Rectify : préparez-vous pour 4 saisons de dépression ferme

Nombre de séries dramatiques m'ont véritablement bouleversé ces dernières années. Je pense par exemple à The Leftovers , Humans ou encore Dispatches from Elsewhere . Mais je crois qu'aucune n'a réussi à me coller une aussi grande gifle que Rectify.

Le veilleur d'écran[s] S06E04 📺 : Rectify

Dans un contexte où l'offre en matière de séries n'a jamais été aussi pléthorique, le Veilleur d'écran[s] se propose d'être votre guide à travers les saisons. Qu'il s'agisse d'une ancienne série aujourd'hui culte, d'un carton récent ou d'un show plus anonyme, cette chronique vous aidera à ne perdre votre temps qu'en bonne compagnie.

Accompagnez la lecture de cet article avec la musique de la série :

Rectify du système et cœurs à vif

Après des années à regarder des séries quotidiennement, un constat s'impose : je les préfère généralement éloignées le plus possible du quotidien, du drame social contemporain, si ce n'est carrément du réel. La raison à cela est évidente : lorsque je suis devant ma télévision, j'essaie au maximum de m'échapper de la réalité, et de me divertir pleinement en oubliant la lourdeur et les tracas qui m'entourent. Or, rien de mieux pour cela que la science-fiction, ou la fantasy, et leurs univers atypiques, par exemple.

Toutefois, il y a quelques exceptions, et Rectify est assurément de celles-là.

Ce n'est d'ailleurs pas le seul élément pour lequel la série de Sundance TV fait figure de mouton noir. Dans Le Veilleur d'écran[s] , j'ai toujours eu plus de plaisir que de peine à déterrer mes souvenirs d'une série à laquelle j'ai dit adieu après un ultime épisode. Mais cette fois, l'écriture de la chronique dédiée à Rectify est douloureuse, tant repenser à ses 4 saisons me retourne à nouveau les entrailles.

Créée par Ray McKinnon, multi-casquettes et très impliqué dans son show, dont il est d'ailleurs question dans le livre Créer une série dont nous parlions il y a peu, Rectify est la définition même du drame humain et contemporain qui frappe là où ça fait mal.

Holden on a feeling

La série démarre sur la sortie de prison de Daniel Holden (interprété par Aden Young). Enfermé depuis presque 20 ans et en attente de son exécution dans le couloir de la mort depuis ses 18 ans, l'homme est finalement libéré suite à la découverte de nouvelles preuves ADN, qui viennent contredire les faits qui lui sont reprochés, à savoir le viol et le meurtre de sa petite amie Hanna. Je ne vous ai pas menti, c'est un drame dur, un vrai.

Désormais libre, notre héros doit tout simplement réapprendre à vivre, après deux décennies passées isolé du monde et de presque tout contact humain. Il retourne alors dans sa ville natale, Paulie en Géorgie, auprès de sa sœur Amantha (Abigail Spencer) et de sa mère Janet (J. Smith-Cameron) notamment.

Grâce à ces deux femmes aimantes - qui ont bien entendu leurs propres problèmes à régler - , et également accompagné par sa douce belle-sœur Tawney (Adelaide Clemens), Daniel tente d'avancer et de se reconstruire face aux nombreux obstacles qui jalonnent la route de la réhabilitation.

La première de ces difficultés, c'est lui-même, puisque vous vous en doutez, 20 ans en prison laissent des séquelles difficiles à soigner. Profondément marqué par cette expérience à la fois violente et isolante, déconnecté d'un monde qui a avancé sans lui, Daniel ne connait plus sa place et a bien du mal à se projeter dans le monde qui se présente à lui. Ses proches ne savent pas toujours comment l'aider, et plus Daniel se livre, en racontant ce qui lui est arrivé, en expliquant péniblement son état d'esprit, plus le spectateur est plongé dans le malaise et l'empathie.

Doux comme un agneau à l'abattoir

Extrêmement calme et doux de nature (certaines de ses interventions pourraient faire office d'ASMR tant sa voix et son rythme de parole détendent), Daniel doit également faire face à certains habitants de la ville, qui le croient toujours coupable. D'autant qu'un nouveau procès est en route, ce qui ne va assurément pas l'aider à aller de l'avant.

Bien entendu, l'objectif de la série est également de semer le doute dans l'esprit du spectateur concernant ce crime passé. Sont ainsi évoqués bien des sujets complexes, traitant de la justice, de la peine de mort, de la prison, de la nature humaine et d'autres joyeusetés du même acabit.

Vous vous en doutez, Rectify est une série profondément introspective et psychologique. Bavarde, sans être avare de longs silences, prenant son temps pour suggérer certains points, la série de Sundance TV est aussi lente qu'elle est bouleversante. Plus d'une fois je suis sorti d'un épisode avec une profonde inspiration, après avoir retenu mon souffle pendant de longues minutes, écrasé par le drame se jouant sous mes yeux.

« Rectify est une série douce-amère qu'il n'est pas forcément aisé d'apprécier »

La réussite de Rectify s'explique par une réalisation intimiste de haute volée, par les riches sujets traités avec tact et justesse (et en évitant au maximum de prendre tel ou tel parti, laissant le spectateur se faire sa propre opinion), mais aussi par l'incroyable jeu de ses acteurs et actrices.

Si vous lisez régulièrement notre chronique, vous savez déjà qu'en général, je ne taris pas d'éloge sur le travail des interprètes. Mais ce casting sort encore du haut du panier en se plaçant mieux que jamais au diapason des dialogues et situations dramatiques à jouer.

D'ailleurs, revoir l'image ci-dessous m'a instantanément fait monter les larmes aux yeux - comme souvent avec cette série. C'est dire à quel point ses personnages m'ont profondément secoué et durablement marqué.

Qu'il s'agisse du trio principal Aden Young, Abigail Spencer, J. Smith-Cameron, ou des rôles un peu plus secondaires comme Adelaide Clemens (malgré le côté catholique très appuyé de son personnage, un peu pénible) et Clayne Crawford (qui a ensuite brillé dans un tout autre registre avec Lethal Weapon, avant de s'en faire limoger…), tous sont absolument mémorables, crédibles et émouvants dans la moindre de leurs mimique et expressions.

Très difficile psychologiquement et rude pour les canaux lacrymaux, Rectify est également chargée en moments de grâce, lumineux et pleins d'espoir. Reste qu'il s'agit d'une série douce-amère qu'il n'est pas forcément aisé d'apprécier, surtout par les temps qui courent.

Mais si vous vous laissez embarquer par les récits complexes (mais plausibles) de ses personnages brisés et torturés, croyez-moi, vous en ressortirez dans un confortable état de mélancolie, certainement comme vous n'en avez jamais vécu.

Cette série est pour vous si :
- Vous recherchez une série à la fois apaisante et déprimante
- Vous voulez voir des acteurs et actrices à leur meilleur niveau
- Vous aimez les drames bien construits et intenses
Cette série n'est pas pour vous si :
- Vous ne voulez pas d'une série qui risque de vous déprimer
- Des sujets comme la prison ou la peine de mort vous rebutent
- Les œuvres bavardes et introspectives ce n'est pas votre came

Au moment d'écrire ces lignes, c'est Canal+ qui propose les quatre saisons de Rectify.

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