Test Huawei Freebuds 3i : l'ANC des grands, l'autonomie des clones

Guillaume Fourcadier
Spécialiste Audio
14 juin 2020 à 10h00
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Cela fait quelques années déjà que Huawei et Honor se sont installés dans le secteur prometteur du True Wireless. Sans être des échecs, leurs différents modèles n'avaient pas le degré d'excellence de ce que la marque propose en matière de smartphone. Des Freebuds 1 presque anecdotiques, des Freebuds 2 en clones abordables et corrects des Airdpods 1-2, et des Freebuds 3 presque aussi bons que les Airpods, mais aux grandes promesses non-tenues. Les Freebuds 3i ne s'annoncent pas comme des écouteurs révolutionnaires, mais comme des true wireless aboutis, abordables, avec un système de réduction de bruit active enfin convaincant.

Une fabrication dans la continuité

On n'ira pas jusqu'à dire qu'il existe une patte Huawei dans le True Wireless, mais le constructeur est fidèle à sa ligne de conduite, et cela dès la boite de recharge. Pas extrêmement compacte, mais suffisamment discrète pour la plupart des poches, cette boite fait énormément penser à celles des Airpods quant au plastique utilisé. Même densité et même aspect brillant, et donc même mise en avant potentielle des rayures. Quoiqu'il en soit, la finition est plutôt bonne, ne donnant pas cet aspect trop léger. Ce constat se retrouve sur un point assez caractéristique : ses charnières, parfaitement souples et sans jeu.

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La passe de la recharge à induction des Freebuds 3 à une simple connectique en USB-C, prise pas encore totalement implantée sur les modèles de cette gamme de prix. Enfin, une petite diode en façade permet d'afficher le niveau de charge suivant sa couleur (vert, orange, rouge) et de passer en mode appairage.

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Les écouteurs sont du même tonneau, avec une finition qui n'est sans doute pas du niveau d'un Momentum True Wireless, mais reste très sérieuse et là aussi très Apple dans l'idée. Un plastique d'une bonne rigidité, dense et sans aucun jeu. Son design en tige fait forcément penser à son concurrent, mais la marque se démarque légèrement grâce à son approche plus anguleuse, assez agréable en main.


Confort quasi parfait

À l'instar d'écouteurs comme les Jabra 75T et 65T, les Freebuds 3i font le pari d'une canule (tige plastique) extrêmement courte, simplement là pour accueillir les embouts en silicone (4 tailles) et non pour vraiment rentrer dans le conduit auditif.

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Cela se traduit par des écouteurs à la fois très peu intrusifs et parfaitement stables. Il n'est pas nécessaire de trop visser les écouteurs dans l'oreille ou de se battre avec une canule qui sortira au moindre mouvement de mâchoire, mais un bon choix d'embout et un bon placement feront forcément une énorme différence à l'écoute. On ne parle pourtant pas ici d'un modèle sport, puisqu'aucune certification IP n'est annoncée. Un peu dommage pour un produit autour de 100 euros. En pratique, un peu l'image des Airpods, cela ne veut absolument pas dire qu'ils résisteront moins bien que les autres aux projections d'eau.

Régression sans gravité

On ne peut pas demander à Huawei de se rater sur la connectivité, d'autant que la marque maîtrise l'électronique de A à Z. Effectivement, aucun souci lors de l'utilisation, le signal est toujours parfaitement stable. La portée des Freebuds 3i est d'environ 10-12 en champ libre avant que le son ne commence à sauter.

Pour l'appairage, il faut malheureusement passer par le petit bouton du boitier (pas de profil d'appairage automatiquement lancé) ou tout simplement utiliser un smartphone sous EMUI 10 (Huawei/Honor), permettant un appairage rapide à la manière des Airpods ou du Google Fast Pair.

Dans tous les cas, la connexion/reconnexion est une des forces du produit, avec un allumage absolument immédiat. Aucun bug lors de notre essai, et pourtant le pixel 3 XL (l'un des device utilisés) n'est pas le smartphone le plus au point à ce niveau.

