Live Japon : fleurs et robots à la une

21 mars 2009 à 00h01
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Tous les ans fin mars, le "marronnier" des médias nippons, ce sont les cerisiers en fleur. On n'y échappe pas en 2009, et nul ne s'en plaint, au contraire. L'avènement scelle le printemps. Cette année s'y ajoute un autre sujet qui fait florès, celui des robots humanoïdes dont on a rarement vu autant de spécimens fleurir à la une à la même saison.

La semaine dernière, une partie de la presse occidentale s'est focalisée sur une androïde maîtresse d'école. Elle n'avait pourtant rien de nouveau, car la surnommée Saya date déjà de quelques années, mais elle se trouvait placée dans un contexte idéal pour la photo (une classe d'école primaire). De quoi faire jaser sur la toile et ailleurs par simple contagion.

Dans le même temps, un musée de la préfecture de Fukushima, mémorial consacré au scientifique japonais Hideyo Noguchi, installait dans une de ses salles une réincarnation sous forme de robot-jumeau de cette figure de la médecine, spécialiste des bactéries et des maladies infectieuses disparu en 1928. Hideyo Noguchi est connu de tous les Japonais, puisque son portrait orne les actuels billets de 1.000 yens, distinction rarissime pour un scientifique. Son double artificiel, dont le visage (notamment la texture de la peau) est d'un réalisme saisissant est capable de remuer et de s'exprimer assis devant une réplique de son bureau.

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Et puis lundi 16 mars, l'Institut des Sciences et Techniques industrielles avancées (AIST) convoquait une poignée de journalistes dans son centre de recherches de Tsukuba (nord de Tokyo) pour présenter sa nouvelle créature de forme humaine. Brune, coupe au carré bien nette, cette fausse japonaise surnommée "cybernétique humaine" mesure 1,58 mètre, pèse 43 kilogrammes. "Nous avons décidé de créer un robot d'apparence vraiment très proche de l'être humain, qui bouge de la même façon et puisse interagir avec nous", explique le directeur de ce programme, Shuji Kajita.

Pour concevoir ce prototype, les roboticiens ont étudié la morphologie de la gent féminine japonaise de 19 à 29 ans, recensée dans une base de données de recherche. "Nous avons aussi analysé la déambulation d'un mannequin par capture de mouvements et simulation informatique, afin de créer les différentes postures", détaille le scientifique, présentant des images d'un top-model d'un côté et du squelette du robot de l'autre. "Nous pensons être parvenus à une démarche vraiment similaire, ce qui a nécessité la création de nouveaux algorithmes", se félicite-t-il, précisant toutefois que le but ultime est de reproduire un balancement de hanches digne de Marilyn Monroe. Au total, ce robot compte 42 articulations: 30 pour le corps, quatre en tout pour ses mains et huit pour son visage (paupières, mâchoires inférieure et supérieure, yeux, etc.).

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Cette cyberdame est vêtue d'une combinaison métallique pour "signifier qu'elle est d'un autre type et éviter un sentiment de malaise que susciterait une trop grande ressemblance avec une femme", confie le chercheur. Comme la plupart des robots à visage humain japonais, cette humanoïde a été habillée par la firme Kokoro qui sévit dans l'univers du jouet et à qui tous les roboticiens font appel pour dessiner et maquiller les figures de leurs créatures. Le visage du faux Hideyo Noguchi, robot dont il est question plus haut, est aussi l'oeuvre de Kokoro, filiale du groupe Sanrio connu pour... Hello Kitty.

L'idée de donner à l'androïde femelle du très sérieux institut public AIST le look d'une lycéenne nippone en pull-marin, chemisier blanc, mini-jupe écossaise plissée et grandes chaussettes a vite été abandonnée, "cela faisait mauvaise impression", convient M. Kajita. La seconde option, inspirée des héroïnes semi-robotiques de science-fiction, aboutissait à un design trop proche du jouet. "Nous pensons finalement avoir trouvé un bon compromis semi-humain qui ne met pas mal à l'aise", estime M. Kajita.

