote en jaune ou une autre couleur indiquant la hauteur prévue ou constatée de la montée d'eau, un bloc en bas, au milieu, avec le noms des lieux déjà affectés, l’heure et la hauteur mesurées, un bandeau en haut où défilent les informations de dernière minute (ordres d'évacuation par exemple), le tout encadrant l'image du présentateur enchaînant les messages d'avertissement, dernières nouvelles, interviews de spécialistes et liaisons avec des correspondants sur le terrain. Ceux-ci interviennent en direct très vite depuis les lieux touchés, grâce au réseau de bureaux de la NHK à travers tout le pays. Ils apparaissent équipés comme des sauveteurs et offrent vite des images souvent impressionnantes, prises au sol et par hélicoptères. Les médias ont aussi commencé à utiliser des drones, tout comme le ministère de l’Aménagement du territoire pour filmer la zone sinistrée, très montagneuse, volcanique, avec un habitat dispersé. Les opérateurs de télécoms ouvrent de leur côté immédiatement des tableaux de messages pour déclarer sa situations, rendent accessibles gratuitement pour tous (y compris les abonnés des concurrents) des réseaux Wi-Fi, distribuent des chargeurs/batteries dans les centres-refuges ouverts au sinistrés dans les bâtiments publics. A noter par ailleurs plusieurs excellents services (sur Twitter et autres applis) pour être informé en temps réel des séismes et même parfois avant grâce au dispositif d'alerte précoce de l'agence de météo. Ce dernier a retenti à maintes reprises entre jeudi et samedi. Il s’agit d’un dispositif qui permet de détecter les premiers signes d’un séisme et d’envoyer l’information aux terminaux informatiques avant même que les secousses ne soient ressenties à la surface. Cela offre quelques secondes pour se glisser sous une table, éteindre le gaz ou tout autre geste de précaution. Parfois, l’information arrive en même temps que les secousses, parfois un peu après. Pour les tsunamis en revanche, l’agence est capable de les prévoir bien en avance, ce qui n’a hélas pas empêché le drame de mars 2011 (18 500 morts) et la catastrophe de Fukushima. Par ailleurs, les sinistrés peuvent aussi utiliser tweeter et d'autres réseaux sociaux pour lancer des SOS relayés par de nombreux internautes.
17/04/2016 | Live Japon
Il a la taille d'un gamin de 3 ans et demi, mais en a-t-il l'intelligence ? A en croire les ingénieurs de Hitachi, oui, leur créature a des aptitudes de polyglotte malin. Voyons !Présenté à Tokyo vendredi, Emiew3 est un demi-androïde qui espère en remontrer à son aîné Pepper de SoftBank/Aldebaran. La démonstration ne laisse aucun doute sur les ambitions de Hitachi en la matière: aider les étrangers qui viennent désormais par millions au Japon et dont le nombre devrait encore fortement augmenter dans les années à venir du fait des JO de Tokyo. Le pays vise 40 millions de visiteurs étrangers en 2020 contre 19,75 millions en 2015. Sur scène cette fois,  une fausse touriste (anglophone et japonophone), dans un aéroport, qui trouve ce qu'elle cherche grâce aux renseignements donnés par deux Emiew3 capables de parler les deux langues et de se coordonner entre eux. Le sketch joué est assez convaincant, et les attitudes des deux robots assez marrantes mais les hésitations à maintes reprises montrent qu'il y a encore des progrès à faire. Une autre démonstration ensuite portait sur l'usage d'un tel robot dans un magasin d'électroménager. Un client hésite devant des lave-linge, le robot le repère, lui adresse la parole, et lui pose des questions sur ses besoins pour finir par lui conseiller un modèle. Contrairement à la première démonstration, celle-là est faite en marge de la conférence de presse, à plusieurs reprises. Pas une fois cependant, le scénario ne change (ni les réponse du client, ni les questions du robot). Et un opérateur se trouve derrière un paravent, qui fait douter du caractère spontané des propos et postures du robot. A vrai dire, l'auteur de ces lignes pense que, comme pour Pepper lors des présentations devant les journalistes, tout était en partie au moins programmé. D'ailleurs vérification faite, un autre opérateur se trouvait aussi derrière un paravent lors de la présentation sur scène.  