Système d’information : "la tentation de l’immobilisme."

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Le 23 décembre 2004
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VP de Pivotal, Didier Mamma propose sa vision des systèmes d'information des entreprises et estime qu'ils sont en train de se fossiliser au lieu d'évoluer...

VP de Pivotal, Didier Mamma propose sa vision des systèmes d'information des entreprises et estime qu'ils sont en train de se fossiliser au lieu d'évoluer...

Toute évolution engendre une phase transitoire créatrice d'instabilité et de complexité. Cependant, cette transition est la seule issue possible à l'adaptation des entreprises, des organisations et, par là même, des systèmes d'information.

De nombreux exemples soulignent le fait que dans une économie globalisée fortement concurrentielle sujette à des changements de direction désordonnée, souplesse, vitesse, et réorganisation sont des qualités essentielles aux entreprises modernes.

Le message sous-jacent est que dans un environnement en transformation continue, il existe un facteur non variant : l'instabilité ! La conséquence est que l'environnement est "dangereux" et que des choix audacieux doivent être pris en permanence. Ne pas faire de choix ou verser dans un conservatisme rassurant ne peut que retarder au mieux voir accélérer au pire, l'inéluctable, constat mis en relief par les condition macro-économique actuelles.

Les directions générales ont assimilé l'environnement et intégré ce facteur dans leur réflexion stratégique. Ce phénomène s'observe depuis 1996 à travers les plans de restructuration et de réorganisation incessants. L'entreprise cherche à se synchroniser avec un environnement toujours plus mouvant. Pour "dominer" ces variations et rester compétitive, les entreprises tendent de construire des organisations souples, agiles et réactives en fluidifiant les processus tous en décloisonnant les départements opérationnels. Il est évident que ce sont des femmes et des hommes qui sont touchés par ces orientations et par les efforts à fournir, mais pas uniquement, les systèmes d'informations devraient s'assouplir et se synchroniser en permanence avec l'organisation et l'environnement économique.

Cependant, pour le système d'information, on observe le phénomène inverse que je nomme la pétrification qui conduit à la fossilisation et l'immobilisme. Ce conservatisme se remarque dès lors ou la complexité du système d'information croît. C'est un phénomène insidieux qui s'auto-justifie par des arguments de prime abord rationnels mais qui en réalité ne le sont pas. Ces arguments sont souvent les mêmes : "la sûreté, le coût d'exploitation, les compétences disponibles dans l'entreprise, la limitation de la complexité du système d'information, l'intégration, etc.".

Mais si vous analysez le phénomène en profondeur, vous constatez rapidement un comportement récurrent, celui de la simplification. Cette tendance à simplifier le complexe - Edgar Morin et Michel Serres l'ont parfaitement décrite - produit le plus souvent des solutions inefficaces et dépassées. Paul Watzlawick, scientifique américain a réalisé de nombreux travaux sur ce sujet, notamment sur ce qu'il appelle les "ultra solutions". C'est ici qu'apparaît le paradoxe entre l'impérieuse nécessité d'avoir une organisation souple et réactive et l'accroissement de la rigidité des systèmes d'information.

Peut-on inverser cette spirale ? Bien évidement, du moins je le crois. La plus grande difficulté est de désapprendre certains comportements et d'explorer de nouvelles voies. Le débat sur la structure du système d'information, c'est-à-dire entre bloc monolithique unique pilotant tout ou bien des unités fonctionnelles spécialisées (best-of-breed) autonomes interconnectées fait toujours rage.

Cette controverse devrait être tranchée depuis longtemps. Un bloc monolithique est une solution simple, apparemment rationnelle typique de l'ultra solution cependant en désaccord avec toutes les théories sur les systèmes complexes. L'observation de systèmes complexes montre qu'un système est toujours constitué d'un ensemble de sous-systèmes autonomes échangeant en permanences les uns avec les autres, de la sorte le système garde une évolutivité et une souplesse lui permettant de s'adapter a des variations d'ampleurs légère ou massive, c'est la notion de plasticité.

Prenons l'exemple du cerveau humain, sa plasticité a été un atout déterminant pour dominer son environnement. Le cerveau est constitué d'aires fonctionnelles autonomes interconnectées. Chaque aire évolue de manière indépendante ou collatérale. Cette architecture offre une extraordinaire souplesse fonctionnelle qui permet de renforcer et modifier les aires fonctionnelles en fonction des besoins et des contraintes d'adaptions dans un minimum de temps et de "coûts". L'autre avantage majeur est que vous pouvez avoir une dysfonction sur une aire fonctionnelle permettant à l'ensemble du système de rester performant voir de contourner et d'éliminer la dysfonction en question. Il est vrai que ce type d'architecture est plus complexe à conceptualiser pas automatiquement plus difficile à bâtir mais irrémédiablement plus efficace et moins coûteuse.

Bien que dans le passé certains éditeurs aient été imprudents sur leurs avancées technologiques, il n'en reste pas moins que les progrès d'interopérabilté entre les plates-formes et les applications réalisées depuis 3 ans ont été considérables et que ces architectures en aires fonctionnelles sont une réalité. Aujourd'hui, les entreprises ont les moyens de se focaliser sur leur métier, leur stratégie soutenue par un système d'information aussi souple et réactif que les organisations tout en ayant des coûts d'exploitation et de maintenance inférieurs. Le système d'information peut retrouver ses lettres de noblesse et être perçu comme un levier de transformation au service de l'entreprise et des utilisateurs et plus uniquement comme une contrainte de rationalisation de coûts.

L'entreprise est une entité "vivante et complexe". De nombreux éléments la façonnent, ses femmes, ses hommes, sa culture, son histoire, sa typologie organisationnelle, ses produits et services. Tout cela, et plus encore, fait qu'une entreprise est unique. Bâtir un avantage concurrentiel durable et défendable ne peut être envisagé qu'en s'appuyant sur ses éléments constitutifs son "ADN" en quelque sorte, sans quoi il se produira un appauvrissement de la valeur ajoutée délivrée (voir l'article du mensuel enjeux les Echos octobre 2003 page 94). Concevoir un système d'information, c'est essentiellement ce concentrer sur sa stratégie, ses objectifs et ses savoirs faire. Ensuite, il faut créer les conditions nécessaires pour que ses sous-systèmes s'interpénètrent de manière cohérente et harmonieuse. Cette réflexion doit être menée sans "aucune" contrainte technologique.

Les consommateurs sont en recherche de produits, de services, d'expériences personnalisées. Ils se montrent farouchement réfractaires à la standardisation et recherchent la diversité, le "sur mesure" et de la fluidité dans la relation. Les entreprises ne peuvent espérer être en adéquation si la structure de l'entreprise n'est pas en résonance avec ces tendances lourdes. L'être humain est une réalité complexe qui inscrit dans son environnement une nécessaire diversité.

Didier Mamma, Vice Président France et Belgique de Pivotal (éditeur de CRM) .
Modifié le 01/06/2018 à 15h36

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