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L'expérience est presque parfaite, d'autant que la connexion est de type sniffing et non en maître-esclave, chaque écouteur pouvant être utilisé indépendamment. Seul le multipoint manque à l'appel, une fonction encore rare, voire inexistante en dessous des 100 euros, qui lui aurait permis de se détacher totalement.

Pour les amoureux des codecs haute-qualité, terme toujours un peu discutable en Bluetooth, il faudra se contenter du SBC, AAC et du codec propriétaire LHDC. La marque ne renouvelle pas sa semi-blague qu'était le BT-UHD avec les freebuds 3, à savoir une sorte de protocole Bluetooth très modifié et permettant théoriquement 2.3 mbs max de bitrate (contre environ 1,4 avec le Bluetooth Classic). Un protocole un peu inutile, mais surtout jamais vraiment mis en place. Seules les promesses de la puce Kirin A1 et les possibilités d'envoi séparé du canal gauche et du canal droit avaient un intérêt potentiel.


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Pour le LHDC, vendu comme l'équivalent Huawei du LDAC de Sony, nous avons ici droit à une petite entourloupe marketing. Les True Wireless étant à peu près incapables de tenir un débit "HD" en pratique (faute de puissance émisison/réception suffisante), nous retrouvons un LHDC capé à 300 kbs, une valeur se vérifiant notamment sur l'autonomie, à peu près semblable qu'avec les codecs SBC et AAC.

Les contrôles, premier faux pas

Jusqu'ici tout allait bien, en tous cas tout se déroulait sans accroc, les commandes vont être l'un des points noirs des Huawei Freebuds 3i.

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Tout repose sur un principe de zone tactile sur le dos des deux écouteurs (pas sur la tige). Malheureusement, cette zone ne donne accès qu'à deux types de commande : appui long ou double tapotement. Mais surtout, l'appui long est particulièrement imprécis, il faut souvent s'y reprendre à deux fois. Clairement, un système d'une, deux et trois tapes aurait été plus simple que cet entre-deux mal ficelé.

Une application, faute de mieux

Dire que l'application Huawei Life est inutile serait exagéré, mais on peut regretter le manque de fonctions annexes, un égaliseur par exemple. Huawei Life permet de simplifier le premier appairage et de centraliser tous les écouteurs possédés par l'utilisateur.

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Une fois les écouteurs connectés, l'onglet principal donne le niveau de batterie (précis à 5%) de chaque écouteur ainsi que du boitier, un plus assez utile, Android n'affichant qu'un pourcentage général (à 10% près) et un peu moins précis, portant sur une moyenne des deux écouteurs.

Hors application, le boitier permet d'indiquer le niveau batterie grâce à deux diodes. La première, à l'extérieur, indique le niveau du boitier. La seconde, à l'intérieur, celle des écouteurs. L'une comme l'autre prennent une teinte verte, orange ou rouge selon le pourcentage, sachant que le rouge désigne un niveau critique (sous les 25 %).

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Huawei life permet également d'effectuer les mises à jour firmware, là-aussi de manière excessivement simple. Enfin, il est possible de définir la fonction déclenchée par les deux manipulations possibles par écouteurs. Pour la pression longue nous flirtons le non-sens, puisqu'il est possible de choisir entre le mode de réduction de bruit et... rien. Pour la double tape, tout est un peu plus resserré : pause/lecture, piste suivante, piste précédente, assistant vocal. Nous pouvons par exemple laisser un classique lecture/pause pour une double tape sur l'écouteur droit, et un appel à l'assistant pour l'écouteur gauche. Pas de contrôle du volume donc.

L'isolation active et efficace

Assez proche des Airpods Pro sur la quasi-absence de canule et donc sur la topologie plus semi-intra qu'intra, les Huawei Freebuds 3i font ressortir la même dualité de l'isolation, cela apparaît même légèrement accentué.

D'un côté, l'isolation active dépasse nos espérances, et montre définitivement que 2020 est l'année de sa maturité sur True Wireless. Pour 100 Euros, les Freebuds 3i nous proposent des écouteurs à même de se confronter aux Airpods pro. Ces derniers gardent la tête sur quelques situations, généralement entre 100 Hz et 1 kHz (les voix et tapotement sur claviers par exemple) tout en étant plus réactifs dans quelques situations, mais sont un peu derrière pour les bruits les plus graves, ronronnement de moteurs, etc...