La nouvelle créature, Emiew3, est un frère cadet d'Emiew 2 qu'avait présenté Hitachi en 2007, mais qui n'avait pas connu de réelle suite depuis, notamment en raison de la crise financière qui avait forcé tous les groupes japonais à faire des coupes sombres dans les dépenses. « Nous n’avons toutefois pas complètement arrêté la R&D », a assuré un responsable du groupe durant la conférence de presse. Regain d'intérêt pour ce genre d’automate aidant, Hitachi a décidé d’amplifier les travaux dans le but de développer un nouvel Emiew en capitalisant sur ses avancées par ailleurs, dans l’informatique, la robotique industrielle et l'intelligence artificielle. «La société japonaise évolue, avec la mondialisation, divers styles de vie, le vieillissement de la population, et parallèlement les techniques avancent (capteurs, réseaux, etc.)», explique un ingénieur de Hitachi, Atsushi Baba. «Dans ce contexte, les robots capables de cohabiter et communiquer avec les humains peuvent offrir un réel soutien aux activités économiques», insiste-t-il. Emiew3 est équipé de 14 microphones, de nombreux capteurs et emploi aussi les données issues par exemple de caméras de surveillance. Il se déplace sur roulettes à la vitesse maximum de 6 km/h. Il est censé repérer les individus situés non loin, aller à leur rencontre, les interpeler et répondre à leurs questions. «Il repose sur un cerveau déporté (un serveur informatique)» avec lequel il communique sans fil et "pour changer de langue, il suffit d'employer un programme différent", précise M. Baba. La plateforme informatique à laquelle il est relié lui donne des aptitudes en termes de comportement et de connaissances communes, mais il peut aussi être relié à des bases de données diverses en fonction de la mission qui lui est assignée (cartographie d’un lieu, manuels d’emploi, etc.). C’est évidemment en conditions d’exploitation réelle que l’on pourra jugé de sa pertinence. « Il va falloir des robots pour pallier au manque de main-d’oeuvre », a répété M. Baba, sans à aucun moment suggérer le fait que plutôt que se contenter de faire appel à des robots, le Japon pourrait songer à accueillir plus de personnes étrangères pour travailler, pas seulement en tant que touristes. Car si les automates peuvent travailler, il ne font pas tourner la machine économique: une fois leur journée de labeur terminée, ils vont se recharger et ne dépensent pas un yen. La question ne se pose en fait même pas pour la plupart des Nippons. Passons. Hitachi va travailler avec les clients potentiels de ce robot afin de concevoir des applications diverses pour l’industrie, les bureaux, les hôpitaux et les institutions financières, mais c’est particulièrement dans les lieux fréquentés par les touristes (aéroports, commerces, gares, lieux de loisirs) que vous aurez peut-être le plus de chance d’en croiser des spécimens. «Nous allons mener différentes expérimentations et espérons proposer des services à partir de 2018», avec en ligne de mire deux ans plus tard les jeux Olympiques de Tokyo et leur flux de touristes en quête d’informations. Emiew3 (qui deviendra peut-être ultérieurement Emiew4 avec des fonctionnalités plus poussées) vient ainsi concurrencer Pepper de SoftBan/Aldebaran qui, même s’il a déjà trouvé du boulot dans des commerces et autres lieux est loin de pouvoir remplacer un humain et est encore plutôt assimilable à une tablette sur roulettes avec quelques notions de conversation. Celui croisé cet après-midi était carrément muet et nous a superbement ignoré. Les vendeurs de l’agence SoftBank ne s’en préoccupaient même plus. Il faisait pitié.
