Les températures de la couronne solaire enfin expliquées ?

Eric Bottlaender
Par Eric Bottlaender, Spécialiste espace.
Publié le 15 septembre 2023 à 17h00
Solar Orbiter (à gauche) et la sonde solaire Parker (à droite) ont effectué des mesures en duo pour cette nouvelle recherche ! © ESA/NASA
Solar Orbiter (à gauche) et la sonde solaire Parker (à droite) ont effectué des mesures en duo pour cette nouvelle recherche ! © ESA/NASA

Grâce aux mesures coordonnées entre la mission européenne Solar Orbiter et celles de la sonde Parker de la NASA, une équipe scientifique a pu expliquer l'origine des températures extrêmes de la couronne solaire. Cette dernière est plus chaude que la « surface » solaire. La faute à des jets turbulents ?

C'est la première fois qu'une double mesure simultanée est réalisée entre les deux. La logistique d'une telle mesure est telle qu'elle ne pouvait se produire que dans une fenêtre temporelle très réduite.

Pourtant, le chercheur italien Daniele Telloni (observatoire de Turin) ne s'est pas laissé impressionner par la tâche. Responsable de l'instrument METIS sur la sonde européenne Solar Orbiter qui a récemment été touché par une éruption solaire, il a patiemment attendu qu'une telle option soit possible. METIS est un coronographe, il est équipé pour cacher la surface solaire et observer avec précision les caractéristiques de la couronne, que l'on peut définir comme l'atmosphère de notre étoile. De quoi obtenir une vision globale des phénomènes qui y prennent place !

Alignement de vaisseaux

Mais, si ces mesures pouvaient être corrélées par un autre véhicule, passant au même moment directement dans la couronne solaire ? Ce fut le cas le 1er juin 2022, avec un passage de la sonde Parker de la NASA. Aussitôt, les équipes se sont concertées pour obtenir ce Graal : des mesures à distance, et des données in situ, au même moment.

Parker solar orbiter (et inversement)

Le problème pour des mesures de la couronne solaire, c'est qu'en effet les événements qui s'y produisent sont très courts, et très dynamiques : des mesures à quelques heures ou jours d'écart ne peuvent apporter autant de précision qu'une observation simultanée ! D'autant que depuis qu'il est possible d'y mesurer des températures, le mystère demeure.

La surface solaire est chauffée à environ 6 000°C, tandis que les températures atteignent et dépassent même 1 million de degrés Celsius dans la couronne ! Un facteur 150 qu'il est difficile d'expliquer par la théorie… Et pourtant ! Avec cette double campagne de Solar Orbiter et Parker Solar Probe, l'explication est à portée de main. Les chercheurs ont en effet observé et mesuré des jets turbulents au sein des différentes couches de la couronne solaire, et ce sont ces turbulences (de plasma, mais aussi magnétiques), qui tels des coups de fouet, génèrent des températures extrêmes.

© esa
© esa

Un premier pas pour expliquer les températures

« C'est une première scientifique, ce travail représente un grand pas en avant pour résoudre le problème de la chaleur coronale », explique le chercheur Daniel Müller. Son collègue Daniele Telloni, qui a initié la double mesure, travaille déjà à une confirmation, même s'il faudra du temps pour tout préparer, comme pour étudier les données à venir. Combiner des données in situ avec des mesures lointaines demande une gymnastique orbitale, mais aussi des ressources pour analyser les résultats qui pourraient répondre à l'une des grandes énigmes concernant notre Soleil !

Source : esa

Par Eric Bottlaender
Spécialiste espace

Je suis un "space writer" ! Ingénieur et spécialisé espace, j'écris et je partage ma passion de l'exploration spatiale depuis 2014 (articles, presse papier, CNES, bouquins). N'hésitez pas à me poser vos questions !

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Commentaires (5)
Caramel34

Chapeau pour la gymnastique !

nicgrover

Je comprends maintenant pourquoi ma mère bronze plus vite que moi.

Merci pour cet article qui nous apprend (enfin à moi…) des détails sur notre astre, enfin de gros détails.

Pck

Ce qui est remarquable c’est que cette coopération des deux programmes Parker et Solar Orbiter n’était, (selon ma compréhension @Eric confirmation?) , pas prévue à l’origine et que les équipes ont accepté et imaginé (Telloni) des modifications de trajectoire et d’orientation (la gymnastique orbitale) pour créer cette configuration de mesure bien spécifique ! Encore une belle coopération Nasa et ESA où les scientifiques montrent l’exemple aux politiques … Hum à y regarder de plus prés, finalement j’en suis moins sûr il s’agirait bien de « collaboration planifiée »… cela n’enlève rien au résultat :slight_smile:

ebottlaender

Alors c’était espéré comme coopération, mais plutôt sous une forme passive (les deux agences peuvent regarder les données et les corréler). Mais pour cette prise particulière ça a mené à changer l’orientation (pas la trajectoire) et surtout à court terme, donc c’était à la fois imprévu et plutôt ouvert.

Pernel

« Tu sors pas sans ton écran total »