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Disons-le tout de suite, la petite révolution qu'étaient les Sony WF-1000Xm3 à leur sortie ne sont même plus sur le podium, sachant que les Panasonic RZ-S500W, Airpods Pro et donc les Freebuds 3i sont meilleurs pour les sons graves, les sons caractéristiques de ce qu'on attend d'une isolation active (même si cela ne fait pas tout).

Mais, les Freebuds 3i restent des semi-intra, et cela commence par une étrangeté vers les 1 kHz. Cette fréquence est généralement celle où s'arrêtent les ANC modernes et où l'isolation passive seule agit. Totalement inexistante avant, cette isolation passive fait que les fréquences autour des 1 kHz ne sont absolument pas atténuées. Vous pouvez passer près d'un chantier, ne pas être dérangé par le bruit très important des moteurs, mais simplement par le souffle d'un compresseur d'air ou de la buse d'un aspirateur.

Une fois vraiment passé dans les aigus, le résultat est déjà meilleur, mais reste dans ce que sa topologie laissait présager, bon, mais pas au point de couper du monde. Un genre qui rejoint celui des Airpods Pro, assez comparables, le choix étant surtout celui du confort.

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On peut également relever un écueil sur la gestion du vent, puisque les micros des Freebuds 3i sont assez rapidement dérangés par les petites bourrasques.

La qualité en main-libre est tout à fait correcte. La réponse en fréquence du micro est un peu plus étendue dans les aigus que la moyenne, le son est en tous cas assez clair et non étouffé. On a déjà vu une meilleure précision, mais la qualité reste honnête même en milieu bruyant, bien que les écouteurs peinent un peu à effacer les bruits indésirables.

Enfin, la marque fait malheureusement l'impasse sur le mode Ambiant/Hearthrough, permettant de compenser l'isolation passive. EDIT : Après la mise à jour récente 1.9.1.135, une telle fonction est enfin disponible, baptisée Perception sur l'appli fr, et Awareness dans les écouteurs. Après un test en extérieur et quelques mesures, nous pouvons parler d'un modèle plutôt efficace de ce point de vue. Une topologie semi-intra est toujours plus à l'aise qu'intra puisque l'isolation passive efface moins les fréquences médiums et aigus, mais les Huawei s'en sortent très bien même en prenant ce point en compte. Clairement les Airpods Pro gardent la tête, en restituant mieux les hautes fréquences, ce qui donne une meilleure localisation des sons et une retranscription tout simplement plus naturelle et plus claire. Mais, si les Freebuds 3i sonnent un peu plus étouffés, ils restent dans ce qui se fait mieux, en particulier dans leur dosage précis des fréquences, l'utilisation du mode est parfaitement valable. Nous n'avons pas ici l'espèce d'effet turbine/soufflerie permanent de bien de ses concurrents.



Une autonomie bien confinée

Huawei annonçait la couleur, avec 3 h 30 d'autonomie sans ANC, un chiffre qui n'est clairement plus dans les standards de 2020, excepté chez les très nombreux clones d'Airpods et quelques solutions particulière car plus audiophiles (ce qui n'excuse pas tout) comme les KZ S1.

En pratique, cela nous donne avec les différents paramètres (volume toujours autour des 60%) :
  • ANC activé, codec AAC sous Android : 2 h 34
  • ANC Activé, Codec AAC sous iOS (ipad) : 2 h 45
  • ANC Activé, Codec LHDC sur un Fiio M15 (Android 7.0) : 2 h 28
  • ANC désactivé, codec AAC sous android : 3 h 30
  • ANC désactivé, codec AAC sous iOS (iPad) : 3 h 40

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La boite est censée apporter 3 recharges supplémentaires. En pratique, nous sommes plutôt dans les 2 recharges et demie, d'autant plus qu'en fin de vie, la boite ne semble pas recharger de manière égale les écouteurs, l'un arrivant à 70% quand l'autre reste à 45 ou 50%. Notons également que les deux écouteurs ne s'éteignent pas forcément en simultanée, l'un pouvant survivre à l'autre pendant environ 5 min (l'ANC se désactivant dans tous les cas). Nous sommes au total entre 8 h 45 et 12 h suivant les paramètres.

