Jean-Philippe Pastor : PhoneReader, un portail mobile, multimédia et monétisé au service des éditeur

Jérôme Bouteiller
09 septembre 2002 à 00h00
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Fondateur de PhoneReader.fr, Jean-Philippe PASTOR présente son portail, ses outils d'intégration de contenu et sa vision du marché

JB - Monsieur Pastor, bonjour. en quelques mots, pourriez vous présenter votre parcours ?

JPP - A l'origine, je suis éditeur de livre "papier". Après être passé par les principales maisons du secteur (Hachette, Armand Colin, Masson, Seuil, Ellipses etc.) il m'a semblé décisif d'entrer dans l'univers du numérique. Analyser le rapport entre support papier et support électronique est ce qui me tient le plus à cœur dans la profession. A cet égard, nos premiers partenariats chez Phonereader ont été contractés avec ces maisons traditionnelles, notamment l'édition professionnelle et pratique.

JB - Le rapport entre l'édition et l'Internet mobile n'est pas immédiat....

JPP - Certes non. Et d'ailleurs je n'ai jamais cru que la lecture au sens où les éditeurs classiques l'entendent pourrait se développer par l'internet fixe: il a fallu l'apparition de terminaux mobiles de type e-book pour me convaincre. Cette phase d'acquisition des machines par le marché est absolument nécessaire à l'expansion de la lecture numérique. Seulement, les premiers modèles mis en place par des sociétés spécialisées dans le livre numérique ne conçoivent leur activité que par téléchargement de fichiers, ce qui est à mon sens une lourde erreur: la lecture doit se faire "en dynamique" en restant connecté au réseau. Voilà pourquoi nous nous sommes d'emblée orientés vers les télécoms...

JB -Comment peut-on présenter PhoneReader ? Un portail "MMM", mobile, monétisé et multimédia ?

JPP - Cette définition est assez juste pour décrire le portail alo.phonereader.fr destiné à nos clients B2C, c'est-à-dire les abonnés disposant d'un PDA communicant. M pour mobile bien sûr, puisque le portail est destiné aux PDA communicants. M pour monétisé ensuite avec notre système de paiement électronique qui permet de suivre précisément la consommation de chaque abonné pour les contenus à forte valeur ajoutée (cette application est essentielle afin d'effectuer les reversements à nos éditeurs partenaires) ; enfin M pour multimédia, puisque nous proposons des contenus textes, images, audio et vidéo à partir de notre plate-forme. Mais fort heureusement, nous ne sommes pas uniquement un portail !



JB -Il n'empêche qu'on vous connaît essentiellement à travers votre portail MMM...

JPP - Le portail alo - always-on - est en effet notre vitrine. Les mobinautes peuvent par son intermédiaire tester nos kits de connexion, rejoindre les contenus sur notre plate-forme ASP, expérimenter nos applications mobiles. Mais ce n'est qu'une partie, peut-être la plus visible, de notre activité.

En effet, et c'est essentiel pour nous, nous développons avec notre partenaire technologique Labotec, des applications mobiles innovantes en ASP comme l'hypertextualité à la volée ou la synchronisation en ligne. C'est-à-dire des logiciels dont l'utilité n'a de sens qu'en situation de mobilité, je veux dire lorsque l'utilisateur est loin du moniteur de son ordinateur de bureau.

Mais ce que nous proposons en fait à nos partenaires opérateurs, constructeurs et distributeurs, c'est notre double savoir-faire éditorial et technique, qui dépasse le cadre de la seule maintenance du portail MMM.

JB - Selon vous, quels sont les services qui seront plébiscités par les mobinautes ?

JPP - Sans conteste les services liés à la messagerie pour plus de 50% du trafic. C'est l'activité principale que plébiscitent nos abonnés. Viennent ensuite les services liés à la localisation (en attendant une véritable géolocalisation). D'autre part, il me semble que l'agrégation information/services pratiques devrait se développer dans les prochains mois. Prenons un exemple : un abonné découvre une critique de cinéma, regarde la bande annonce sur son terminal, puis se renseigne sur les salles et les horaires les plus adaptés. Enfin, il réserve sa place via l'édition d'un ticket électronique par notre messagerie.

JB -Difficile d'éviter la comparaison avec Avantgo, Aladdino ou encore Mobipocket. Considérez vous ces sociétés comme des concurrents ?