09/04/2016 | Live Japon
Ce fut laborieux, on a même cru revivre le fiasco de 2012 quand avaient capoté les négociations entre Sharp et Hon Hai pour une entrée du second au tour de table du premier. Mais cette fois, c’est fait, Hon Hai et Sharp ont signé ce samedi: le géant taïwanais de l’assemblage de produits électroniques, plus connu sous le nom Foxconn, va prendre possession de 66% du pionnier japonais des écrans à cristaux liquides. Il va pour cela débourser 390 milliards de yens (3 milliards d’euros) et soutenir financièrement Sharp dont les caisses sont vides. La cérémonie de signature a eu lieu samedi en milieu d’après-midi à Osaka, où se trouvent le siège de Sharp et un immense complexe industriel de production de dalles LCD que le pionnier japonais du secteur gère déjà en commun avec Hon Hai depuis plusieurs années. C’est dire s’ils se connaissent bien. Pour autant, les discussions entre les deux parties ont été ardues avant de trouver un compromis. En effet, le 25 février, Sharp annonçait accepter l’offre de rachat par Hon Hai, mais il a fallu ensuite plus d’un mois pour trouver un nouveau compromis, car entretemps, Sharp a fourni à Hon Hai de nouveaux documents qui ont nécessité des examens attentifs. La situation financière de Sharp est en effet loin d’être florissante et la direction de Hon Hai s’est méfiée, tout en prenant ce prétexte pour réduire de 100 milliards de yens le prix de sa proposition initiale. Le compromis a été validé le 30 mars par les conseils d’administration des deux sociétés, puis annoncé dans la foulée, et samedi marquait donc le jour officiel de l’accord. "Un jour important » selon le flamboyant patron de Hon Hai, Terry Gou, qui s’est longuement exprimé et a fait une véritable déclaration d’amour à Sharp lors d’une conférence de presse conjointe avec son homologue (plus terne) de Sharp, Kozo Takahashi.  Un journaliste un peu sceptique sur la sincérité dudit M. Gou (il est vrai perçu comme un peu bluffeur et roublard) a été promptement remis en place: « le prix ne sera pas changé, nous avons signé", a rétorqué M. Gou. Et de promettre: «je ferai pour Sharp tout mon possible, comme je le fais comme pour ma propre entreprise. Je pense que Sharp a un très grand potentiel, mais n'a plus d'argent pour investir, et nous sommes là pour l'aider financièrement, parce que cette société, cette marque a encore beaucoup à faire et a encore les faveurs des clients, notamment au Japon, dans nombre de domaines où elle fait la course en tête (TV, purificateurs d'air, etc.)", a complété M. Gou. M. Takahashi, lui, apparaissait un peu comme le subordonné (ce qu’il va devenir au demeurant), un rien intimidé par le charisme du gourou Gou qui n’a pas sa langue dans sa poche. "Je remercie Terry Gou et toutes les personnes de Hon Hai qui nous ont permis d'en arriver là", a déclaré M. Takahashi. "Cet accord va contribuer à l'expansion de nos activités avec des synergies importantes", a-t-il assuré. Selon lui, outre les écrans, la robotique et l'internet des objets sont des domaines dans lesquels il faudra compter avec l'alliance Sharp/ Hon Hai qui, à certains égards, rappelle le cas Nissan / Renault quand le constructeur français était devenu le premier actionnaire de son homologue nippon en grande difficulté. Pendant de longues minutes ensuite, M. Gou n’a cessé de dire tout le bien qu’il pensait du pays du Soleil-Levant et de Sharp. "J'aime le Japon et depuis plus de 30 ans j'ai une relation profonde avec ce pays. Je suis venu la première fois pour mon 30e anniversaire, j'ai désormais 66 ans. Mais aujourd'hui est un jour important pour Hon Hai et Sharp, une entreprise que j'aime d'autant plus qu'elle porte les gènes de l'innovation", a souligné le patron de Hon Hai, plus grand assembleur mondial de produits électroniques. Puis il a disserté sur technologies de Sharp, « à commencer par celles des écrans IGZO (du noms des oxydes employés pour les cristaux