Incredibox : le jeu de beatbox musical français qui cartonne

Alexandre Boero Contributeur
18 juin 2019 à 12h59
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L'étonnante application mélange divers ingrédients qui rendent l'accès à la musique plus facile, avec un zeste de pédagogie et beaucoup d'originalité.

Incredibox est une expérience web sonore et visuelle qui permet à tout un chacun de découvrir le processus de création musicale d'une manière un peu décalée, divertissante. À la limite du jeu et d'un outil à part entière, l'application propose de s'initier à la création musicale tout en appréhendant les concepts de superposition des mélodies et des rythmes, le tout guidé par du beatbox animé, aussi original qu'intuitif.

À la tête de cette application coup de cœur, nous retrouvons trois potes autodidactes et passionnés. Il y a d'abord Romain, 34 ans, salarié-graphiste de la SARL, qui gère toute la création visuelle, les univers, les dessins mais aussi le support et les réseaux sociaux. Ensuite, il y a Paul, 34 ans également. Il est le musicien - et l'électron libre - du projet. Il n'a jamais souhaité s'y mettre à 100%, car il poursuit en parallèle sa carrière de musicien, sous le pseudo d'Incredible Polo. Enfin, Allan, 35 ans, le développeur d'Incredibox, gère la société et veille sur le bébé au quotidien. C'est ce dernier, basé à Lyon, qui a accepté de se livrer à Clubic dans une interview, à l'issue de laquelle vous saurez tout sur Incredibox, qui fête ses 10 ans d'existence cette année.

Clubis Star   Incredibox.png
Pouvoir enregistrer sa propre compo', c'est le pied ! (Crédits : Alexandre Boero pour Clubic.com)

Des samples de beatbox enregistrés en interne


Clubic : La création originale via Incredibox repose sur du beatbox, on y voit souvent que du feu...

Allan (Incredibox) : Effectivement, tous les sons que l'on entend sur Incredibox ont été captés a capella. C'est Paul qui les enregistre. Il a démarré en faisant du beatbox, et comme il arrive à faire des voix féminines, masculines, et qu'il est plutôt touche-à-tout... le rendu est positif. Nous faisons notre cuisine sonore à partir de samples de beatbox pré-enregistrés. Nous avons tout un tas d'ingrédients disposés devant nous. Chacun prend les siens et concocte une musique à sa sauce.

Combien de sons et de voix sont disponibles aujourd'hui sur Incredibox ?

Nous avons six versions au sein de l'application complète - celle payante sur les magasins d'applications. Ces versions se déclinent en thèmes. On propose par exemple aux utilisateurs un thème plutôt jazzy, un autre plus hip-hop, un thème électro, ou musique brésilienne...Nous préparons une septième version qui est en train d'arriver et qui sera plus inspirée des musiques indiennes que l'on peut entendre dans les films Bollywoodiens.

« Un mix est enregistré toutes les 30 secondes sur Incredibox »


L'application possède une fonctionnalité que l'on trouve excellente : la possibilité d'enregistrer le titre créé sur Incredibox puis de le partager sur les réseaux sociaux ou par mail. On imagine que c'est une fonctionnalité qui plaît énormément ?

Ce n'était d'abord pas possible sur la première version, où l'on perdait tout le travail une fois sorti de l'application. Lorsque nous avons lancé la seconde version du site, l'éventualité s'est présentée tout de suite, car cela a permis aux utilisateurs de partager leur son et de faire découvrir le site à leurs amis et relations. Oui, il y a un réel engouement sur cette option. Un mix est enregistré toutes les 30 secondes sur Incredibox, ce qui est un rythme vraiment satisfaisant.

Une application bien plus populaire sur mobile que sur ordinateur


Quel changement a été apporté à l'application dernièrement ?

L'une des dernières fonctionnalités de l'application est justement le téléchargement de la musique en mp3. Jusqu'à maintenant, l'application proposait un téléchargement en Wav uniquement, ce qui est beaucoup plus lourd. Cette nouveauté remonte au début de l'année.

On nous réclame souvent des fonctionnalités. Mais si l'on devait mettre tout en place en même temps, Incredibox deviendrait une usine à gaz et perdrait ce côté instantané qui peut, certes, être parfois frustrant car limité, mais qui reste grand public.

« Sur le Play Store et l'App Store [...] on recense entre 200 et 300 téléchargements par jour »


Qui sont les premiers clients, les cibles d'Incredibox ?