JPP - Chacun possède ses propres caractéristiques. Je ne sais pas si ce sont véritablement des concurrents, dans la mesure où nous ne retrouvons pas ces sociétés dans nos négociations commerciales avec nos clients. PhoneReader est avant tout un intégrateur de contenus. C'est-à-dire que nous fournissons du contenu non pas sous forme d'une simple syndication mais en proposant du service via nos applications technologiques mobiles. Je ne crois pas correspondre ce faisant au positionnement d'AvantGo qui a d'abord privilégié le off-line en souhaitant vendre ses licences. Aladdino s'est recentré sur l'entreprise. Mobipocket a développé d'excellents logiciels de format de lecture qui sont maintenant connus dans le monde entier. Le nôtre, résolument construit pour le on-line et l'hypertextualité à la volée, est loin d'être comparable dans ses fonctionnalités. Il ne connaît pas encore la notoriété qui est la leur. J'ai aussi beaucoup d'estime pour Numilog qui fait énormément pour le livre électronique dans lequel nous continuons à croire.

JB -Comment vous positionnez vous face aux opérateurs cellulaires ? PhoneReader est clairement un concurrent de pda.orange.fr ou pda.6sens.com

JPP - Nous ne sommes absolument pas des concurrents des opérateurs. Comment pourrions-nous l'être ? Nous participons à notre mesure à la construction du marché de la téléphonie mobile haut débit. Il faudrait au contraire que les opérateurs s'appuient sur 20 ou 30 sociétés à l'image de Phonereader pour structurer le marché. Pour l'instant nous travaillons de manière très étroite avec les opérateurs/constructeurs. Il s'agit plutôt d'une collaboration que d'une concurrence directe. C'est tout l'intérêt de travailler en marque blanche.

JB -Vous êtes un portail mobile. Pourquoi ne pas opter également pour le wap ? Le marché du PDA communicant n'est-il pas un marché de niche ?

JPP - Il existe beaucoup de sociétés travaillant sur le wap, un marché en plein devenir. Je suis très impressionné par le succès de la formule Orange Sans Limite, qui a très nettement relancé le marché. Or nous sommes issus de la seconde génération, liée au GPRS et à l'UMTS. Tous nos développements ont été produits à partir du XML alors que le Wap privilégie le WML. Il nous faut donc retraduire notre base pour être actif sur le wap. Mais pourquoi pas ? Il est pourtant nécessaire de ne pas trop se disperser. Même si le marché du PDA communicant est encore un marché de niche ! Mais regardez ce qui se passe outre-manche avec le lancement du PDA XDA lancé par l'opérateur O2. Sans parler du bouillonnement du côté du WIFI et de la multiplication inouïe du nombre de sites internet mobile outre-atlantique depuis six mois.

JB - BouygTel a annoncé le lancement de l'i-mode dans quelques mois. Que pensez vous de cet environnement tant technique que commercial ?

JPP - Le pari de Bouygtel est audacieux. A la fois techniquement, car il faut convaincre les éditeurs d'adopter cette technologie... et commercialement, car il s'agit de convaincre des acheteurs peu satisfaits du wap. La difficulté va venir essentiellement de l'éditorial car les éditeurs européens ont une mentalité très différente de leurs homologues nippons. Il faut ensuite diffuser convenablement les terminaux correspondants. Tout ce travail promet d'être long. Quoi qu'il en soit, il faut souligner cet effort qui a le mérite de lancer le marché.

JB -Pour monétiser vos services, vous avez développé votre propre porte-monnaie virtuel. Pourrait-on imaginer un jour un système post-payé via la facture de l'opérateur ?

JPP - Sans conteste, nous sommes passés en quelques mois du modèle de l'internet fixe où le gratuit prédomine à celui de la téléphonie mobile où le forfait est la règle. Il fallait donc réagir face à ce nouvel état de fait. « Stylet » est l'application qui permet à l'abonné de gérer lui-même son abonnement de façon ludique et interactive. Il n'a pas à se confronter à un système de télé-paiement complexe pour avoir accès à chaque service consommé.

L'utilisateur souscrit un forfait en monnaie virtuelle sur le site web de PhoneReader. C'est ce forfait qui lui donne accès par pré-paiement à une quantité déterminée de « Stylets », la monnaie virtuelle.

L'abonné consomme mensuellement son forfait comme il le souhaite. Chaque service, fichier texte, audio et vidéo étant valorisé en Stylets, son compte Stylet est débité à chaque nouvelle consultation.

