Le Réseau du petit monde : La fractale relationnelle

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Le 27 août 2003
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Consultant et conférencier spécialisé dans les technologies de l'information, Denis Ettighoffer présente le concept des réseaux sociaux virtuels

Depuis toujours les dirigeants qui pratiquent une attitude d'ouverture et préservent une partie de leur temps relationnel avec leur écosystème le savent déjà : Il n'est pas utile d'avoir un carnet d'adresses impressionnant, il faut simplement modifier son attitude vis-à-vis des autres pour se constituer les relais indispensables vers d'autres disciplines, vers d'autres expertises. Inutile de vouloir connaître trop de monde. Dans toutes les disciplines, il existe des relais qui ouvrent les portes de véritables réseaux d'influences. Connaissez-vous le nombre d'Erdِs ? Il correspond au nombre minimum de personnes à connaître pour, de proche en proche, être en relation avec la planète entière. Deux chercheurs de l'Université de Cornell de l'Etat de New York se sont attachés à découvrir le mécanisme de ce mode de contamination. Ils ont ainsi isolé une ? fractale de la relation ? qui réduit à six le maximum d'attaches communes du monde entier. Ils désignent cette fractale sous le terme de ?réseau du petit monde? qu'ils ont découvert en étudiant les liens et le degré de clanisme de trois types de réseau : le ?réseau des connexions des neurones d'un ver? (le nématode), le nombre de liaisons covalentes d'un réseau électrique aux Etats-Unis et l'organisation des relations de plusieurs acteurs hollywoodiens. Leur travail a consisté à montrer comment la structuration de ces réseaux permettait de réduire à six liens un monde considéré dans un premier temps plus vaste et plus complexe.

Nous avons en général beaucoup de mal à nous imaginer la puissance relationnelle d'une organisation en réseau ou son pouvoir de contamination. Imaginons, comme le propose Bruno Martin-Vallas2, que vous êtes dans un pays d'un milliard d'habitants. Un matin, un de ces habitants arrive au bureau, vers 8 heures, avec une nouvelle étonnante qu'il raconte à quatre personnes dans la première heure. Chacune s'empresse de la raconter à quatre autres personnes dans l'heure suivante. Ainsi de suite, chaque personne entendant la nouvelle la transmettant dans l'heure qui suit à quatre autres personnes. Question : en combien de temps le pays sera-t-il entièrement informé de la nouvelle ? Réponse : le même jour, avant minuit ! Imaginez maintenant que ce pays dispose d'Internet.

En utilisant ces relais et les applications de l'Internet un chef d'entreprise devient capable de mobiliser de nombreux acteurs pour multiplier les transactions les plus diverses. Ils privilégient leurs relations avec les savoirs (écoles, anciens condisciples, associations professionnelles, parfois en participant à des actions de formation). Ils s'intéressent aussi à la relation clients. On note alors leur présence régulière dans des séminaires où elles identifient les responsables qui sont autant de prospects ou de relations d'affaires futures. Ils exercent directement ou indirectement une présence constante dans les forums d'affaires spécialisés (markets places, sites Internet spécialisés) en faisant connaître leurs innovations et leurs références par Internet. Ils deviennent organisateurs d'événements ou de projets afin d'attirer l'attention sur eux en mettant l'accent sur leurs relais (presse d'opinion, organismes d'éditions) et leurs propres prescripteurs. Enfin, ils pratiquent la transaction d'intérêt partagée avec d'autres partenaires d'affaires. Les plus astucieux mettant à la disposition de leurs alliés des ressources en fonction des missions ou des projets à conduire.

Cette composition et recomposition permanente des alliances ne suit pas une logique linéaire toujours bien visible et ordonnée. Par contre on sait que cette capacité à accepter les liens de partenariats et de relais - « du réseau du petit monde »- devient un facteur crucial de succès dans les années à venir. Aussi, lorsque l'on note l'absentéisme de certains chefs d'entreprises dans les réunions professionnelles, on comprend qu'isolés et sachant le rester, ils soient moins compétitifs que ceux qui multiplient et soignent leurs relations d'affaires, y compris maintenant dans les réseaux électroniques.

Denis Ettighoffer, Extrait du livre « Méta-organisations » / Village Mondial 2000, Prix Turgot
Modifié le 01/06/2018 à 15h36

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