50% des utilisateurs ont moins de 20 ans (les chiffres exacts sont compliqués à obtenir, avec la COPPA - Children's Online Privacy Protection Rule - qui est une loi américaine interdisant aux outils comme Google Analytics de récolter des données sur les mineurs de moins de 13 ans). Puis 20% sont des 25-35 ans. Ce qui est à noter, c'est que depuis trois ou quatre ans, il y a de plus en plus de professeurs de musique qui utilisent Incredibox en cours ou en atelier. Cette vocation pédagogique, nous ne l'avions pas prévue à la base, mais elle est vraiment chouette.

D'où vient le fameux visage iconique d'Incredibox ?

C'est la caricature de Paul. Il a approximativement cette tête avec ses yeux globuleux et sa grosse bouche (rires). Mais il le prend bien, on aime bien se dessiner de manière un peu moche. Nous voulions un personnage un peu cartoonesque : le beatbox, si on ne le caricature pas, c'est plus compliqué à animer visuellement.

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Capture d'écran de l'application © Incredibox

Sur quel OS ou support Incredibox est-il le plus populaire ?

Sur le site internet, nous enregistrons entre 30 et 40 000 visiteurs chaque jour, qui viennent tester la démo. Sur le Play Store et l'App Store, où l'application est accessible contre 3,99 euros, on recense entre 200 et 300 téléchargements par jour. La version bureau (PC ou Mac, à 7,99 euros), elle, marche beaucoup moins, il faut le reconnaître, avec moins d'une dizaine de téléchargements quotidiens. Entre 50 et 60% des achats proviennent des États-Unis.

Le prochain thème Bollywood, dont nous parlions tout à l'heure, est-ce un choix de votre part ou une demande du public ?

En fait, il n'y a pas de stratégie particulière, et c'est ce qui fait notre originalité. Pour être plus précis, depuis le début, nous marchons au feeling, nous faisons ce qui nous plaît.

La participation à des campagnes publicitaires de sociétés à la renommée planétaire


Près de 400 000 personnes aiment la page Facebook de l'application. Est-ce que vous vous servez des réseaux sociaux comme tremplin, ou plutôt comme vitrine ?

Toute la stratégie marketing et commerciale autour du projet se développe, elle aussi, au feeling, même si dans le cadre de notre professionnalisation, nous avons fait des efforts pour bien présenter et vendre le concept d'Incredibox. Néanmoins nous ne faisons pas la course au like.

En 2012, il y a eu un petit effet buzz autour du projet Incredibox, lorsque la presse et plusieurs blogs influents dans le domaine ont parlé de nous ; cela avait attiré beaucoup de monde à ce moment-là, et ça correspondait, qui plus est, à une période où Facebook était en plein boom. Le site The FWA, référence de ce qu'il y avait d'original sur le Web, remettait alors des prix à d'autres sites internet, fait en flash à l'époque. Et nous avons décroché le FWA of the day, ce qui nous a permis d'être mis en avant le temps d'une journée. Nous étions ainsi passés à 10 000 visiteurs quotidiens, provenant essentiellement des États-Unis.

« Nous avons toujours fonctionné sur nos fonds propres et en auto-financement »


Le site Incredibox a été créé en 2009, et à l'époque, c'était plus un "délire" de potes qu'une volonté de se professionnaliser, c'est bien ça ?

Complètement, oui. J'étais sorti des Beaux Arts depuis deux ans, j'apprenais le code en autodidacte. Avec mes deux meilleurs potes, nous nous étions suivis depuis nos études en BTS. L'un était autodidacte dans le domaine de la musique et avait fini ses études de graphisme. L'autre sortait de l'école, il était, comme moi, designer industriel de formation et s'était mis au graphisme en autodidacte.

Paul, le musicien du groupe, avait commencé sa carrière en solo et se produisait sur scène avec une loop station, un boitier souvent utilisé par M sur scène, et sur lequel on peut brancher tous ses instruments, pour boucler des sons. Un jour, nous nous sommes dit "Tiens, ce serait cool qu'avec les compétences acquises par chacun, on puisse créer une interface web, un objet un peu ovni avec lequel on pourrait créer facilement du son, tout en étant diverti, sans être complètement dans un jeu mais en ayant quand même un engagement ludique dans le processus créatif."

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Paul, le musicien du trio, a inspiré l'animation du personnage d'Incredibox (Crédits : Alexandre Boero pour Clubic.com

En 2011, nous avons commencé à songer à la question financière pour que l'on puisse se professionnaliser. Tout cela a demandé beaucoup de réflexion. C'est là que nous avons décidé, en 2012, de monter une société, So Far So Good, avec l'objectif de travailler à partir de nos compétences, comme le graphisme, la conception de sites web, l'habillage sonore. Pendant un an et demi, nous avons donc énormément travaillé, pour des clients comme pour le projet Incredibox, qui ne rapportait pas d'argent à l'époque. Nous avons toujours fonctionné sur nos fonds propres et en auto-financement.