Le nombre de Stylets associés à un service ou donnée est défini en temps réel par le serveur selon plusieurs critères : fréquence de rafraîchissement de l'information, interactivité, mobilité, exhaustivité, praticité, poids, etc. L'abonné peut, d'un simple clic, connaître la valeur du contenu qui l'intéresse avant de le consulter. Il connaît à tout instant la situation de son compte. Il peut le re-créditer comme bon lui semble en rejoignant le site web phonereader.com. En ce qui concerne les opérateurs, un grand nombre de solutions sont aujourd'hui à l'étude. La nôtre vaut ce qu'elle vaut. Je suis prêt à parier que celle qui sera définitivement choisie sera très proche de la nôtre...

JB -Vous avez beaucoup travaillé sur des projets d'édition numérique. Où en est selon vous le livre électronique ?

JPP - Sur l'objet en lui-même, je n'en sais rien. En ce qui nous concerne, la question de la machine comme telle n'a jamais été déterminante. C'est une affaire de constructeur, voire d'opérateur ; certainement pas d'éditeur : une maison d'édition agrégeant du contenu est nécessairement multi-supports. C'est évidemment le contenu qui compte, pas le contenant. Tous nos fichiers sont accessibles en XML, de manière à pouvoir distribuer un même service au même moment sur différents supports: des Ordinateurs Portables, des tablettes numériques , des e-books ou des assistants personnels et maintenant des « Smartphones ». Le grand changement en cours est qu'à l'instar des assistants personnels ces appareils sont désormais constamment connectés. Ils intègrent tous des modems téléphoniques haut-débit et ils n'ont pas fini d'évoluer ! En conséquence, ils appartiennent au monde des mobiles multimedia qui n'ont plus besoin d'être « rechargés » en information par un recours systématique au PC. Les machines sont entièrement autonomes, accédant à l'information directement en ligne par le réseau telecom, ce qui change considérablement la donne.

JB - Qu'est-ce que cela change d'être toujours en ligne plutôt que d'avoir accès à un fichier préalablement téléchargé ?

JPP - Le changement d'environnement est total. D'abord pour le lecteur qui évolue dans un système ouvert et qui est maintenant capable de lier un texte à n'importe quelle base de données en dynamique sans être cloisonné à l'intérieur d'un seul et même format de lecture. D'autre part en amont, l'éditeur est totalement rassuré du point de vue des droits. Il n'a plus peur du piratage : dans la mesure où tous les fichiers sont installés dans les serveurs en téléconsultation et non plus téléchargés dans les terminaux des utilisateurs, le copyright est désormais contrôlé. A la différence du web, l'éditeur numérique sur support mobile sait en temps réel qui est connecté et qui ne l'est pas. L'abonné est repéré grâce à l'utilisation qu'il fait de sa carte sim telecom comme avec son téléphone portable. Enfin la facturation est considérablement simplifiée.

JB - Les modèles économiques liés au développement du livre numérique ne semble pourtant pas très au point...

JPP - Aujourd'hui le numérique sort à peine de l'âge de Bouvard et Pécuchet dont l'ambition initiale était de copier/coller toutes les connaissances sur des supports dématérialisés. On pensait naïvement pouvoir revendre sur le réseau ces fichiers-livres moyennant un prix de téléchargement comme s'il s'agissait d'un ouvrage physique en librairie. Cette façon de voir n'a aucun avenir.

JB - Mais alors que proposer à la place ?

JPP - Peu à peu, l'éditeur numérique comprend que l'échange économique se situe plutôt au niveau de l'accès aux services. Ce que l'on met en avant dans la chaîne de la valeur aujourd'hui, c'est le droit d'accès plutôt que le « contenu-produit ». L'édition numérique fonctionne en réseau et les échanges marchands commercialisent des droits d'entrée à un certain nombre d'applications éditoriales durables dans le temps. L'objectif des éditeurs n'est donc plus de vendre un livre comme un produit fini que l'on destine à un acheteur-lecteur (avec lequel les relations se concentrent sur l'acte d'acquisition pour ne plus jamais le revoir), mais de l'intéresser à des services qui doivent le satisfaire le plus longtemps possible. En conséquence, le lecteur n'est plus un acheteur, mais un abonné à des applications multiples : prestations de personnalisation en ligne, location de fichiers à consulter sur le serveur sans obligation de téléchargement, hypertextualité des oeuvres liées à des bases de données au choix (dictionnaires, encyclopédie, lexiques...), synchronisation des données pour son propre support mobile, messagerie intracommunautaire etc. C'est donc la capacité à rester connecté avec ses abonnés qui détermine la richesse économique de l'éditeur. Ce n'est plus l'accumulation d'un fonds éditorial pléthorique destiné à terme à une clientèle anonyme. Ce n'est donc pas la capacité à remplir les librairies par ses dernières nouveautés qui détermine la compétence d'un éditeur.