La recharge complète des écouteurs prend seulement 30 min, ce qui est un excellent chiffre, et l'ensemble met environ 1 h 30 pour être à 100%.

Si en soit 2 h 30 et 3 h 30 environ ne sont pas honteux, nous sommes très loin de la norme, même sur des écouteurs sans ANC. Des modèles de tarif équivalent type Creative Outlier Air et Cambridge Melomania 1 atteignent respectivement 7 h 30 et 6 h 15. Des sessions plus longues, mais également des cycles de batteries plus conséquents, et donc une meilleure durée de vie théorique.

Équilibre et dynamique

Encore balbutiant sur ce secteur, mais suffisamment important pour rattraper son retard en quelques années, Huawei développe avec les Freebuds 3i un produit qui ne rivalise pas avec les Airpods Pro, mais n'est absolument pas ridicule pour autant. Les Freebuds 3i sont largement à leur place dans les 100 euros - 150 euros, et plairont à l'essentiel du public pour le bon mélange d'équilibre, de détails et de dynamisme.

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Sans ANC, le registre basses-médiums est particulièrement équilibré et de bonne qualité. On retrouve une certaine réactivité et une bonne propreté dans le bas du spectre. Surtout, aucune fréquence qui ne déborde sur les autres. Les aigus partent sur une approche un peu plus typée, mais sans devenir trop agressive. L'écoute est plutôt claire, et paraitra sans doute un peu trop brillante pour qui n'a que l'habitude des écouteurs nomades (naturellement basseux et ronds).

Reste que l'impact des basses est là, vraiment propre. La marque conserve ce qui avait fait sa force sur les Freebuds 3 en affinant clairement la recette. Pas de quoi égaler les Airpods pro en aisance ou le niveau de détails des Momentum True Wireless 2, mais le rendu dans les basses fréquences reste plus propre et détaillé que sur les Outlier Air ou les Melomania 1. Ces deux derniers ont tendance à un peu plus (trop ?) en faire dans le registre quitte à déborder, mais cela donne aussi un son plus ample, parfois plus agréable à défaut d'être plus technique.

Avec ANC, l'écoute accentue légèrement les basses tout en abaissant un peu les bas-médiums. L'impression est à la fois un peu plus dynamique et plus tranchante, sans doute pour plaire à un public plus large. Dans l'ensemble le pari est réussi puisque les Freebuds 3i tabassent un peu plus sans perdre en détail. Pour le reste le constat sonore reste le même que sans ANC.

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Par excès de zèle ou tout simplement du fait de la qualité technique du haut-parleur, les aigus restent le point faible. Leur qualité technique aurait pu être supérieure. Il faut dire que presque aucune marque n'a réussi à donner un bon résultat sous les 100 euros.

Bref, un bon rendu assez passe-partout et technique, qui aurait même gagné à se raffiner un peu dans les aigus.

L'avis de Clubic sur les Huawei Freebuds 3i

Ne serait-ce pas le modèle de la maturité pour Huawei ? Après deux premières itérations quelconques et une troisième en promettant bien trop, les Freebuds 3i réussissent à devenir les premiers True Wireless à moins de 100 euros dotés d'une réduction de bruit active convaincante, et même largement au niveau des meilleurs. À ce prix nous retrouvons forcément quelques concessions, à commencer par une autonomie bien en-dessous de la moyenne. Pas les True Wireless ultimes, mais une entrée abordable et efficace dans le monde de la réduction de bruit active.

Huawei Freebuds 3i

8

Les plus

  • ANC à la hauteur des meilleurs
  • Son équilibré et dynamique
  • Confort irréprochable
  • Stabilité de la connexion
  • Bonne fabrication
  • Mode Ambiant assez efficace

Les moins

  • Autonomie plus que moyenne
  • Commandes trop basiques
  • Pas de certification IP

Ergonomie7

Confort9

Isolation7

Autonomie4

Son8


Modifié le 15/06/2020 à 15h03
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