Vous avez réussi deux gros coups, à commencer par la signature d'un contrat avec Axe Boat, en 2014. Pouvez-vous nous raconter ?

Avant cela, nous avions été régulièrement contactés pour des opérations, mais avec des budgets bien trop faibles. Le jour où la société qui gérait la communication d'Axe a pris contact avec nous, ce fut différent. Le deal portait sur une campagne publicitaire de trois mois, visant à promouvoir une tournée de DJ sur un bateau dans le sud de la France, le Axe Boat. Nous devions alors customiser notre site et nous en avons profité pour créer la V4. Le but de la manœuvre était d'inviter les utilisateurs à venir sur le site pour créer du son et participer ainsi à un concours des meilleurs mix créés. Les vainqueurs gagnaient un pass VIP pour le bateau. À l'époque, ç'a mis du beurre dans les épinards, et nous n'avons pas hésité à réinvestir cet argent.

« Ils ont été sacrément surpris de voir que nous n'étions que trois et que l'on pouvait accomplir un tel travail »


Une seconde campagne à grande échelle vous a aussi été très bénéfique, avec M&M'S USA.

Fin 2017, alors que nous venions de sortir l'application sur iOS et qu'on pensait à la version Android, une société new-yorkaise a pris contact avec nous en nous indiquant qu'elle était en relation exclusive avec M&M'S et qu'elle avait vu passer Incredibox à plusieurs reprises. L'agence voulait créer une campagne publicitaire aux États-Unis d'une durée d'un an, et dans laquelle nous proposerions une plateforme signée Incredibox. L'idée était de reprendre le concept de la création musicale via des avatars sur une scène, en y intégrant cette fois leurs personnages à la place du nôtre. M&M'S voulait faire de la communication pour promouvoir sa marque avec quelque chose de fun et engageant. L'idée était donc de permettre aux utilisateurs de créer leur musique puis de sélectionner les meilleures créations afin de les transposer en spots publicitaires. Au final il y a eu une vingtaine de spots télévisés, diffusés un peu partout.



C'était un vrai challenge face à deux grosses entreprises américaines, avec des journées à 15 heures de travail pendant trois mois. L'agence est venue à Lyon, ils ont été sacrément surpris de voir que nous n'étions que trois (rires) et que l'on pouvait quand même accomplir un tel travail, c'était vraiment gratifiant.

Une aventure de potes autodidactes


Après une première déception, vous avez décidé de créer vous-même la version mobile de votre application...

Nous avons débuté par une version iPad déployée sur les boutiques d'applications, qui a plutôt bien marché. Petit à petit, nous avons réussi à nous stabiliser, à avoir un rythme de croisière avec des rentrées d'argent plus régulières, donc quelque chose d'à peu près viable.

Les applications présentes aujourd'hui sur Android, iOS et sur les stores PC ont été développées en interne, en autodidacte. C'est comme cela que nous fonctionnons, on peut même se considérer comme des artisans du Web. Nous ne sommes que trois pour tout gérer. Parfois, c'est compliqué, mais c'est en même temps très gratifiant de mener sa petite barque sans contrainte, sans qu'il y ait des décisions qui viendraient d'en haut. Conserver cette liberté, ça n'a pas prix.

« On vient de faire traduire l'application en 23 langues »


Est-ce que vous, ou l'équipe, réfléchissez à d'autres projets, agrégés ou non à Incredibox ?

Ça commence à nous démanger. Mais étant donné que nous ne sommes que trois et que, mine de rien, Incredibox est un projet d'une certaine ampleur, à son échelle, nous n'arrêtons pas de repousser le stade où l'on se dit "Tiens, il faut passer à autre chose." Au final, il reste toujours des choses à faire. On vient par exemple de faire traduire l'application en 23 langues. Chaque chose demande beaucoup de boulot et tout nécessite de savoir porter différentes casquettes. Nous avons des idées, c'est certain, ça nous démange, oui, mais pour le moment, les lignes ne bougent pas. Comme toujours, ça marche au feeling.

Pour ma part, je consacre 100, voire 150% de mon temps à Incredibox, dont j'assure le développement technique, la partie la plus lourde ; la gestion de notre société So Far So Good, et la direction de l'équipe. Même si nous ne sommes que trois, il faut toujours établir un planning, le respecter, faire transiter les opérations etc. C'est une vraie logistique, au service de nos utilisateurs.

Allan, nous tenons à vous remercier pour votre temps, et nous vous souhaitons beaucoup de belles choses pour la suite...

C'est très gentil, et big up à Clubic !



Logo officiel - Incredibox.png
(Crédits : Incredibox)
Modifié le 18/06/2019 à 13h32
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