L'ISS s'agrandit encore avec l'arrivée du nouveau module Pritchal

Eric Bottlaender
Spécialiste espace
26 novembre 2021 à 12h40
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Pritchal noeud amarrage pré-décollage © Roscosmos/TsENKI
Le module Pritchal lors de sa préparation à Baïkonour. Une écoutille au-dessus, une en dessous, et quatre sur les côtés © Roscosmos/TsENKI

Après son décollage mardi, le module « nœud » Pritchal arrive pour s'amarrer à la Station spatiale internationale aujourd'hui. Un nouvel élément russe qui vient compléter l'architecture actuelle avec Nauka et augmenter les capacités pour les véhicules futurs. Reste à savoir de quoi celui-ci sera fait…

C'est en tout cas une bonne nouvelle pour la partie russe de la station !

Pritchal, conception originale

Un module nœud, ce n'est pas banal. Amarré à un autre module (russe) de la Station spatiale internationale, Pritchal va offrir pas moins de 5 nouveaux points de connexion ! De quoi amarrer un véhicule Soyouz ou un cargo Progress sur le dessous, tout en préparant de futures extensions sur les côtés.

Il s'agit d'une solution élégante, car elle offre une brique modulaire, plutôt que d'avoir plusieurs ports d'amarrage sur un seul énorme module, comme c'était le cas sur le cœur du segment russe, Zvezda, ou à l'époque sur le module central de Mir.

Et si, un jour, les autorités russes décident de désamarrer Pritchal pour le mettre ailleurs, c'est possible… tout en offrant plus de place et moins de logistique dans les autres modules qui vont s'y attacher.

Arrivée sur la station sans incidents

Le décollage de Pritchal a eu lieu le 24 novembre à 14 h 06 (Paris), avec une fusée Soyouz 2.1b (une première pour un élément destiné à l'ISS), et tout s'est bien passé. Pritchal étant un ensemble d'écoutilles, il n'est pas équipé pour voyager jusqu'à la station de façon autonome.

Cela dit, la Russie dispose d'une solution pour ce cas de figure, avec ce que l'on peut décrire comme un « demi-cargo Progress ». Ce dernier garde sa section arrière avec la propulsion et les panneaux solaires ainsi que la partie centrale avec l'avionique et les réservoirs, tandis que la partie du cargo habituellement non pressurisée est remplacée par Pritchal.

Le nœud russe pèse 3,8 tonnes, ce qui est largement dans les capacités d'un cargo Progress. À tel point que les équipes ont encore ajouté 584 kg d'équipement au sein du nouveau module russe.

L'amarrage est prévu cette après-midi à 16 h 26 (Paris), et l'ensemble de la manœuvre devrait avoir lieu de manière automatisée (les cosmonautes peuvent reprendre le contrôle manuel à tout moment lors de l'approche). Tout a été amplement préparé pour Pritchal depuis l'arrivée du grand module MLM « Nauka » en août dernier. Reste toutefois quelques questions gênantes pour les responsables du secteur spatial russe.

Et donc, maintenant…

En effet, actuellement, Pritchal est un module très intéressant et très capable, mais qui ne sert pas vraiment à grand-chose. Il ne peut en l'état servir de sas pour les cosmonautes, et ses quatre écoutilles sur les côtés vont rester inoccupées longtemps.

Les autorités russes doivent clarifier leur position quant à l'avenir de leur engagement par rapport à l'ISS et l'orbite basse. Il est périodiquement question de séparer les « nouveaux » modules (Nauka, Pritchal) et d'en ajouter au moins deux en construction (les NEM-1 et NEM-2) pour former une station autonome à l'horizon 2030. Mais les modules NEM sont très en retard, et disposer d'une station en solo en orbite basse coûte très cher.

Face à la NASA qui encourage les partenaires privés à faire preuve de concurrence en orbite basse, la Russie est assez isolée. Il faudra en tout cas espérer que Pritchal puisse, dans les années à venir, prouver son utilité sur l'ISS !

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PaowZ
Question, avec la fin de vie de ISS (horizon 2025-2030), quel est l’intérêt de la Russie de continuer à pourvoir la station de nouveaux modules ? Vont-ils continuer à envoyer d’autres, au détriment des autres pays et ainsi préparer une absorption future d’ISS ?
Helion
La fin de vie de ISS est devenu un sujet plus concret récemment pour des questions d’engagements budgétaires des USA, pas par rapport à l’état des modules et il faut bien finir et utiliser les développements en cours…<br /> Les modules qui seront en bons état devraient trouver des repreneurs pour d’autres projets
Space_Boy
C’est fournit d’origine avec un trou d’une perceuse ? Ou ça sera fait après installation?<br />
ebottlaender
On l’explique dans l’article, il s’agit d’un module construit en vue de générer plus tard la possibilité d’avoir une station autonome avec les futurs modules NEM, à la fin de l’ISS.<br /> Ca n’est pas «&nbsp;au détriment des autres pays&nbsp;».
ioni
La question est:<br /> -est ce que Roscosmos peut supporter seul le coût d’une station ?<br /> Pas sûr du tout, vu les coupes budgétaires et la fin des achats américains de sièges sur Soyouz. Ils ont déjà du vendre une capsule Soyouz pour boucler le budget 2021.<br /> En plus les 2 déclenchement incontrôlés de propulseur cette année ne mettent pas en confiance de potentiels investisseurs.
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