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"Nous avons en outre évité d'aller trop dans les canons des personnages féminins de manga (yeux démesurés, petit nez à la retroussette, etc.) », ajoute-il. Malgré cette précaution, la "cybernértique humaine", qui n'a pas encore de prénom, pourrait devenir une nouvelle idole des otaku (inconditionnels compulsifs de manga, dessins animés et de toute la panoplie de produits dérivés afférents), reconnaît M. Kajita, même s'il jure, sans vraiment convaincre, que cela n'est pas l'objectif.

A part savoir marcher et prendre des attitudes étonnantes sur ordres compris grâce à un système de reconnaissance vocale activé par transmission Bluetooth, cette jeune dame mécatronique n'est pas très fonctionnelle. Elle sait néanmoins se présenter et accepte de répondre à quelques questions (quel est ton nom? combien pèses-tu?), même posées avec un petit accent français. Du coup, les chercheurs de l'AIST la destinent d'abord au secteur du divertissement. Peu importe qu'elle n'ait pas la taille mannequin, elle va faire ses début dans les tout prochains jours dans les défilés de haute-couture.

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"Certes, elle est petite, mais dans le monde de la mode, beaucoup de gens aiment les robots », argue un autre chercheur de l'équipe. « Même si on peut penser qu'il vaut mieux présenter des vêtements sur des humains, peut-être que sur un robot, c'est plus drôle", suppose-t-il. Plus tard, quand elle aura acquis d'autres compétences et lassé les habitués des podiums, la top-model à la retraite se verra confier la tâche moins gratifiante de tester des machines de sport et autres appareils pour le compte des humains. Elle pourra aussi servir à des architectes et urbanistes pour simuler et analyser les efforts requis lors des déplacements dans un espace donné.

L'AIST a investi 200 millions de yens (1,6 million d'euros) et passé trois ans à concevoir cette créature presque nature. Le squelette de chacun de ses clônes sera vendu à des entreprises et développeurs d'applications, 20 millions de yens pièce (160.000 euros), un prix auquel il faudra ajouter ceux de l'habillement et du visage, féminin, forcément, car « il serait bizarre, sinon scandaleux, de monter un faciès de mec sur un corps de jeune fille », dixit un des chercheurs.

La "cybernétique humaine" est la première représentante de la quatrième génération de ces plates-formes humanoïdes de recherche HR-P conçues par le même institut public japonais. Elle repose en outre sur une "architecture ouverte pour robots au service de l'utilisateur" (Ucroa), qui a déjà notamment été mise à profit dans le développement d'un bras articulé venant aider une personne bloquée sur un lit d'hopital ainsi que pour un manipulateur logistique.

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A vrai dire, pour le moment, ce qui est remarquable dans ce robot, également baptisé plate-forme HRP-4C, ce ne sont donc pas tant ses fonctionnalités cognitives que les avancées technologiques réalisées sur le plan des composants matériels qui le constituent, notamment pour amincir son buste et ses membres. Cela a nécessité le développement de servo-moteurs et autres pièces offrant des réponses supérieures à celles de modèles antérieurs plus imposants.

De plus, "grâce aux logiciels de base créés, de nombreuses fonctions vont progressivement être conçues pour ce robot qui va ainsi évoluer et trouver diverses applications", promet l'AIST dont le partage des connaissances en la matière est un des grands chevaux de bataille. "Comment vous le savez il existe de nombreux robots extraordinaires, mais hélas, jusqu'à présent, il est difficile de créer un individu complet qui présente toutes les caractéristiques dispersées dans les uns et les autres, car beaucoup de techniques et logiciels sont jalousement gardés secrets, ne sont pas partagés entre les différentes équipes, et les composants ne sont pas standardisés", fait remarquer un directeur de l'AIST, Junji Ito.