liquides), des LCD qui sont utilisés dans de très nombreux produits, dont les smartphones, tablettes ». Il s’est aussi félicité de mettre la main sur les techniques de dalles 8K (écrans de quelque 33 millions de pixels) dont le monde pourra profiter lors des JO de Tokyo en 2020 ». En devenant la maison mère de Sharp, Hon Hai (et donc Terry Gou) réalise un rêve qui n’est pas nécessairement bien perçu par tout le monde au Japon, puisque c’est un fleuron qui change de pavillon, alors même qu’existait une proposition concurrente d'un fonds d'investissement nippon qui voulait diviser Sharp en plusieurs firmes et fusionner son activité LCD avec Japan Display. Mais Sharp a préféré son intégrité à sa nationalité. "Certains se demandent pourquoi une société japonaise qui a une histoire de plus de 100 ans a choisi de se marier avec une taïwanaise. La réponse est que le monde est plat et les entreprises y sont des entités sociales sans frontières qui travaillent pour tous. Sharp n'est pas une firme japonaise, elle est mondiale. Hon Hai n'est ni taïwanaise, ni chinoise, mais mondiale", a philosophé M. Gou. Etait présent à ses côté un numéro deux de Hon Hai, Tai Jeng-wu, un des hommes-clefs des négociations, qui parle japonais et a salué « le respect dû à une entreprise qui a plus de 100 ans ». Et le même d’annoncer son intention de créer à Osaka un musée des innovations de Sharp depuis son origine au début du XXe siècle, quand la firme fabriquait des boucles de ceinturons et des crayons. "Nous parlons des forces de Sharp, pas de ses faiblesses. Et les forces de Sharp sont la R&D, les technologies, l'innovation, les écrans, etc. et de notre côté le rendement, l'échelle industrielle, la présence internationale", a souligné M. Gou sans pour autant donner les détails de sa stratégie pour remettre Sharp d’aplomb. Quant à M.  Takashi, dont on pensait qu’il pourrait peut-être démissionner dès ce samedi, il a assuré que tout le personnel de Sharp était pleinement conscient du fait que le redressement du groupe ne se ferait pas sans des efforts importants. Avec Hon Hai, Sharp va continuer de développer ses écrans à cristaux liquides (LCD) mais aussi s’atteler à façonner des écrans organiques électroluminescents (OEL ou Oled), pour pouvoir notamment continuer de servir son plus important client du moment, Apple, dont on dit qu’il est en train de préparer des iPhone OEL. Hon Hai est bien placé pour le savoir, c’est lui qui assemble les appareils portant la marque « pomme ».
02/04/2016 | Live Japon
La mégapole de Tokyo a beau compter quelque 35 millions d’habitants (en tenant compte des préfectures accolées), elle n’en est pas moins une des plus sûres du monde, où la petite délinquance et le vandalisme sont quasi absents. Pour le citoyen lambda, les risques de se faire détrousser sont relativement minimes. Si l’on n’est pas membre de la pègre, qu’on ne lui cherche pas des noises, et qu’on n’a pas de dette envers les syndicats du crime, a priori on n’est pas une cible des yakuzas. Il n’empêche, nombre de citoyens ont peur et l’un des meilleurs arguments pour les agents immobiliers est de vanter la sécurité de telle ou telle résidence ou tel ou tel quartier grâce à des dispositifs de surveillance et de sécurité plus en plus sophistiqués. De fait, sans doute nulle part ailleurs qu’à Tokyo, on est autant filmé en une journée. Quand elle sort de chez elle pour aller à la gare à deux minutes à pied, l’auteur de ces lignes passe au moins devant trois ou quatre caméras (il y en a dans la rue, sur les pas de porte des supérettes et supermarchés, devant les ascenseurs, près des parking, devant les portiques des gares, sur les quais, bref partout). Si dans ce laps de temps il lui arrivait quelque chose, c’est assurément à l’aide de ces images que les forces de l’ordre retraceraient son parcours minuté. Quasi systématiquement ces dernières années, tous les faits divers sont résolus de la sorte. Et la