JB -Des services d'accord, mais que deviennent les contenus dans ce nouveau schéma ?

JPP - Côté contenu, ce qui compte c'est le temps... le temps de construire de vastes machines textuelles multimédia ; c'est-à-dire des plate-formes où chaque abonné peut ensuite venir personnaliser ses demandes en ayant soin de peaufiner son profil. Pour ce faire, il faut intégrer des centaines de protocoles FTP qui accueillent ou bien vont chercher l'information chez les fournisseurs de contenus et les placent ensuite sur nos serveurs. Ces fournisseurs nous communiquent en temps réel des informations pratiques constamment ré-actualisées. Le serveur quant à lui traduit l'afflux de ces fichiers en une version homogène XML. Cette uniformisation dans le langage permet ensuite de faire agir des dizaines d'applications spécifiques travaillant sur une base propre (ce qui serait impossible si les contenus n'étaient pas tous codés de la même façon). L'uniformisation du langage permet notamment de servir au client connecté la feuille de style correspondant à la nature de son terminal - et donc de profiter pleinement des fonctionnalités de son appareil. Aussi voit-on nettement qu'il est de plus en plus difficile de séparer les aspects techniques des aspects « contenus ». Pour s'en tenir au travail d'intégrateur en lui-même, il n'est plus possible de séparer le travail éditorial d'un côté et le travail d'intégration numérique de l'autre. C'est un seul et même projet capable d'être exploité sur n'importe quel support pourvu qu'il soit mobile et connecté...

JB -Mais où se trouve votre travail éditorial sur les textes ?

JPP - Sur le balisage des contenus. Le travail d'indexation, de hiérarchisation de l'information est de loin le travail le plus important pour un intégrateur de contenus sur l'Internet mobile. Il y a tout un travail rhétorique d'écriture en amont, au niveau du code source des textes présentés sur écran. C'est la raison pour laquelle nous avons développé notre propre format de lecture PhoneReader résolument ouvert sur le réseau permettant au lecteur de créer son propre environnement en termes de services. Les précédents formats comme le format PDF ou Microsoft Reader fonctionnaient en circuit fermé.

JB -Ce n'est donc pas qu'un travail de présentation des contenus sur écran...

JPP - Le travail textuel dans le numérique n'est pas qu'un art de l'écran. C'est avant tout un art de la programmation textuelle et de l'indexation. Mise en rapport des données, algorithmes et calculs sémantiques en sont les principaux fondements. En ce qui concerne l'approche éditoriale - qui est seulement une activité parmi toutes celles traitant plus spécifiquement du pratique et du professionnel (de la même manière qu'il existe dans l'édition classique des secteurs du même nom), l'auteur d'un texte numérique n'intervient plus directement sur un matériau visible par le lecteur au moment où il le découvre sur écran. Il agit sur un matériau qui lui est propre : le code source à l'origine du texte qui s'actualise constamment en fonction du programme mis en place. Il écrit par conséquent en effectuant en amont un travail de modélisation des textes. La rédaction est réévaluée en fonction des incessantes actualisations qui surviennent à l'écran.

JB -En quoi consiste précisément ce travail de modélisation ?

JPP - Il s'agit de coder dans une norme unifiée sur les serveurs l'arborescence des documents. Pour ce faire, il faut distinguer au préalable la forme logique des textes par rapport aux services puis leur contenu « cognitif » propre. Cette distinction n'est évidemment pas apparente à l'écran. Mais elle est essentielle ; car elle permet de transposer un même document multimédia sur différents supports et selon différentes formes éditoriales.

JB -En fin de compte, le numérique vous apporte plus de satisfaction que votre précédent métier dans le livre-papier...

JPP - Les métiers se ressemblent sur de nombreux points. Mais le numérique permet d'être évidemment beaucoup plus créatif. Les résultats éditoriaux sont aujourd'hui plus inattendus que les procédures du pré-press très mécanisées de l'éditeur traditionnel. Dans l'édition classique, j'en étais venu à souffrir, parfois jusqu'à la suffocation, d'un trop-plein de papier. Autour de nous, je me demande souvent comment sauver le monde de l'invasion du papier sous toutes ses formes. D'un certain point de vue, je rêve de vivre sans-papier...

JB - Monsieur Pastor, je vous remercie.

Modifié le 18/09/2018 à 14h11
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