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Cet organisme étatique veut au contraire "établir des plates-formes qui puissent être utilisées par d'autres équipes pour leur permettre de développer des nouvelles fonctions et d'en faire profiter d'autres", assure-t-il. "Les robots humanoïdes ne sont pas encore une industrie, nous voulons créer un environnement pour la faire advenir", insiste M. Ito.

L'AIST est ainsi ouvert aux collaborations non seulement avec les entreprises mais aussi avec ses équivalents étrangers, dont le Centre National de la Recherche Scientifique français (CNRS) avec lequel il a récemment créé un laboratoire conjoint. "Nous avons vraiment envie de nous impliquer plus fortement dans ce type de recherches", nous a récemment déclaré sur ce point la présidente du CNRS, Catherine Bréchignac, en marge d'un symposium co-organisé par le CNRS et l'AIST fin 2008 à Tokyo. La nouvelle "unité mixte", qui prend le relais d'un simple programme de travail en commun, constitue une structure plus robuste pour mener des recherches plus poussées en bénéficiant de moyens plus importants, explique son directeur, Abderrahmane Kheddar.

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Ce véritable laboratoire, comprenant une vingtaine de chercheurs français et japonais, aura selon lui davantage de latitude pour mener ses travaux et en transférer les résultats vers le monde industriel. "Il pourra passer directement des contrats avec des entreprises, participer à des appels d'offres", détaille M. Kheddar. Les finalités des Français et des Japonais ne sont pas forcément identiques, mais les précédents travaux ont montré que leurs champs de compétences techno-scientifiques sont complémentaires. "Dans cette structure commune, les Japonais apportent tout leur savoir-faire en robotique, un de leurs domaines d'excellence, et les Français leurs connaissances en informatique et analyse cognitive", précise Mme Bréchignac.

"Nous n'avons pas forcément les mêmes besoins ou les mêmes objectifs d'application que les Japonais, mais nous voulons véritablement développer des robots capables de rendre service à l'Homme, d'intéragir avec lui et d'évoluer dans le même environnement", renchérit M. Kheddar. Si les Nippons sont persuadés que des robots humanoïdes se promèneront dans les rues de Tokyo en 2015, tels des domestiques, pour faire les courses de leur propriétaire invalide ou trop occupé, cette évolution fait toutefois encore peur aux Français, reconnaît Mme Bréchignac.

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Pour autant, cela ne doit pas empêcher de conduire des recherches qui peuvent trouver nombre d'autres applications, notamment pour améliorer le dialogue entre les hommes et les machines, souligne-t-elle, concluant "c'est en oeuvrant ensemble que l'on comprend aussi les différences entre les sociétés". Du coup, la rencontre avec les robots est devenue une étape presque obligée des personnalités politiques et autres officiels français qui transitent au Japon.

La secrétaire d'Etat à l'Economie numérique, Nathalie Kosciusko-Morizet, a ainsi été récemment conduite dans les salles de recherche de l'université de Tokyo où elle a découvert quelques prototypes du genre, dont un laveur de vaisselle. Ce bras articulé perché au dessus de l'évier et dont le rayon d'action s'étend sur tout le plan de travail, est capable de placer des tasses, assiettes et autres ustensiles fragiles dans un lave-vaisselle.

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Entre deux séances photos exclusives pour Paris Match avec des Goldorak, la Secrétaire d'Etat s'est aussi pâmée devant un "homme de ménage" qui débarrasse la table, balaie la cuisine et engouffre dans la machine à laver les chemises crasseuses négligemment jetées sur un dossier de chaise. Explication: les Japonais, poussés par les pouvoirs publics, attendent des robots qu'ils fassent à leur place les sales besognes, autrement dit ce qui est pénible, dangereux, sale ou ingrat, y compris à domicile.
Modifié le 01/06/2018 à 15h36
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