population nippone ne crie pas aux loups, elle se réjouit plutôt du fait que ces dispositifs prouvent leur utilité quand il se passe quelque chose. Ces derniers temps, le petit jardin attenant à notre maison de Tokyo a été un peu abîmé à plusieurs reprises, des lampes installées dans un parterre de fleurs cassées deux fois de suite. Avertis, les gendarmes ont d’emblée récupéré des images des caméras de surveillance des abords d’immeubles voisins, les ont regardées, et en ont conclu qu’un véhicule avait probablement fait une marche arrière ratée deux soirs de suite dans le passage menant à notre maison. Même pour ce genre de petits pépins, ils vont jusqu’à réclamer de visualiser les images. L’incident est clos, mais à la vérité, à l’instar d’autres Japonais résidant dans une maison individuelle au coeur de la capitale, nous avons aussi fait installer il y a plusieurs années déjà un système de sécurité et payons chaque mois environ 45 euros à une société de sécurité privée, en l’occurrence Secom, susceptible d’intervenir si d’aventure quelqu’un tentait une effraction, si un incendie se déclenchait, si nous étions victimes d’un accident domestique. Grosso modo, nous avons des capteurs à chaque fenêtre et porte, ainsi que des détecteurs de fumée, gaz et élévation anormale de température. En notre absence, les agents de Secom peuvent intervenir s’il se passe quelque chose ou nous pouvons les appeler en appuyant sur un bouton d’appel d’urgence. Après l’incident du parterre de fleurs, nous avons voulu renforcer le dispositif, et avons demandé un devis pour l’installation d’une caméra de surveillance donnant sur notre maison. Là, mauvaise surprise, le coût dépassait les 1500 à 3000 euros pour une simple caméra prenant des photos en rafale ou des vidéos lorsqu’une personne approche. Mais cette caméras n’aurait pas été reliée à notre système d’alerte fourni par la même société dont la réputation n’est pourtant plus à faire (c’est elle qui s’occupe de la sécurité de résidences, banques, commerces, entreprises, etc. et qui assurera en partie celle des JO de Tokyo en 2020). Pourquoi ses caméras sont aussi chères et ne sont-elles pas plus performantes ? Cela reste une question en suspens. Bilan: changement de stratégie. Il existe sur internet un nombre incroyable de systèmes à installer soi-même, dont le prix va de 150 à 1000 euros environ, avec jusqu’à 4 caméras reliées à un enregistreur en continu. L’auteur a finalement opté pour un ensemble Panasonic (également disponible en France), avec une mini-centrale sans fil, une caméra extérieure, deux capteurs de présence humaine. Et le tout pour moins de 300 euros. Installé en trois heures, malgré une interface utilisateur déplorable (il faut aller jusqu’à appuyer sur quatre boutons en même temps pour effectuer une connexion avec le réseau Wi-fi domestique), le système s’avère finalement efficace. Une alerte est adressée automatiquement aux smartphones enregistrés à chaque fois qu’une personne est détectée et la vidéo alors enregistrée est alors visible immédiatement tout comme il est possible d’effectuer une surveillance visuelle ponctuelle en temps réel. Une alarme peut aussi être déclenchée. Bref, c’est simple (une fois laborieusement configuré) et efficace. Il n’est pas étonnant que Panasonic - qui participera aussi à la mise en place de moyens de sécurité pour les JO - appuie son argumentaire commercial sur le fait que son système ne requiert pas d’abonnement mensuel à une société de sécurité comme Secom ou son principal concurrent Alsok. Ces deux firmes seraient de facto assez bien inspirées d’améliorer leurs offres pour les particuliers de sorte qu’elles n’apparaissent pas hors de prix et techniquement dépassées, même si le réel avantage réside dans le fait que des agents soient en mesure d’intervenir rapidement en cas d’incident, sur déclenchement automatique d’une alarme ou appel de détresse d’une personne.
27/03/2016 | Live Japon