VOD : des tarifs trop peu élevés en France, selon l'industrie du cinéma

28 mars 2012 à 16h26
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La VOD chez Sony
Dans un courrier à destination « des décideurs français en matière de politique culturelle », trois des principaux syndicats du cinéma français exposent leur opinion concernant le développement de l'offre dématérialisée. Dans la ligne de mire des syndicats : la VOD qui serait proposée à des tarifs trop bas pour la pérennité de l'industrie du cinéma français.

L'Association des producteurs de cinéma (APC), le Syndicat des producteurs indépendants (SPI) et l'Union des producteurs de films (UPF) exposent leur point de vue dans un courrier de 4 pages, disponible en ligne. Mettant en avant « la politique volontariste et intelligente » mise en place il y a de nombreuses années par la France pour préserver son cinéma national, les trois syndicats estiment aujourd'hui « ce système est ébranlé dans ses fondements par une révolution numérique qui n'en finit pas de produire ses effets. » Au cœur du problème : la vidéo à la demande, génératrice de trop peu de revenus.

Selon les organismes, la VOD telle est proposée en France ne permettrait pas aux « entreprises privées de distribution d'œuvres cinématographiques » de gagner suffisamment d'argent pour rester dans un cercle vertueux de financement. Les syndicats expliquent que les distributeurs « réalisent la quasi-totalité de leurs profits grâce aux marges générées par l'activité vidéo, l'exploitation en salles des films étant, dans la très grande majorité des cas, déficitaire pour le distributeur, du fait des montants très élevés des frais d'édition », avant d'ajouter que « La montée en puissance de la VOD remet sérieusement en question cet équilibre économique. »

8 euros pour un DVD, 2,30 euros pour une VOD

« Quand une personne regarde un film en vidéo à partir d'un support physique, la marge dégagée par le distributeur est d'environ 8 euros. Quand cette même personne au même moment regarde ce même film en VOD, la marge générée n'est plus que de 2,30 euros » arguent les syndicats, qui prédisent en 2012 une forte hausse du dématérialisé par rapport au matérialisé et, de fait, un affaissement encore plus conséquent des marges.

Outre ce constat, les syndicats pointent également du doigt « les opérateurs de plateforme de distribution digitale, généralement propriété des FAI, opérateurs télécom ou grands groupes medias, qui ont un intérêt réel à maintenir le plus bas possible le prix de la VOD transactionnelle pour donner de la valeur à leur abonnement triple play. » Il apparaît cependant comme étant plutôt logique que les plateformes de VOD fassent en sorte de proposer des tarifs concurrentiels.

Les services de VOD bientôt producteurs ?

Face à ce constat, l'APC, le SPI et l'UPF font plusieurs propositions pour tenter de rééquilibrer la balance : en premier lieux, les syndicats réclament la fixation par décret d'un prix minimum de reversement de 4 euros par transaction, soit presque le double de ce qui est pratiqué actuellement. « Elle serait pour le cinéma aussi salvatrice qu'a pu l'être la loi Lang pour l'édition littéraire française. » précisent-ils.

Par ailleurs, partant du principe que « les services de VOD par abonnement ne sont en réalité rien d'autre que des chaines de télévision payante délinéarisées » et que la VOD transactionnelle, en proposant les films 4 mois après leur sortie en salle, court-circuite les chaînes de télévision traditionnelles, « Il serait tout à fait légitime que les services de VOD, qui bénéficient des mêmes droits que les opérateurs de télévision en matière d'accès aux œuvres, s'acquittent des mêmes devoirs à l'égard de la création par le biais d'obligations légales de préfinancement des films. » Une situation qui placerait les services de VOD dans une position de co-producteurs, à l'image des chaînes de télévision qui ont des obligations de préfinancement depuis les années 80.

Ces deux propositions - parmi une série de quatre dont une partie s'écarte de la question de la VOD propre - ciblent les plateformes de VOD mais mettent cruellement à l'écart le consommateur final, qui cherche, de son côté, à bénéficier de tarifs avantageux. A l'heure où les tarifs élevés de l'offre légale sont pointés du doigt par les adeptes du piratage, difficile d'imaginer qu'augmenter les tarifs de la vidéo à la demande pourrait favoriser le consommateur, même si la question des revenus des distributeurs reste d'actualité.
Modifié le 01/06/2018 à 15h36
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